Nos soldats du feu sont héroïques. Les images qui tournent en boucle sur les télés et les réseaux sociaux montrent des hommes et des femmes en tenues de combat, le visage rougi par les flammes dont on n’a aucune idée de la puissance, et dont parfois la malignité sidère. Au milieu d’engins dont le rouge tâche les cadavres noirs de pins alignés comme à la revue, on sent presque physiquement dans ces paysages désolés l’épaisseur de l’atmosphère. Dans le tremblement des atomes surchauffés, derrière chaque course, chaque geste technique, on devine des corps trempés de sueur et d’eau. On lit sous les casques de métal une détermination impressionnante qu’entament à peine les fatigues, les déboires aussi d’un combat qui semble ne vouloir jamais prendre fin.
Lucrèce, il y a 2000 ans écrivait : « il est doux quand la vaste mer se déchaîne de voir de la rive le danger auquel d’autres sont exposés » L’eau, le feu du pareil au même ! Même fascination, même attrait ! Même spectacle oserais-je dire quand la presse du monde entier s’arrête sur deux touristes, les fesses au fond du transat et le regard sur l’horizon, où en rouge et noir se joue le film catastrophe de l’été 26. Et nous voilà submergé par la mauvaise conscience, embarrassé au tréfonds de nous d’une jouissance quasi esthétique mais qu’on sait malsaine. Arrivent heureusement d’autres images, plus humaines, ces uniformes sales qui se laissent tomber sur le bord d’un fossé épargné par le monstre pour reprendre un peu d’air, apaiser d’une rasade d’eau fraîche leur gorge pantelante, retrouver quelques nouvelles forces pour dans un moment repartir au front, faire face au vampire qui au moindre coup de vent renait de ses cendres.
Et nous voilà tout aussitôt submergés de reconnaissance, de gratitude envers ces hommes et ces femmes qui risquent leur vie – quatre d’entre eux l’ont hélas perdue- qui mettent leur santé en danger. La larme nous vient à l’œil, nous voilà presque prêts à partir pour leur donner un coup de mains, ne pas les laisser seuls, se montrer solidaires. Heureusement d’autres plus près du désastre, plus équipés et certainement plus aguerris sont passés à l’acte. Des centaines de volontaires, entrepreneurs, salariés, agriculteurs, très nombreux, qui disposent de gros engins bien utiles en la circonstance, sont venus renforcer le front et soulager les premières lignes. Admiration ! Sauver la forêt, c’est bien sûr protéger un cadre de vie pour des milliers de personnes, préserver une source de revenus pour d’autres, mais c’est aussi sauver toute une faune, petite ou grande qui nous est si nécessaire pour maintenir la biodiversité. Chapeau pompier !
Méritant. Je ne vois rien d’autre à dire à propos du pompier. Oui le pompier est méritant, presque au sens que lui donnait la 3° République. Les pompiers gagnent leurs galons par la bravoure et le mérite. Je suppose que leurs employeurs, les départements pour les pompiers professionnels, les entreprises pour les pompiers volontaires, auront à cœur de leur offrir quelques gratifications. Mais c’est la France entière qui devrait leur manifester sa reconnaissance. Pourquoi ne pas organiser, sous l’égide de la Fondation de France, une collecte nationale afin d’offrir à chacune et chacun quelques jours de vacances en famille, dans le lieu de leur choix, au moment qu’ils voudront. Sans oublier bien entendu leurs collègues européens, entre autres les Ukrainiens, accourus avec lances et bagages. Méritants disais-je !

