Le maire et les Papous

Les maires de Tarn et Garonne ont un nouveau Président. Pas si nouveau que ça, puisque Bernard Pezous, maire de la Salvetat Belmontet, était seul candidat à sa propre succession. On s’en doute, cette élection a fait grincer des dents le maire de Moissac qui sur les réseaux sociaux moque le vieil élu. Et dans la foulée, il appelle à renverser la « caste » qui serait au pouvoir dans le département. Pour donner corps à ses paroles, il annonce qu’il sera candidat à la présidence du CDG 82 (le Centre départemental de gestion des personnels territoriaux) chargé de fournir un appui technique aux communes et communautés de communes. Cette envie de « grand remplacement » ne date pas d’hier. Mettant à profit les divisions de la gauche, son concours a été déterminant pour l’élection à la présidence du Conseil départemental du candidat de droite, Jean Claude Bertelli, mettant ainsi fin au magistère des gauches diverses qui depuis la Libération présidaient aux destinées du Département.

Ainsi, à la Communauté de Communes, Terre des confluences, tout comme au Château (nom de l’hôtel du département un rien connotée sans culotte), le maire de Moissac pousse ses pions et marque des points. Il s’appuie à la fois sur de bons résultats électoraux, nationalement et localement, et sur la complicité, plus ou moins active, d’une partie de la classe politique en place, qu’on sent obsédée par sa survie.

En effet, de nombreux élus (de plus en plus nombreux) pensent à l’instar de leurs électeurs, que les temps ont changé. Que l’appareil politique et idéologique mis en place par les radicaux de la 3° république, puis le PS et le PRG a fait son temps, comme déphasé avec l’époque. Plus prosaïquement, la baisse d’influence de JM Baylet les encourage à prendre le large. Lopez croit donc son heure venue. Il espère pouvoir renverser la table, soutenu directement ou pas par une grande partie de la droite « classique » qui rêve depuis longtemps d’en finir avec « le système Baylet ». Je ne suis pas sûr qu’une partie de la gauche ne caresse pas le même espoir. Bref, cela va être difficile de contrecarrer les projets de Lopez. Après un long travail de sape qui a, lors des dernières élections municipales, porté en partie ses fruits, il passe à l’offensive. Il appartient aux citoyens que nous sommes de faire pression sur nos élus pour qu’ils ne cèdent pas aux sirènes frontistes, pour qu’ils se gardent de mettre aux commandes des irresponsables ou des couards. Des toujours prêts à tout pour conserver la gamelle ! Mais je sais, on l’a vu à Moissac, que la tâche n’est pas facile. Quand on laisse les vents de l’Histoire tourner, il est dans un premier temps bien compliqué de s’opposer à leur force. Pour autant, cette lucidité ne doit pas nous détourner de notre tâche! Comme dirait Antonio Gramsci, penseur communiste italien : « le pessimisme de la lucidité nous oblige à l’optimisme de la détermination »

A ce propos, mais j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, l’extrême droite a fait sien le concept Gramscien d’hégémonie culturelle, préalable, selon le philosophe, à toute prise du pouvoir politique. C’est précisément ce à quoi s’emploie le maire de Moissac depuis sa première élection en 2020. Lui qui n’affiche jamais le drapeau européen, qui ne termine jamais ses discours, comme le veut la tradition, par un « Vive la République », lui qui, sans vergogne,  a fait entrer le religieux dans la sphère publique, lui qui,  emporté par ses fantasmes a volontairement confondu un malade mental avec un dangereux terroriste . L’homme est fourbe. Plus il laisse s’installer une immigration qui appauvrit le centre-ville et qu’il avait promis de contrôler, plus il se drape dans le franchouillard, exaltant les traditions de toutes sortes, ressuscitées de la naphtaline et offertes comme exutoire au bon peuple. Ce populisme aux relents pétainistes est revendiqué. La ville a rejoint l’association de Pierre Edouard Stérin, le milliardaire d’extrême droite qui aurait versé 2200 euros, son obole aux fêtes de Pentecôte. Interrogé par Séverine Laurent lors du dernier Conseil municipal sur ses choix en matière de politique culturelle, le maire RN n’a pu s’empêcher d’afficher son mépris, refusant le débat et s’offrant, pour se mettre les rieurs dans la poche, une tranche d’ironie fétide. Contrairement aux « bobos de gôche » il n’affiche (dixit) aucun goût pour la culture des Papous. Dommage pour lui, ces gens-là festoient volontiers autour du cochon rôti si cher à nos papilles gauloises.

Jadis, les progressistes, les Républicains croyaient en l’école pour apprendre, la culture pour grandir et la démocratie pour partager. La loi de 1905 sur la laïcité tenait les églises à distance et prônait un humanisme héritier du siècle des lumières. Mais pour le maire de Moissac ce langage doit être de l’Algonquin (que pratiquent encore certains peuples premiers du Canada)

Misère de la politique

Les marcheurs de Saint Jacques se font chaque jour un peu plus nombreux. Moissac est pour eux une halte bienvenue après une étape qu’on dit anormalement longue. Les routards, ces punks à chiens comme certains les appellent, installent déjà leurs maigres campements devant quelques commerces de la ville, disputant aux Roms des emplacements qu’ils ont fait leur depuis longtemps. Les Moissagais feignent l’indifférence et semblent tenir ce spectacle pour des éléments de décor, dans un cœur de ville qui bat de plus en plus doucement. Moissac telle qu’en elle-même !

L’élection municipale n’est pas parvenue à sortir la ville de sa léthargie. Le maire RN a fait campagne minimum, persuadé ou tout du moins voulait-il le faire croire, que le résultat lui était acquis. L’opposition, divisée comme en 2020 – l’histoire ne parle pas aux imbéciles- n’est jamais parvenue à remuer les foules. L’Union citoyenne moissagaise avec Séverine Laurent a voulu, ce qui relève pour le moment de l’impossible, rassembler et proposer. Deux ans de palabres, de risettes, de mains tendues n’ont servi à rien. Triomphe des égos ! Misère de la politique !    Le poulailler s’est égayé toutes plumes au vent. Deux ans encore, et des dizaines d’adhérents de l’UCM pour bâtir un programme ! Au final un projet complet, une ambition pour Moissac et ses habitants. De la belle œuvre que les candidats de la liste ont présenté de portes en portes, et qu’une magistrale réunion publique en fin de parcours a mis en lumière. Programme S.L. 2026 Mais en vain ! L’électeur moissagais n’est guère lecteur. Il est croyant, prêt à gober les sornettes que lui distille le maire RN. J’exagère ? Que nenni ! 

Les commerces de centre-ville ferment les uns après les autres. Il affirme le contraire et quand il ne peut nier les évidences, c’est la faute de l’Etat ou de la Région. Et l’immigration ? Il vitupère, se répand en déclarations définitives qui enchantent son public. Mais derrière les mots, il y a la réalité. Toujours plus d’immigrés, dans la ville et dans les champs. Et ses électeurs en redemandent : des bras pour les vergers, des clients pour leurs logements vides et souvent indécents. D’ailleurs en matière de culture, notez le singulier du mot, il en connaît un brin : des desherbages à tous les étages de la bibliothèque, des spectacles taillés au carré pour un public qui préfère au festival d’Avignon le voyage au Puy du Fou. De Villiers et Bolloré en majesté ! A Moissac, la culture c’est tradition et relecture de l’histoire ! On balloche, on frou-froute, on nouvelle star, on rosière, et les après-midis de pluie, on quine… Avec pour supplément d’âme, force rogations et processions. Nous voilà sauvés ! D’ailleurs on ne compte plus dans la commune, façon de marquer son territoire, les restaurations d’églises, de chapelles, voire de calvaires. Les électeurs RN ont la foi… du charbonnier.

Fort de son score et des résultats de l’extrême droite dans le département, le maire a lancé la croisade. Et comme tout bon conquistador, il coche sur sa bible Bardella les villes prises et les collectivités qui vacillent. Ainsi au Conseil départemental où un attelage baroque, le maire de Castelsarrasin, un ancien socialiste soutien du candidat LFI à Montauban et quelques autres élus de ces droites sans boussole en ont fait le hérault d’un jour, peut-être le vainqueur de demain. Bis repetita à la Communauté de communes Terre des Confluences. Les mêmes ou leurs avatars, inconscients ou complices, lui ont offert une place et une tribune, le mettant en situation de récolter un fruit bientôt mûr.

La saison 2 du maire de Moissac commence comme s’est terminée la première saison. Triomphalement ! Maître en mauvaise foi, spécialiste des faux semblants, colérique qui se bride, il fascine, pose et s’impose. Il passera de l’eau sous les ponts, beaucoup d’eau peut-être, avant que les Moissagais, les électeurs du territoire, ouvrent les yeux sur l’avenir que leur dessine le RN et ses alliés. « Retrouvons Moissac » disait le candidat de 2020. Comme si demain était réductible à hier ! Les Moissagais pourront toujours méditer ce mot de Francis Blanche : « Je n’envisage mon avenir que lorsqu’il est passé »

Moissac: la grande illusion

Moissac a voté pour dire son contentement. Car ce vote du 15 mars est bien un vote d’adhésion au maire et à la politique du RN. Quelque 62% des électeurs ont de son action municipale une lecture simpliste: tout ce qui va bien est à mettre au crédit de R Lopez. Tout ce qui gêne, fâche ou inquiète est la faute des autres…des autres institutions, de l’Etat, de l’Europe, mais aussi des voisins, et bien sûr des immigrés.

Ce narratif est imparable. Les oppositions se seraient-elles rassemblées qu’elles n’auraient pas fait beaucoup plus de voix. Les électeurs donnent quitus à ce maire pour peu qu’ils les berce de quelques formules magiques. L’art du dire en l’absence de faire. On est là dans un phénomène qui échappe aux critères rationnels. C’est le propre des régimes autoritaires où le chef apparait à la fois comme le père, le guide ou le gourou. Cet enchantement n’est fort heureusement pas éternel. Mais pour l’heure, et pas qu’à Moissac, il opère et opérera jusqu’au moment où un incident imprévisible le réduira à ce qu’il est : une grande illusion.

Severine Laurent et les militants de l’UCM ont fait une campagne intelligente qui s’adressait tout à la fois au coeur et à la raison des Moissagais. Plus que jamais la phrase de Gramsci est d’actualité: Le pessimisme de la lucidité nous oblige à l’optimisme de la détermination »

Les mâles alpha

Je viens de recevoir les professions de foi des quatre candidats engagés à Moissac dans l ‘élection municipale. La parité est formellement respectée, deux hommes et deux femmes briguent la place de maire. Mais premier sujet d’étonnement, bien qu’il ne faut pas en tirer des conclusions générales et définitives : la droite et l’extrême droite sont représentées par les deux hommes.  Les deux femmes, même si l’une refuse toute bannière partisane, sont de l’autre côté. Réjouissant non ?

Il faut s’arrêter maintenant sur les portraits des candidats. Les deux femmes, affichent bien sûr leur différence. L’une, Estelle Hemmami semble privilégier le groupe, au point de presque se confondre avec son équipe. Modestie affichée qu’éclaire et tempère à peine un large sourire. Regard droit dans l’objectif, on fait face, « fière et solidaire ». On pose !

L’autre femme, Séverine Laurent a choisi pour sa profession de foi, le plan américain. Le regard est franc, profond et le sourire discret, tout juste esquissé. L’image promet une écoute, une bienveillance tranquille. « Protéger, concerter, dynamiser ». Les mots et l’image entrent en harmonie, entre eux se construit une dialectique. Une cohérence s’impose.

Les hommes, qui semblent affectionner le bleu marine, se représentent, dans un unisson remarquable, de profil. J’imagine qu’ils ont choisi le meilleur. A droite, estampillé Edouard Philippe, Jules Duffaut a tout misé sur sa jeunesse. Profil légèrement décalé, très gros plan sur un sourire juvénile dont on ne sait pas à qui il s’adresse. Peu importe, dans cette mise en scène, c’est le candidat qui compte. Il est pour reprendre l’expression de Mac Luhan le medium et le message. Nous voilà sommés d’entrer dans l’âge du « faire ».

Le maire sortant, Romain Lopez, fait camembert sur son appartenance au RN. Il a choisi son profil le plus anguleux, gage probablement à ses yeux de détermination. Avec lui, l’œil est rivé sur la ligne d’horizon. Comme en arrêt, devant « un plus loin », slogan qui demeure une énigme. A moins qu’il ne soit dans l’attente de quelqu’un ?  L’ennemi ou Godot ? La charte graphique en tout cas dévoile le candidat. Au mieux, elle convoque les péplums des années 60, ces films consacrés à l’histoire de Rome. Au pire, elle rappelle l’iconographie mussolinienne ou stalinienne. Au choix !

Mais ces professions de foi révèlent quelque chose de plus profond. Les hommes sont seuls, sans équipe à leurs côtés. Leurs colistiers n’ont aucune existence, sauf un nom sur le bulletin de vote, ce qui est une obligation légale. Voilà qui en dit plus que tous les longs discours sur leur sens du collectif, sur leur absence d’esprit d’équipe. Voilà des mâles alpha qui malgré eux de leur plein gré ont de la démocratie une représentation bigrement auto-centrée.

Le programme de Séverine Laurent

Il est là, tout frais, complet. Vingt-huit pages richement illustrées pour un projet ambitieux et réaliste , servi par une équipe municipale incomparable

On peut donc le consulter en cliquant ici.