Climat: passons aux actes

Greta Thunberg est formidable dans sa fonction d’imprécateur. A l’heure d’internet et des réseaux, elle fait le buzz mondial. A l’ONU, elle nous a annoncé l’Armageddon dans un discours qui sur le fond et sur la forme interroge. Sur la forme d’abord : un honnête travail de communicant, fait pour interloquer et être repris en boucle. C’est d’ailleurs ce qui se passe. Sur le fond : il y a dans le discours de cette jeune fille quelque chose qui pourrait être du Paul Nizan revisité : « 20 ans, je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie… » Jeunesse révoltée ! Mais aussi autre chose, jusque dans le regard,  qui rappelle ces prédicateurs protestants du XIX° siècle, courant les campagnes et promettant à « tous les pauvres pêcheurs » les flammes de l’enfer.

Jacques Chirac, à cette même tribune, l’avait dit : « la terre brûle. » C’est maintenant chose admise par une bonne partie de la planète, à l’exception de quelques irréductibles, Amérique du nord en tête, excusez du peu ! Et sur ça que dit Greta ? Rien. Elle annonce qu’elle va attaquer en justice cinq pays, dont la France, « pour inaction et atteinte aux droits de l’enfant. » Probablement que la France pourrait mieux faire et plus vite, mais pourquoi cinq pays : France, Allemagne, Brésil, Argentine et Turquie. Et pourquoi ces 5 là et pas les USA, le Canada, la Russie, la Chine… ? Curieuse balance dont on aimerait connaître les considérants. Trump serait-il plus climat, voire plus sympa que Macron ?

Plus sérieusement, aucun pays ne peut dans le domaine du climat, agir seul, et encore moins changer le système. Il y faut une volonté partagée, un minimum de consensus international. Il faut des accords, comme la COP 21 en 2015 à Paris. Et parfois, il vaut mieux les refuser, le Mercosur par exemple. La réponse aux dérèglements climatiques ne peut être que globale et coordonnée. Multilatérale comme dit l’Elysée. C’est bien pourquoi, E. Macron est sur tous les terrains diplomatiques. La France est au premier rang d’une bataille titanesque, qui nous concerne car au-delà des textes et des lois, elle va nous obliger à revoir nos modes de vie. Y sommes-nous prêts. C’est là que nous avons besoin de Greta, de toute la jeunesse, pour qu’elles nous aident à nous désintoxiquer, à tracer le chemin, à inventer demain.

 

Chasselas: un petit grain de discorde

Du vent à décoiffer un pied de chasselas, le ban et l’arrière ban des élus, un sénateur, la sous-préfète, une kyrielle de responsables socio-professionnels, nous nous étions tous donnés rendez-vous, ou presque, absent le Président du Conseil départemental, au pied de l’abbatiale pour l’ouverture officielle de la fête du chasselas. Voilà quatre ans déjà,  que journées du patrimoine obligent, elle s’est installée dans les murs du cloître. Associés à cette manifestation, les Sites remarquables du goût, qui ont, cette année encore, drainé quelques producteurs venus d’ailleurs, volailles de Bresse ou safran du Quercy. Mais probablement trop à l’étroit dans ce Patus qui ne se prête guère à ce genre de manifestation, ils étaient moins nombreux que par le passé. Selon un sondage réalisé en direct par le syndicat du chasselas, les exposants estiment qu’ils ont perdu les 3/4 de leur chiffre d’affaire depuis qu’on les a obligés à quitter l’Uvarium. Rien de surprenant, nous avions en Conseil municipal dénoncé une opération purement idéologique.

Le chasselas était comme toujours très beau et de l’avis du président du syndicat, la récolte est correcte, même si elle s’avère moins bonne que l’an dernier. Mais derrière les étals et sous les juteuses grappes de raisin se tapit une polémique dont nous eûmes l’espace d’un instant quelques échos. Le mérite en revient à la sous-préfète qui a mis les pieds dans la cagette. L’important, c’est la confiance a-t-elle martelé. Confiance entre producteurs, metteurs en marché, expéditeurs. Et manifestement, le royaume du chasselas connait bien des tiraillements. Par exemple, les relations entre producteurs et metteurs en marchés (ils absorbent 80% de la production moissagaise) sont tendues. En cause de prix d’achat du raisin, qui a en croire un des chasselatiers les plus en vue de Moissac, ne couvre pas les frais de production. Acheté aux alentours de 1,70 euros, le kilo revient à 2 euros. « Ce n’est pas avec le chasselas qu’on gagne de l’argent. Heureusement nous avons d’autres variétés ». La grande distribution, pourtant nécessaire à l’économie du chasselas, est une fois de plus montrée du doigt. Deux médiateurs ont été désignés par le ministère de l’agriculture pour tenter de dénouer la situation. Ils étaient samedi sur le terrain. On ne connait pas leurs conclusions. Il faut dire que le dossier est lourd et bien embrouillé. Le chasselas de Moissac est en AOP, Appellation d’origine protégée, qui impose un cahier de charges rigoureux à ses quelque 230 adhérents. Mais certains de ces adhérents cultivent aussi du chasselas en Quercy, qui ne fait pas partie de l’AOP. De qualité inférieure, ce raisin est vendu moins cher, mais permet aux producteurs de jouer à la fois sur les dates et sur les quantités. Il répond aux demandes des metteurs en marchés et de la grande distribution.  Il fait donc de l’ombre au chasselas Moissagais, d’autant que que le label Quercy s’impose peu à peu grâce à d’autres productions comme l’agneau, le safran, ou le fromage.

Individualistes, les producteurs de chasselas de Moissac concurrencent eux mêmes leur produit phare. Ils refusent, ce qu’a voulu pointer la sous préfète, de s’entendre sur une date d’ouverture de la vendange. Les techniciens du fruit l’avaient estimée cette année au 2 septembre. Bref, la crise ouverte il y a quatre ans se poursuit. Par ailleurs, l’Afrique du Sud ou l’Italie ont mis sur le marché des variétés qui répondent aux nouveaux goûts des consommateurs: raisins plus gros et sans pépin.. Du coup, le vignoble moissagais est en train d’évoluer, de s’ouvrir à de nouveaux raisins, plus résistants.  Le temps presse quand on sait qu’il faut 15 ans pour inscrire une nouvelle variété au catalogue! Autre signal encourageant: les conversions bio. 7% des producteurs sont déjà agréés. Ils seront bientôt 15%. Le rythme est spectaculaire. Et bonne nouvelle, les rendements s’améliorent ce qui abaisse les coûts de production.

Raison de plus, au moment où le consommateur refuse les pesticides, s’inquiète de la qualité des produits qu’on lui propose, pour s’étonner que dans cette fête du chasselas, rien ne soit dit sur les méthodes de production, ou sur les précautions environnementales. Sur ce bio qui semble faire son chemin en catimini, comme si la profession ne voulait rien voir de ce changement de pied. Pas un colloque, pas une vidéo, pas d’explication, pas de témoignage! Le chasselas fait certes partie du patrimoine moissagais (pas si vieux que ça puisqu’il remonte au XIX ° siècle seulement), mais à vouloir le réduire à cette image, on le condamne. Le président du syndicat s’est bien gardé d’évoquer toutes ces  questions, se contentant d’énumérer les émissions de télévision qui ont montré le chasselas. Cela suffira -t-il à pérenniser la culture du chasselas de Moissac? Bien sûr que non. Si les consommateurs ont des yeux et des papilles, ils ont aussi une tête.

Et puis, journée du patrimoine oblige, on a découvert la nouvelle entrée du cloître. Un hall agrandi, rénové, disposant d’un mobilier moderne. Le personnel employé à l’accueil semble y trouver son compte et on le comprend : il a quitté l’étroite boutique qui jurait avec la majesté de l’ensemble abbatial. Une fois les aménagements achevés, on jugera de la qualité de ce nouvel espace. Et de sa capacité à susciter l’intérêt d’un public de plus en plus friand de réalité augmentée.

Un samedi ordinaire

Gilets jaunes et cagoules noires, une fois de plus réunis pour mettre à mal le droit de manifester. La stratégie est en effet claire, même si elle n’est le fait que d’une infime minorité de la population : casser, provoquer des affrontements avec les forces de l’ordre pour hurler ensuite par réseaux sociaux interposés à « l’état policier ». Il s’agit de pousser le gouvernement à la faute, à la bavure dans l’espoir d’embarquer l’opinion. De Sivens, à Nantes, le mécanisme est toujours le même.

Ces émeutiers n’ont aucun projet. Ils se foutent totalement de la société, de ceux qui travaillent dans l’espoir de jours meilleurs, de celles et ceux qui souffrent. En fait, ils sont comme des poissons dans l’eau dans un système que par ailleurs ils dénoncent à coup de slogans approximatifs et de cocktails Molotov. Ils cherchent à saper les fondements de la République. Et mettent en péril le droit, constitutionnel, de manifester. Ils sont les adeptes du pire, les prédicateurs du chaos.

De ce point de vue, la réaction de Greenpeace France qui a préféré se retirer samedi de cette manifestation noyautée d’entrée de jeu par les casseurs, est salutaire et de bon aloi. Mobiliser les citoyens pour changer la donne climatique, défendre sa retraite, revendiquer du pouvoir d’achat… et que sais-je encore, sont des motifs légitimes qui forcent le respect si ce n’est l’adhésion. Mais il ne faut pas mélanger les genres et c’est de la responsabilité des organisateurs que de se désolidariser verbalement et physiquement des casseurs du samedi après-midi. N’en déplaise à certains, la convergence des luttes qu’ils appellent de leurs vœux, ne saurait s’accommoder des exactions des bandes noires ou jaunes. Ce 21 septembre était le 45iéme samedi d’émeutes urbaines. Un samedi presque ordinaire . Journée du patrimoine pour beaucoup de nos concitoyens !

La fête de l’élevage

Beaucoup de monde, un site incitant à la déambulation en famille, sous les hautes futaies de la prairie de Laujol. Paulette Caulet et son association des éleveurs ont offert aux visiteurs un moment de détente heureuse et de découvertes.

La santé n’a pas de prix…

Comme à l’accoutumée, Plantu, d’un coup de crayon expert, pose le problème. La grogne aux urgences ne faiblit pas. La grève des personnels se poursuit. Un rassemblement national est même prévu en septembre. A Moissac, les personnels demeurent dans le mouvement et réclament toujours des mesures sur les effectifs, les salaires, les conditions de travail en général.

Au regard de leur tâche et du service rendu à la population, les urgentistes ont parfaitement raison. Ils posent la question de leur utilité sociale. De premier plan bien sûr ! Et quand on compare leurs salaires avec ceux de professionnels du sport ou de certains amuseurs publics, on se dit que notre société, à force de se refuser à faire des choix, se donne de bien étranges priorités. On pourrait d’ailleurs s’interroger pareillement sur l’éducation nationale dont le statut social s’est fortement dégradé depuis quelques décennies.

Cela dit, les urgences dans les hôpitaux ne peuvent à elles seules répondre aux besoins de la population. Elles ont été créées pour donner une réponse médicale aussi rapide que possible à des accidents de la route ou de la vie, à des crises aiguës dans certaines pathologies, ou à des situations de stress… Elles n’ont pas vocation à assurer les consultations, les examens médicaux qui relèvent de la prévention ou du suivi régulier des malades. En fait, depuis des années, on leur demande de se substituer à la médecine libérale, de remplacer le fameux médecin de famille qui naguère encore, disponible et dévoué, savait répondre au premier appel, ouvrir son cabinet au premier venu. Il y avait quelque chose du sacerdoce chez ces médecins qui à l’occasion pouvaient se faire conseillers en affaires familiales, psychologues, voire même confesseurs.

Les temps modernes ont rompu le pacte. Des territoires entiers ont perdu leurs médecins, partis à la retraite ou vers d’autres opportunités. Le désert médical progresse inexorablement. Les rescapés de cet exode intérieur croulent sous la demande et refusent de nouveaux patients. Direction l’hôpital ! Thrombose ! Dès lors, c’est tout le système de soins qui claudique. On peut certes comprendre les aspirations des médecins libéraux à une vie moins contrainte. Il faut alors tout repenser. Le numérus clausus bien sûr ! Heureusement c’est déjà acté. Mais au-delà, les droits et les devoirs des médecins libéraux. Et surtout l’organisation des soins sur un territoire donné, la place de l’hôpital, la création de structures collectives, pluridisciplinaires (maisons, centres de santé…) Il faut aussi responsabiliser patients et malades. Les remettre dans le jeu si j’ose dire. L’accès aux soins ne peut être réduit à un acte de consommation ordinaire. Il suppose l’intégration dans un parcours de santé, avec ses contraintes, ses passages obligés. De quoi remettre les services d’urgences à leur vraie place, et leur redonner à moindre frais l’oxygène dont elles ont besoin. Il faudra à Moissac, comme ailleurs, se mettre sérieusement à y travailler. Parce que si la santé n’a pas de prix, elle a un coût!