Les marcheurs de Saint Jacques se font chaque jour un peu plus nombreux. Moissac est pour eux une halte bienvenue après une étape qu’on dit anormalement longue. Les routards, ces punks à chiens comme certains les appellent, installent déjà leurs maigres campements devant quelques commerces de la ville, disputant aux Roms des emplacements qu’ils ont fait leur depuis longtemps. Les Moissagais feignent l’indifférence et semblent tenir ce spectacle pour des éléments de décor, dans un cœur de ville qui bat de plus en plus doucement. Moissac telle qu’en elle-même !
L’élection municipale n’est pas parvenue à sortir la ville de sa léthargie. Le maire RN a fait campagne minimum, persuadé ou tout du moins voulait-il le faire croire, que le résultat lui était acquis. L’opposition, divisée comme en 2020 – l’histoire ne parle pas aux imbéciles- n’est jamais parvenue à remuer les foules. L’Union citoyenne moissagaise avec Séverine Laurent a voulu, ce qui relève pour le moment de l’impossible, rassembler et proposer. Deux ans de palabres, de risettes, de mains tendues n’ont servi à rien. Triomphe des égos ! Misère de la politique ! Le poulailler s’est égayé toutes plumes au vent. Deux ans encore, et des dizaines d’adhérents de l’UCM pour bâtir un programme ! Au final un projet complet, une ambition pour Moissac et ses habitants. De la belle œuvre que les candidats de la liste ont présenté de portes en portes, et qu’une magistrale réunion publique en fin de parcours a mis en lumière. Programme S.L. 2026 Mais en vain ! L’électeur moissagais n’est guère lecteur. Il est croyant, prêt à gober les sornettes que lui distille le maire RN. J’exagère ? Que nenni !
Les commerces de centre-ville ferment les uns après les autres. Il affirme le contraire et quand il ne peut nier les évidences, c’est la faute de l’Etat ou de la Région. Et l’immigration ? Il vitupère, se répand en déclarations définitives qui enchantent son public. Mais derrière les mots, il y a la réalité. Toujours plus d’immigrés, dans la ville et dans les champs. Et ses électeurs en redemandent : des bras pour les vergers, des clients pour leurs logements vides et souvent indécents. D’ailleurs en matière de culture, notez le singulier du mot, il en connaît un brin : des desherbages à tous les étages de la bibliothèque, des spectacles taillés au carré pour un public qui préfère au festival d’Avignon le voyage au Puy du Fou. De Villiers et Bolloré en majesté ! A Moissac, la culture c’est tradition et relecture de l’histoire ! On balloche, on frou-froute, on nouvelle star, on rosière, et les après-midis de pluie, on quine… Avec pour supplément d’âme, force rogations et processions. Nous voilà sauvés ! D’ailleurs on ne compte plus dans la commune, façon de marquer son territoire, les restaurations d’églises, de chapelles, voire de calvaires. Les électeurs RN ont la foi… du charbonnier.
Fort de son score et des résultats de l’extrême droite dans le département, le maire a lancé la croisade. Et comme tout bon conquistador, il coche sur sa bible Bardella les villes prises et les collectivités qui vacillent. Ainsi au Conseil départemental où un attelage baroque, le maire de Castelsarrasin, un ancien socialiste soutien du candidat LFI à Montauban et quelques autres élus de ces droites sans boussole en ont fait le hérault d’un jour, peut-être le vainqueur de demain. Bis repetita à la Communauté de communes Terre des Confluences. Les mêmes ou leurs avatars, inconscients ou complices, lui ont offert une place et une tribune, le mettant en situation de récolter un fruit bientôt mûr.
La saison 2 du maire de Moissac commence comme s’est terminée la première saison. Triomphalement ! Maître en mauvaise foi, spécialiste des faux semblants, colérique qui se bride, il fascine, pose et s’impose. Il passera de l’eau sous les ponts, beaucoup d’eau peut-être, avant que les Moissagais, les électeurs du territoire, ouvrent les yeux sur l’avenir que leur dessine le RN et ses alliés. « Retrouvons Moissac » disait le candidat de 2020. Comme si demain était réductible à hier ! Les Moissagais pourront toujours méditer ce mot de Francis Blanche : « Je n’envisage mon avenir que lorsqu’il est passé »




