Podcast Episode: Moissac, le puy du faux

Moissac, le puy du faux

Que fait donc cet avatar approximatif de la Pucelle d’Orléans dans les rues de Moissac ? Elle processionne braves gens ! Flanquée de quelques soudards mal fagotés, la voilà aux portes de l’abbatiale, ramassant dans une même et saisissante image l’alliance du sabre et du goupillon. Mais que vient faire Jeanne d’Arc, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, dans notre ville ? Est-ce la sainte, canonisée après avoir été condamnée au bûcher par l’Eglise catholique que la mairie RN entend célébrer ? Est-ce le chef de guerre qui s’était mis en tête de faire couronner le dauphin Charles VII, l’ingratitude faite homme ? 

Rarement dans l’histoire de notre ville, pareil hold-up historique n’aura été commis ! Jeanne d’Arc n’a jamais mis les pieds à Moissac, dont elle ignorait probablement l’existence. Par ailleurs, les XIV° et XV°siècles, dit Moyen-âge tardif marque la fin de cette période commencée dès le V° siècle avec la fin de l’Empire romain d’Occident. Le Moyen-âge qui enchante petits et grands est celui des chevaliers, des châteaux forts, des tournois, c’est l’âge des Seigneuries, des Comtés, des Diocèses, des Abbatiales. Celle de Moissac fondée au VIII° siècle et rattachée à celle de Cluny au XII° était alors le centre monastique le plus important du sud- ouest, possédant des terres jusqu’en Aragon. Ici s’était développée une organisation sociale et une culture spécifiques. C’est cette histoire là, mouvementée à souhait, qui à Moissac mérite d’être contée. 

Mais le maire RN n’a cure de la réalité historique. Son intention est toute autre. Elle est idéologique et politique. Partout où il le peut, le RN installe sa lecture de l’histoire, la tripatouille à dessein, la réduisant à quelques enluminures, brandissant les symboles qu’il détourne pour mieux se les approprier. Voilà l’essence même du populisme d’extrême droite. Derrière l’aimable, voire la désirable kermesse des Médiévales, objets d’un engouement qui concerne nombre de localités françaises, se tapit ici à Moissac, un projet militant. Il n’est pas une initiative du Rassemblement national, en particulier dans les domaines de la culture et du spectacle, qui ne participe d’une croisade idéologique, visant à battre en brèche les valeurs républicaines et laïques.

D’ailleurs le maire de la ville, ne cache pas ses sympathies royalistes, lui qui jamais ne glorifie la République. Probablement serait-il bien en peine de dire quelle monarchie, quel empire il appelle de ses vœux. Capétiens, Bourbons, Bonapartistes… ? Là n’est pas le problème. Sus à la Gueuse (La République) selon les mots de Paul de Cassagnac, député du Gers sous la troisième République ! Slogan popularisé ensuite par les Royalistes de l’Action Française dans les années vingt.

Dans son journal « L’autorité », le Gersois se lâchait régulièrement, « Pour Dieu, pour la France » écrivait-il ! Voilà qui sied parfaitement à la démarche du maire RN de la ville. Lui qui rêve de « retrouver Moissac » n’a de cesse d’installer dans le paysage moissagais processions et autres manifestations cultuelles, renouant souvent avec un catholicisme prosélyte, un tantinet intégriste tant on le sent prêt à en découdre avec les valeurs de la laïcité. Et de ce point de vue, Jeanne d’Arc, chère à feu Jean Marie Le Pen, en constitue l’incarnation sublimée et disons-le, parfaite. Elle permet d’exalter une culture, des traditions d’un autre âge, elle permet au nationalisme frontiste de s’offrir une image virginale et séduisante. Et voilà, o miracle, que l’idée européenne devient un peu plus étrangère, un peu moins fréquentable, même si là aussi le RN a mis de l’eau dans son vin, n’oubliant pas au passage de puiser dans la caisse pour entretenir son train de vie. Par parenthèse, mais je sais que je digresse, l’argent de l’Europe est aussi le nôtre, celui de nos impôts ! Sus à la rapine comme dirait un preux du Bas-Quercy!

Mais revenons à nos moutons. La gauche, les Républicains de tous bords se laissent confisquer par l’extrême-droite une part de notre histoire commune et sa représentation dans l’imaginaire populaire. Le processus vient de loin mais diffuse aujourd’hui comme un poison insidieux. Nos querelles de boutiques, nos postures de cinéma, nos petits dogmatismes nous condamnent à ne pas comprendre les soubresauts de l’époque, à ne pas voir ce qui travaille en profondeur le corps social. Ne moquons pas les Médiévales, ne boudons pas les mises en spectacle de notre histoire, mais soyons vigilants sur l’usage que certains tentent d’en faire. 

Le maire trébuche sur l’article 37

Le Tribunal administratif de Toulouse vient d’infliger un sérieux camouflet au maire RN de Moissac. Saisi en référé par Séverine Laurent, agissant au nom de l’UCM, le tribunal a estimé que l’opposition municipale, en l’occurrence l’Union citoyenne moissagaise, était en partie privée de son droit d‘expression sur les supports officiels de communication de la mairie de Moissac.

Tout a commencé avec le vote du Règlement intérieur du Conseil municipal et notamment de l’article 37 sensé encadrer l’expression des différents groupes politiques, y compris celle de la majorité par ailleurs toute acquise au maire.  Bien sûr le RN ne peut pas s’exonérer en la matière de toute obligation. Le Code des collectivités territoriales l’oblige à respecter un minimum son opposition. C’est ainsi que dans « Moissac Mag » le bulletin municipal, l’UCM peut tenir tribune, réduite cependant à la portion congrue, quand la majorité s’octroie plus du double de place. Sur le site internet de la mairie, ainsi que sur Facebook, c’est pire. L’UCM est privée de toute expression spécifique et adaptée au support. Réduite au régime de la photocopie. Quant au compte officiel Instagram, c’est territoire réservé. Propriété exclusive du RN !

On comprend dès lors que ce régime, dont les oppositions précédentes s’étaient plus ou moins accommodé, n’était pas du goût de l’UCM et en particulier de Séverine Laurent qui a demandé justice au Tribunal administratif de Toulouse, le seul compétent en la matière. L’affaire a été plaidé le 8 juillet dernier. La mairie était représentée par un avocat parisien, manifestement à court d’arguments. L’UCM par Séverine Laurent, qui citant le grand juriste Condorcet, a posé les termes du débat : « La liberté d’opinion n’a de valeur que si elle reconnue à tous, y compris à ceux dont les idées dérangent »

Et on sait qu’à Moissac, mais aussi ailleurs, le RN n’aime pas les idées qui LE dérangent. Qui viennent contrecarrer ses campagnes de propagande, sa volonté de bâillonner toutes celles et tous ceux qui ne pensent pas comme lui, notamment dans la culture et l’éducation. Bien que minoritaire, l’UCM refuse, et elle le dit haut et fort lors des séances du Conseil municipal, le joug de l’extrême droite. Un activisme qui porte ses premiers fruits, puisque le Tribunal vient de donner raison à l’Union qui va pouvoir d’ici la rentrée s’exprimer librement sur le site internet et sur le Face book de la ville. Une première victoire qui sera suivie probablement d’une autre quand le même tribunal se prononcera sur le fond de l’affaire. En effet, Severine Laurent n’en démord pas. Elle veut la suppression pure et simple de cet article 37 afin que l’opposition dispose « d’un espace individualisé sur chaque support de la mairie » Elle, que le maire feignait de tenir pour quantité négligeable a osé le défier. Il va très vite apprendre à ses dépens qu’il ne faut jamais sous-estimer l’adversaire.

Le bon docteur

Raymond n’était pas mon médecin, il était un ami que la vie militante m’avait présenté. Il était, pour beaucoup de Moissagais je l’espère, une conscience qui quelque part nous rappelait à notre devoir d’empathie, d’attention aux autres, aux plus fragiles, aux plus démunis. Raymond incarnait dans ce qu’elle a de plus noble la notion de solidarité qu’il avait fait vivre jour après jour, au cours de sa longue carrière professionnelle, et à laquelle avec son ami, son complice et camarade, Jean Paul Nunzi, ils avaient donné un cadre presque officiel. Raymond père fondateur et premier président de l’Association Moissac Solidarité. Président par la suite d’Escale Confluences dont les bureaux portent son nom depuis trois ans. Raymond qui il y a plus de trente ans ouvrait les premières consultations médicales gratuites à Moissac.

Disciple d’Esculape, il ne cachait pas son admiration pour Michel Rocard dont la simple évocation allumait au fond de son œil un rayon de lumière. Il était l’homme des passions tranquilles, mais fortes, aussi solides que la montagne ariégeoise qui l’avait vu naître. Il était et s’en faisait gloire un fils d’Occitanie. Il en avait conservé l’accent chantant et pratiquait volontiers un humour décalé qui rendait le personnage attachant et sympathique. 

Platon disait que la médecine est un art fondé sur le savoir. Raymond, n’en manquait pas. Il pratiquait à l’ancienne, fâché disait-il avec les réseaux sociaux. Lui qui incarnait à sa manière la figure du médecin de campagne, aurait pu faire sienne la parole de Benassis, le Héros de Balzac : « Notre conscience est le point de départ : nous allons de nous aux hommes, jamais des hommes à nous. » Salut docteur Py !

Le maire et les Papous

Les maires de Tarn et Garonne ont un nouveau Président. Pas si nouveau que ça, puisque Bernard Pezous, maire de la Salvetat Belmontet, était seul candidat à sa propre succession. On s’en doute, cette élection a fait grincer des dents le maire de Moissac qui sur les réseaux sociaux moque le vieil élu. Et dans la foulée, il appelle à renverser la « caste » qui serait au pouvoir dans le département. Pour donner corps à ses paroles, il annonce qu’il sera candidat à la présidence du CDG 82 (le Centre départemental de gestion des personnels territoriaux) chargé de fournir un appui technique aux communes et communautés de communes. Cette envie de « grand remplacement » ne date pas d’hier. Mettant à profit les divisions de la gauche, son concours a été déterminant pour l’élection à la présidence du Conseil départemental du candidat de droite, Jean Claude Bertelli, mettant ainsi fin au magistère des gauches diverses qui depuis la Libération présidaient aux destinées du Département.

Ainsi, à la Communauté de Communes, Terre des confluences, tout comme au Château (nom de l’hôtel du département un rien connotée sans culotte), le maire de Moissac pousse ses pions et marque des points. Il s’appuie à la fois sur de bons résultats électoraux, nationalement et localement, et sur la complicité, plus ou moins active, d’une partie de la classe politique en place, qu’on sent obsédée par sa survie.

En effet, de nombreux élus (de plus en plus nombreux) pensent à l’instar de leurs électeurs, que les temps ont changé. Que l’appareil politique et idéologique mis en place par les radicaux de la 3° république, puis le PS et le PRG a fait son temps, comme déphasé avec l’époque. Plus prosaïquement, la baisse d’influence de JM Baylet les encourage à prendre le large. Lopez croit donc son heure venue. Il espère pouvoir renverser la table, soutenu directement ou pas par une grande partie de la droite « classique » qui rêve depuis longtemps d’en finir avec « le système Baylet ». Je ne suis pas sûr qu’une partie de la gauche ne caresse pas le même espoir. Bref, cela va être difficile de contrecarrer les projets de Lopez. Après un long travail de sape qui a, lors des dernières élections municipales, porté en partie ses fruits, il passe à l’offensive. Il appartient aux citoyens que nous sommes de faire pression sur nos élus pour qu’ils ne cèdent pas aux sirènes frontistes, pour qu’ils se gardent de mettre aux commandes des irresponsables ou des couards. Des toujours prêts à tout pour conserver la gamelle ! Mais je sais, on l’a vu à Moissac, que la tâche n’est pas facile. Quand on laisse les vents de l’Histoire tourner, il est dans un premier temps bien compliqué de s’opposer à leur force. Pour autant, cette lucidité ne doit pas nous détourner de notre tâche! Comme dirait Antonio Gramsci, penseur communiste italien : « le pessimisme de la lucidité nous oblige à l’optimisme de la détermination »

A ce propos, mais j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, l’extrême droite a fait sien le concept Gramscien d’hégémonie culturelle, préalable, selon le philosophe, à toute prise du pouvoir politique. C’est précisément ce à quoi s’emploie le maire de Moissac depuis sa première élection en 2020. Lui qui n’affiche jamais le drapeau européen, qui ne termine jamais ses discours, comme le veut la tradition, par un « Vive la République », lui qui, sans vergogne,  a fait entrer le religieux dans la sphère publique, lui qui,  emporté par ses fantasmes a volontairement confondu un malade mental avec un dangereux terroriste . L’homme est fourbe. Plus il laisse s’installer une immigration qui appauvrit le centre-ville et qu’il avait promis de contrôler, plus il se drape dans le franchouillard, exaltant les traditions de toutes sortes, ressuscitées de la naphtaline et offertes comme exutoire au bon peuple. Ce populisme aux relents pétainistes est revendiqué. La ville a rejoint l’association de Pierre Edouard Stérin, le milliardaire d’extrême droite qui aurait versé 2200 euros, son obole aux fêtes de Pentecôte. Interrogé par Séverine Laurent lors du dernier Conseil municipal sur ses choix en matière de politique culturelle, le maire RN n’a pu s’empêcher d’afficher son mépris, refusant le débat et s’offrant, pour se mettre les rieurs dans la poche, une tranche d’ironie fétide. Contrairement aux « bobos de gôche » il n’affiche (dixit) aucun goût pour la culture des Papous. Dommage pour lui, ces gens-là festoient volontiers autour du cochon rôti si cher à nos papilles gauloises.

Jadis, les progressistes, les Républicains croyaient en l’école pour apprendre, la culture pour grandir et la démocratie pour partager. La loi de 1905 sur la laïcité tenait les églises à distance et prônait un humanisme héritier du siècle des lumières. Mais pour le maire de Moissac ce langage doit être de l’Algonquin (que pratiquent encore certains peuples premiers du Canada)