Les paysans ont gagné. La carte des zones défavorisées sera revue et corrigée. Mais les traces du conflit sont encore bien présentes sur les routes, aux carrefours, devant les immeubles officiels. Le montant des dégradations est inconnu à ce jour et ne sera jamais établi. Qui s’en préoccupe d’ailleurs ? Le coût de la remise en état du mobilier urbain, du nettoyage des chaussées, de l’évacuation des détritus, tas de fumier, et autres montagnes de pneus calcinés ne sera jamais rendu public. Tout se passe comme si les agriculteurs bénéficiaient de tous les passe-droits, comme si leur responsabilité n’était jamais engagée, la cause défendue fût-elle légitime ! Tout le monde se tait, les pouvoirs publics en tête, les ténors politiques tout à leurs petits calculs boutiquiers, les élus locaux qui ne veulent se fâcher avec personne, les médias qui font leurs choux gras du spectacle de ces jacqueries… Etrangement, la société n’a pas les mêmes tolérances, ne manifeste pas les mêmes complaisances quand les salariés condamnés au chômage manifestent bruyamment leur désespoir. Les « pères la morale » si prompts à « ouvrir le débat » sur toutes les antennes de France et de Navarre, seraient bien avisés de s’interroger sur l’image, sur les signaux que de telles pratiques envoient à toutes les composantes de la société et singulièrement à sa jeunesse.
On peut comprendre et même partager la colère paysanne. Mais on peut aussi attendre de citoyens engagés, d’organisations professionnelles responsables qu’ils assument totalement les conséquences de leurs actes. Nettoyer, réparer, effacer les traces de leur combat, légitime au demeurant dans ses objectifs, mais préoccupant dans les formes qu’il a adopté depuis des lustres. Pourquoi les collectivités territoriales, donc les contribuables, devraient-ils faire les frais de cette grogne sectorielle alors que très majoritairement, ils soutenaient le mouvement ? La réponse à cette question ne viendra pas, la neige ayant providentiellement installé son silence ouaté sur nos campagnes. Il neige. Et déjà dans les médias ils sont nombreux à demander qui va payer la facture !
Les agriculteurs poursuivent leur mobilisation en bloquant routes et autoroutes en particulier en Tarn et Garonne, devenu l’épicentre de la contestation.