Les grandes vacances du Conseil municipal

Moissac aurait-elle pactisé avec le diable ? Se serait-elle accoquinée avec ce gouvernement socialiste si vilipendé ? La municipalité de droite pourra-t-elle encore pleurer, toute mauvaise foi ravalée, sur ce pouvoir accusé un peu rapidement de vouloir étrangler les communes ? Le dernier congrès des maires de Tarn et Garonne, fut l’occasion pour la députée socialiste Valérie Rabault, rapporteur du budget à l’Assemblée nationale, de montrer, chiffres à l’appui, que de 2012 à 2016, les communes du département, avaient bénéficié d’une hausse de 30% des subventions d’ investissement de l’Etat. Et ça continue! Le Conseil municipal de Moissac, le dernier avant l’automne, en a apporté si besoin était, l’éclatante confirmation.

Potion magique

Ainsi, ce sont près de 4 millions 140 000 euros que l’Etat pourrait offrir dans les années qui viennent à la ville de Moissac. Du jamais vu ! Ces subventions qui ne sont pas encore attribuées, précisons-le, sont un des fruits du Contrat de ville signé avec le gouvernement, qui prévoit des aides substantielles pour l’hyper–centre et le quartier du Sarlac. Elles sont aussi le résultat d’une politique nationale qui entend accompagner les projets de développement et d’amélioration du cadre de vie. Moissac est semble-t-il tombée dans la marmite !

Le tribunal

Du coup, le « Musée site » de l’Abbaye de Moissac reprend des couleurs, un projet lancé naguère par Jean Paul Nunzi, évalué aujourd’hui à plus de 4 millions d’euros à lui tout seul. Du coup, avec l’aide de l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), une étude sur le logement, sur l’urbanisme et sur l’économie locale, va pouvoir être lancée, et dessiner un projet urbain pour les 10 ou 15 ans à venir. Objectif, entre autres, la rénovation du Tribunal ! Du coup, la réhabilitation de la Rue de l’inondation dont le financement n’était pas assuré, pourrait trouver avec l’Etat son bailleur de fonds. Du coup, même les religieuses vont goûter au fruit défendu. La maison du Patus, devenue maison des pèlerins, pourrait être financée à 70% par des crédits octroyés par le gouvernement. And last, but not least, la rue de Paris devrait à son tour bénéficier de la manne étatique.

Merci patron

La droite ne chante pas, pas encore, « merci patron ». Mais elle est bien obligée de reconnaître, que la période pré-électorale aidant, le gouvernement Valls sait accompagner les projets de développement. On ne va pas s’en plaindre. Si tout cela va au bout, c’est Moissac, sa population, qui en bénéficieront. Nous avons donc voté ces délibérations. Sauf une, la maison des nonnes, qui procède d’un choix idéologique dont peu de gens à Moissac ne perçoivent l’intérêt.

La foi du charbonnier

Et l’hôpital ? Tout va bien nous dit encore le maire dans une déclaration lue par sa première adjointe. Jean Michel Henryot était absent pour cause de réunion urgente. Certes, il admet avoir découvert au dernier moment l’arrivée au sein du GHT (Groupement hospitalier de territoire) des hôpitaux de Caussade, Négrepelisse et Valence d’Agen. Certes, il dit avoir émis des réserves sur les modalités de répartition des sièges au sein de la Conférence médicale d’établissement (CME) En l’état, Montauban serait totalement majoritaire. Certes, il aurait demandé la réécriture de la Convention. Et malgré tout, il se déclare confiant et serein. Foi du charbonnier ?  Il a, dit-il « des assurances ». Nous pas !

Pour y voir clair dans ce dossier bien embrouillé, nous avons demandé la tenue d’un Conseil municipal extraordinaire sur l’hôpital. Nous aurons juste droit à une réunion publique. Mieux que rien! Où ? Quand ? Comment ? Sa réponse ne le disait pas et son équipe était bien en peine d’en dire plus.

Vive les vacances!

Moissac ou les fractures de la ville

Les immigrés du sud ou de l’est ont-ils trouvé leur place dans la société moissagaise? Pourquoi le « vivre ensemble » apparait-il de plus en plus comme une chimère? Pourquoi le racisme et la xénophobie progressent-ils ici et ailleurs? Pour stopper la dérive, les solutions d’hier sont-elles toujours efficaces? Que faire?

 

Jean Paul Nunzi s’attaque à la face nord de l’Everest. Comment en effet parler du vivreIMG_3383 ensemble en ces temps troublés sans tomber soit dans l’angélisme, soit dans l’anathème? Habile, le maire qu’il fut pendant plus de trente ans, cherche tout au long de ces 116 pages à faire la part des choses. A mettre en contexte, opérant sans cesse des allers-retours entre la réflexion philosophique, le constat sociologique et son expérience de terrain, truffant son approche d’anecdotes vécues, de références à des situations locales, puisées au creuset de Moissac.

Ainsi tente-t-il de tordre le coup aux rumeurs ou fausses évidences qui ont toujours cours dans la ville. Y-a-t-il un lien entre délinquance et immigration? Pas évident, dit l’auteur, car les statistiques en la matière sont souvent partielles, voire partiales. « Il faut éviter la stigmatisation ». Mais quelques pages plus loin, lui l’ancien du PSU, va chercher dans la vulgate marxiste une explication. La délinquance est la conséquence des conditions sociales, de la position que les maghrébins et aujourd’hui les immigrés de l’est, occupent ou pas dans la société moissagaise. Main d’oeuvre mal payée, souvent désoeuvrée, réduite à une précarité qui en fait des outsiders, ceux qui sont en dehors du système.

Ceci posé, Jean Paul Nunzi ne peut éviter le constat « le racisme se répand et s’aggrave » L’inquiétude, la peur même de la population autochtone augmente à proportion de l’arrivée des migrants, toujours plus nombreux. Des populations jeunes, aux comportement parfois provocateurs. Du coup, voilà les immigrés plus visibles, s’installant dans un communautarisme souvent d’essence religieuse. Premier signe de cette volonté, le voile que les femmes sont de plus en plus nombreuses à porter et qui percute de plein fouet notre conception de l’égalité entre les hommes et les femmes. Attaché à la  laïcité, Jean Paul Nunzi, en défend les grands principes, à l’hôpital, à l’école, dans la vie quotidienne, faute de quoi, le vivre ensemble « parait bien compromis ».

Dans le troisième tiers de son ouvrage, il dresse une sorte de bilan de son action d’élu local, en faveur du logement, pour l’égalité des chances, pour l’insertion des jeunes. pour la prévention de la délinquance, dans le domaine culturel aussi, avec la « Fête des couleurs », aujourd’hui disparue, « le Festival des voix, des lieux, des Mondes ». Il met également en valeur le tissus associatif Moissagais. Un dispositif complexe et coûteux qui a évité jusqu’ici que le chaudron n’explose. Mais au bout du compte, le constat tombe: « il y a des forces centrifuges qui éloignent les gens les uns des autres et ce n’est plus le vivre ensemble, mais le vivre côte à côte ». Faute d’idéal, faute de perspectives dans une société où le libéralisme fait la loi, le ciel est plombé, à moins que ne se lèvent « des forces neuves, capables de changer la société ». Antonio Gramsci a dit : Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté ».

« Vivre ensemble ou côte à côte ». Jean Paul Nunzi. Editions Cairn.

« Occitanie » de quoi est-ce le nom?

C’est fait. 85 à 62.  Tel est le résultat du vote de nos conseillers régionaux. Il y a bien eu le-drapeau-occitan_1981814_667x333quelques récalcitrants, quelques abstentions, mais au final, les choses se sont plutôt bien passées, personne à l’évidence ne souhaitant aller à l’encontre du résultat de la consultation.

Pour calmer les esprits chagrins, et ils sont nombreux dans et hors les murs du Conseil régional, il sera ajouté aux communications officielles, sous titre souligné de quatre traits, les noms de « Pyrénées et Méditerranée ». Du coup la région s’appelle « Occitanie-Pyrénées-Méditerranée ». Tout un programme! Et les habitants, nous tous, comment allons nous nous appeler? Ocs, Occis, Occitans? Occitano-pyrénéo-méditerranéens? Je vous laisse juge. Mais cela ne devrait pas faciliter la communication.

france-occitan-mapaBien sûr le temps fera son oeuvre et dans quelques années, ces querelles patronymiques paraitront bien dérisoires. Il n’empêche, comme dit Carole Delga, la présidente de l’Occitanie, le choix d’un nom
est « un engagement pour l’avenir ». Et un message aussi! En attendant, voici les contours de l’Occitanie, tels que les savants les ont tracés. A l »évidence notre région a pris du poids, au détriment des voisines, ce qui a d’ailleurs fait réagir le socialiste Alain Rousset, président de l’Aquitaine, qui a trouvé ce choix pour le moins…étrange!

 

 

 

L’Occitanie fait tourner les têtes

L’Occitanie vaut bien une messe, en l’occurrence un changement de pied. C’est ce qu’a du se dire Carole Delga.  N’est-ce pas le voisin de Navarre, le roi Henri qui s’offrit ainsi le royaume de France. Longtemps réticente à ce patronyme pour les raisons déjà ici évoquées, la présidente de LR-MP s’est rendue à la raison des urnes et aux arguments de ses turbulents alliés. Elle découvre maintenant des vertus cachées à cette « Occitanie » qui sonne tout à coup à ses oreilles comme Californie, et qui fait tellement plaisir aux vieilles barbes militantes. Pourtant, PC, PG et Verts ne semblent pas tous sur la même ligne. Du coup, après avoir accepté la liberté de vote, le groupe Nouveau Monde présidé par Gérard Onesta a décidé d’imposer le vote bloqué. Ralliez-vous à mon panache…rouge. Quant aux Catalans, toujours prompts à hisser leurs couleurs, ils pourraient hériter de l’Euro-région, siège à Perpignan, rebaptisée Occitanie-Catalogne. Une vache n’y trouverait pas son veau!

Tout ça, parce que Carole Delga mesure bien la fragilité de sa majorité. Et dans le contexte, économique et politique, elle ne peut se permettre de jouer avec le feu.  On verra donc le 24 juin prochain ce qu’en pensent les élus de droite qui ont commencé à se faire entendre. Feront-ils front commun avec le FN? L’exécutif régional fait le pari que non. Et même si c’était le cas, il leur manqueraient 16 voix pour emporter la majorité. A moins que des dissidences se fassent jour au sein du bloc majoritaire. Les Radicaux sont apparemment disposés à suivre la Présidente. Mais un vote reste une décision individuelle. Certains, y compris chez les socialistes, pourraient bien manifester leur mauvaise humeur.

En tout cas, il y en a un qui n’a pas attendu pour se faire entendre, c’est le Président du CESER (Comité économique, social et environnemental régional) Jean Louis Chauzy qui a dit toute son hostilité à « Occitanie », lui qui avait suggéré… « Languedoc-Pyrénées »!

Le vote populaire, un peu plus de 200 000 participants, avait plebiscité à plus de 44% le nom « Occitanie ».

Et si c’était « Languedoc-Pyrénées »

Languedoc-Pyrénées.

Ce pourrait bien être le nom choisi in fine par les élus du Conseil régional, le 24 juin prochain. Ce nom présente plusieurs avantages. Il répond aux critères définis par le CESER (Comité économique, social, environnemental régional). Critères historiques, géographiques et de lisibilité.  Il rassemble les deux ex-régions en un seul nom : Languedoc (ex Languedoc-Roussillon) Pyrénées (ex Midi-Pyrénées) De plus, il est facile à retenir puisqu’il fait déjà écho à des patronymes inscrits dans nos mémoires.

Il a contre lui le scrutin populaire. Il semblerait, mais on devrait le savoir bientôt, que les citoyens auraient, sur les quelque 200 000 avis exprimés, majoritairement choisi « Occitanie ». (le sondage mis en ligne sur ce site indiquait également cette préférence) Mais ce nom renvoie à une conception de la région  plus politique, faisant écho aux grands mouvements régionalistes des années 70. Il témoigne surtout d’une préoccupation moins hexagonale, dessinant davantage l’espace virtuel d’une langue en totale perte de vitesse qu’une région tournée vers l’avenir.

Si le vote confirmait très majoritairement ce choix, l’exécutif et les élus régionaux seraient devant une vraie difficulté. Comment passer outre et ne pas tenir compte du message démocratique envoyé par les citoyens (une minorité d’entre eux au demeurant)? Gérard Onesta, chef de file des Verts, et grand prêtre d’une mouvance de groupuscules  qui va du Parti Occitan au Parti de gauche en passant par les associations catalanes, entend appuyer là ou ça fait mal. Il multiplie les mises en garde, les appels à respecter le vote populaire…

Prémices d’une crise au sein de la majorité régionale, ou simple travail de lobbying? Tout est possible en ces temps incertains. Verdict dans quelques jours maintenant.