Moissac: la grande illusion

Moissac a voté pour dire son contentement. Car ce vote du 15 mars est bien un vote d’adhésion au maire et à la politique du RN. Quelque 62% des électeurs ont de son action municipale une lecture simpliste: tout ce qui va bien est à mettre au crédit de R Lopez. Tout ce qui gêne, fâche ou inquiète est la faute des autres…des autres institutions, de l’Etat, de l’Europe, mais aussi des voisins, et bien sûr des immigrés.

Ce narratif est imparable. Les oppositions se seraient-elles rassemblées qu’elles n’auraient pas fait beaucoup plus de voix. Les électeurs donnent quitus à ce maire pour peu qu’ils les berce de quelques formules magiques. L’art du dire en l’absence de faire. On est là dans un phénomène qui échappe aux critères rationnels. C’est le propre des régimes autoritaires où le chef apparait à la fois comme le père, le guide ou le gourou. Cet enchantement n’est fort heureusement pas éternel. Mais pour l’heure, et pas qu’à Moissac, il opère et opérera jusqu’au moment où un incident imprévisible le réduira à ce qu’il est : une grande illusion.

Severine Laurent et les militants de l’UCM ont fait une campagne intelligente qui s’adressait tout à la fois au coeur et à la raison des Moissagais. Plus que jamais la phrase de Gramsci est d’actualité: Le pessimisme de la lucidité nous oblige à l’optimisme de la détermination »

Les mâles alpha

Je viens de recevoir les professions de foi des quatre candidats engagés à Moissac dans l ‘élection municipale. La parité est formellement respectée, deux hommes et deux femmes briguent la place de maire. Mais premier sujet d’étonnement, bien qu’il ne faut pas en tirer des conclusions générales et définitives : la droite et l’extrême droite sont représentées par les deux hommes.  Les deux femmes, même si l’une refuse toute bannière partisane, sont de l’autre côté. Réjouissant non ?

Il faut s’arrêter maintenant sur les portraits des candidats. Les deux femmes, affichent bien sûr leur différence. L’une, Estelle Hemmami semble privilégier le groupe, au point de presque se confondre avec son équipe. Modestie affichée qu’éclaire et tempère à peine un large sourire. Regard droit dans l’objectif, on fait face, « fière et solidaire ». On pose !

L’autre femme, Séverine Laurent a choisi pour sa profession de foi, le plan américain. Le regard est franc, profond et le sourire discret, tout juste esquissé. L’image promet une écoute, une bienveillance tranquille. « Protéger, concerter, dynamiser ». Les mots et l’image entrent en harmonie, entre eux se construit une dialectique. Une cohérence s’impose.

Les hommes, qui semblent affectionner le bleu marine, se représentent, dans un unisson remarquable, de profil. J’imagine qu’ils ont choisi le meilleur. A droite, estampillé Edouard Philippe, Jules Duffaut a tout misé sur sa jeunesse. Profil légèrement décalé, très gros plan sur un sourire juvénile dont on ne sait pas à qui il s’adresse. Peu importe, dans cette mise en scène, c’est le candidat qui compte. Il est pour reprendre l’expression de Mac Luhan le medium et le message. Nous voilà sommés d’entrer dans l’âge du « faire ».

Le maire sortant, Romain Lopez, fait camembert sur son appartenance au RN. Il a choisi son profil le plus anguleux, gage probablement à ses yeux de détermination. Avec lui, l’œil est rivé sur la ligne d’horizon. Comme en arrêt, devant « un plus loin », slogan qui demeure une énigme. A moins qu’il ne soit dans l’attente de quelqu’un ?  L’ennemi ou Godot ? La charte graphique en tout cas dévoile le candidat. Au mieux, elle convoque les péplums des années 60, ces films consacrés à l’histoire de Rome. Au pire, elle rappelle l’iconographie mussolinienne ou stalinienne. Au choix !

Mais ces professions de foi révèlent quelque chose de plus profond. Les hommes sont seuls, sans équipe à leurs côtés. Leurs colistiers n’ont aucune existence, sauf un nom sur le bulletin de vote, ce qui est une obligation légale. Voilà qui en dit plus que tous les longs discours sur leur sens du collectif, sur leur absence d’esprit d’équipe. Voilà des mâles alpha qui malgré eux de leur plein gré ont de la démocratie une représentation bigrement auto-centrée.

Le programme de Séverine Laurent

Il est là, tout frais, complet. Vingt-huit pages richement illustrées pour un projet ambitieux et réaliste , servi par une équipe municipale incomparable

On peut donc le consulter en cliquant ici.

UCM. La liste de Séverine Laurent

LAURENT Séverine/FRAUNIE Francis/ESTEVE Jeannette/FARGUES Philippe/ROCH Françoise /CATELAIN Rodrigue/CACOUCH Nabila/TABONE Erick/GUISERIX Joële/DA MOTA Manuel/JEAN Catherine/ZAÏDA Youssef/CASTAGNE Ekaterina/PRAVIN Bruno/SIMONET Nathalie/CASSIGNOL Michel/GUITARD Catherine/VELA Ignace/KURAS Marion/CACERES Antoine/CASTRO Marie/GARRIGUES Stéphane/DOSTE Laurence/AYRAL Quentin/PAGNI Nicole/MESTON François/DUBOIS Josette/SALGE Laurent/JUSMET Sophie/GILBERT François/LECAT Jacqueline/LION Mathieu/ALLEAUME Françoise.

Castelsarrasin: le maire congédie Bouisset

Le Musée Firmin Bouisset, installé dans la Maison d’Espagne à Castelsarrasin fermera ses portes le 23 février. Ainsi en a décidé le maire, Jean Philippe Besiers, qui lors du dernier Comité de pilotage de l’institution a sans autre forme de procès, décidé de ne pas reconduire la convention qui liait la ville à l’Association pour un Espace Firmin Bouisset.

Cette annonce est tombée comme un coup de tonnerre, sur les participants qui à l’évidence n’étaient pas dans la confidence. Le Sous-Préfet, le représentant de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), les services concernés du Conseil départemental ont pris acte, même si certains n’ont pu s’empêcher, la réunion terminée, de réagir. « Je reste toujours sidérée par la situation actuelle concernant votre expulsion de l’Espace Firmin Bouisset. J’espère que des solutions seront trouvées pour faire perdurer cette belle collection qui met à l’honneur une figure emblématique de notre territoire » écrit dans un mail une des représentantes de Tarn-et-Garonne Tourisme. Une autre responsable affiche son incompréhension : « Cet espace est un des lieux de visite incontournables du Tarn-et-Garonne. Il est incontournable grâce à l’implication de son équipe, la qualité et la modernité de sa scénographie, la richesse des œuvres exposées, et le parcours de visite adapté aux familles. Ces dernières représentent la première clientèle touristique du département »

De son côté, la présidente de l’Association Firmin Bouisset, Annie Claude Elkaim, qui a créé de toute pièce avec François Sikic ce musée, avoue son incompréhension. « Je ne m’attendais pas à une telle décision. J’ai du mal à comprendre pourquoi elle tombe maintenant et aussi abruptement. Je me demande si entre la mairie et nous, il n’y a pas une incompréhension majeure sur la place et le rôle d’un musée » Dans sa lettre, confirmant sa décision, le maire Jean Philippe Besiers fait état de « dysfonctionnements… notamment dans la mise en œuvre du pôle événements, le renouvellement de votre collection et le suivi du planning des personnels d’accueil ». Ce qui interroge un des amoureux de la Petite Menier : « les raisons me paraissent assez étranges, inconsistantes même et rendent encore plus incompréhensible la décision du maire »

Créé il y a quatre ans, ce Musée a donné vie à la Maison d’Espagne qui venait d’être restaurée. Firmin Bouisset, né à Moissac, célèbre affichiste de la fin du XIX° siècle est l’un des fleurons du patrimoine tarn-et-garonnais.  Son musée a reçu à ce jour, quelque 3000 visiteurs par an qui ont tous loué, le Livre d’or et les commentaires sur les réseaux sociaux en témoignent, la qualité de présentation et l’intérêt pédagogique de l’installation. Sur la base d’une scénographie particulièrement soignée, il montre qu’on ne peut réduire Bouisset à ses affiches iconiques comme le Petit écolier de Lu, ou le petit pisseur des Biscuits La Touraine. L’un de ses mérites, et pas des moindres, est de donner un visage, une existence à cet artiste proche de Mucha, Chéret ou encore Toulouse-Lautrec. Il permet de comprendre à travers de judicieuses cartouches, et de jolies vidéos comment est née la publicité à une époque, la Belle époque comme on dit encore, artistiquement foisonnante.

Ce Musée était devenu au fil des ans une étape obligée sur le parcours des touristes, concourant à sa manière à faire connaître Castelsarrasin et le département. Mieux, il a développé, soutenu par les enseignants, tout un programme de médiation culturelle à destination des scolaires, accueillant aussi des groupes autour d’un biscuit ou d’un chocolat. Il propose aussi des expositions à thèmes, la dernière en date, « Un Noël Bouisset à la belle époque » présentée dans la salle des Augustins à Montauban.

Que vont donc devenir cette collection, ces affiches, ces livres illustrés, ces tableaux ? Annie Claude Elkaim n’entend pas baisser les bras. « Après les élections, nous allons avec l’association repartir en quête d’un point d’attache. Moissac, Montauban ou ailleurs. Je ne m’imagine pas qu’un tel patrimoine sombre dans l’oubli. Nous ferons tout pour qu’il retrouve un lieu à sa mesure, et je sais que l’histoire de Firmin Bouisset ne s’achèvera pas là »