Echos de marché

C’était l’avant dernier dimanche de janvier, jour de marché à Moissac. Mais dimanche de campagne pour les militants contraints ce matin de pister un chaland, presque aussi clairsemé que les étals des marchands. Rude tâche pour la petite escouade de la majorité présidentielle venue parler Europe à des Moissagais qui semblaient avoir la tête ailleurs. Comme si la présidence française de l’Union ne les concernait pas. Comme si les centaines de milliards du plan de relance, de l’achat des vaccins, ou de la PAC (la politique agricole commune) n’avaient aucune conséquence sur leur vie ! Difficile dans ces conditions de parler de la charte des droits fondamentaux européens dans laquelle E. Macron veut inscrire l’écologie et le droit à l’avortement. Difficile de parler avenir, autour d’une capacité industrielle reconquise, d’un SMIG européen, de droits sociaux nouveaux, d’une puissance politique et militaire qui nous font si cruellement défaut quand les désordres planétaires mettent en jeu la paix et la prospérité des peuples européens.

Donc foin d’envolées ! « Et pour l’hôpital, il va faire quoi votre Macron » nous interpelle sans plus de ménagement, un vieux monsieur lesté par d’énormes sac en plastique. Il a déjà fait le Ségur de la santé, lui rétorque-t-on aussi vite… pas assez cependant pour le retenir plus longtemps. On aurait pu lui dire que Moissac n’attirait plus les médecins à la recherche de rémunérations et d’un cadre de vie que la ville ne sait pas leur offrir. Faute aussi d’un véritable projet d’établissement en se positionnant comme hôpital de proximité. Ou bien fallait-il l’inquiéter un peu plus en évoquant cette histoire qui court les rues de la ville à bas bruit.  Ce chirurgien, terrassé depuis plusieurs semaines par le Covid, et qui vient tout juste de refaire surface. C’est l’essentiel, mais la rumeur raconte qu’il n’était pas vacciné et s’en vantait. De quoi s’interroger sur le devoir d’exemplarité. Sur l’image d’une communauté médicale aveugle et muette. Sur le management de l’hôpital tenu par la loi, rappelons-le, de veiller à l’obligation vaccinale pour les soignants.

Quant au maire de la ville, président du Conseil de surveillance de l’hôpital, trop préoccupé sans doute par la chicaya entre le Pen et Zemmour, il n’a pipé mot. Il n’est pourtant pas resté inactif pendant la période, annonçant aux associations sportives qu’il comptait cette année leur sucrer les subventions. La mairie qui a besoin de ce cash pour payer la toiture du tribunal, estime qu’en raison du Covid, les clubs ont fait des économies. Autant dire que la décision ne passe pas. Mais les sportifs sont-ils prêts à aller jusqu’à la fronde ?

Vaccin: des effets secondaires

Bon, puisque la petite sortie d’E Macron dans le Parisien a mis en émoi le banc et l’arrière banc politico-médiatique, je me dois de rajouter mon grain de sel à l’affaire. Ce qui j’en conviens ne changera rien mais ajoutera à l’épaisseur du dossier. Dans la formule du Président, il y a la forme et il y a le fond. Le fond c’est que nous arrivons au terme d’un cirque qui n’a que trop duré. Les manifs le samedi, les injures sur les réseaux sociaux, l’emploi systématique du terme « collabos »  lancé à la figure des personnels de santé, tout cela n’est-il pas plus choquant, plus insupportable? On sait bien ce que ça raconte…on connait le sous-texte et cette prétention paranoïaque à s’ériger en résistants, en derniers remparts de la liberté. Ajoutons aussi les agressions contre des élus, les mises à sac de leur domicile, les menaces de mort et hier le cinéma parlementaire avec les faux-culs de LR qui disent oui le matin et non le soir encouragés par une gauche officielle qui ne brille pas par son courage… Bref comme dit l’autre ça suffit! Le Président n’a fait que traduire ce que les personnels de santé disent en privé et commencent à exprimer publiquement: si on on en est là, si l’hosto menace de craquer, s’il ne peut plus soigner correctement certaines maladies graves, certaines urgences, c’est parce que 15% de la population a décidé de faire de la résistance, d’emmerder le système en se réfugiant derrière des prétextes bidons (la santé des enfants, les conséquences du vaccin sur le long terme, le fric des labos, voire pour les plus abimés du cerveau un complot mondial, juif de préférence…) Ces gens mènent une croisade, ils participent à une sorte de désobéissance civile dont on voit bien les conséquences mortifères sur le reste de la population. Ces gens là ont fait à leur manière sécession.

Par ailleurs, il n’est pas exclu que le Président ait voulu ainsi marquer son territoire, faire en ce début d’année une entrée en campagne, obliger chacun de ses adversaires à sortir du bois… au risque il est vrai de se voir accusé une fois encore de mépris de classe (comme lorsqu’il parlait de traverser la rue pour trouver du travail, ou encore quand il évoquait le pognon de dingue et quelques autres saillies bien senties…) Là on touche à la forme. On peut en effet se demander si un Président peut employer de tels mots, descendre dans l’arène sans autre précaution de langage, aviver un peu plus les tensions, approfondir les fractures de notre société… La question est ouverte. Mais elle ne mérite pas qu’on y perde son temps et sa salive. Car au final, il apparait que fond et forme ne peuvent être vraiment séparés. E Macron dit, les mots lui appartiennent, la profondeur de son exaspération, la gravité de la situation que des formules plus diplomatiques n’auraient pu exprimer. Le grand mérite de cet exercice, c’est que tout le monde a compris sa pensée.

Alors, tout ça pour quel résultat? On verra, nous sommes au temps des emballements médiatiques, des polémiques à deux balles, comme celle autour du drapeau européen. Laissons retomber l’écume des jours. Il est clair que le Président, qui n’en déplaise au Nouvel Obs n’est ni Sarkozy, ni Trump, a décidé de faire son entrée en campagne, à sa manière, avec ses mots. Frontalement. Et ce n’est pas là le moindre de ses mérites : le courage! Convoquons une fois encore la sagesse paysanne: « C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ». Que ceux qui n’auraient pas compris m’écrivent. Je vous engage par ailleurs, à lire l’intégralité de l’ITW du Président. Il dit des choses très fortes sur l’éducation, la santé, et la transition écologique. Le lien est ici:4_5956346571208526560

 

Deux nuances de brun

On ne pourra pas dire que le maire de Moissac ne fait pas preuve d’ouverture d’esprit. Lui qui, officiellement soutient Marine Le Pen, transformant le bulletin municipal en feuille de propagande pour les thèses du RN, Ainsi cet ancien attaché parlementaire de Marion Maréchal, reste fidèle, en dépit de quelques incartades visant à « conforter son image de jeune homme qui n’a pas froid aux yeux » à la maison Le Pen, à la reine mère qui pourtant n’est pas au mieux de sa forme en cette fin d’année.

A peine élu, le nouveau maire s’était offert un cabinet, sur mesure en allant repêcher dans les départements voisins deux militants RN en recherche après des résultats électoraux calamiteux, d’un port d’attache plus accueillant. La Haute Garonne a donc fourni le directeur de cabinet, quand le Lot offrait un nouveau directeur de communication. Ce dernier, Bruno Lervoire, est désormais sous-chef du parti Zemmourien en Tarn et Garonne, baptisé « Reconquête 82 ». Cela ne vous rappelle rien ? Mais si bien sûr, La Reconquista, la croisade des rois catholiques espagnols contre les Maures et qui s’acheva avec la chute de Grenade en 1492 ! Pas besoin de demander le programme !

En laissant libre cours à son salarié, le maire de Moissac n’a pas voulu choisir entre les deux nuances de brun. Comme s’il espérait, in fine, une réconciliation des deux branches de l’extrême droite. Comme si sa carrière, que certains rêvent grande,  devait s’affranchir de ces contingences. Image-1Ainsi pour ne pas injurier son avenir, il s’affiche rassembleur, sur les réseaux sociaux, où il poste une photo qui montre des colleurs d’affiches se partageant le même panneau, assorti de ce commentaire plus ou moins inspiré : « Faites l’amour, pas la guerre » !  Reste que parti comme c’est parti, et compte tenu de l’affection immodérée que Le Pen et Zemmour semblent se porter, ils pourraient bien ne jamais monter dans le train du deuxième tour.  Le maire de Moissac en sera-t-il vraiment contrarié?

Jeu de dames

Officiellement, Christiane Taubira réfléchit encore. A quoi ? A sa candidature dans le cadre d’une primaire de la gauche ! Ça, c’est le discours officiel. Mais les partenaires écolos et insoumis faisant vraisemblablement défaut, serait-elle prête à partir en solo? En fait, si l’on en croit la presse bien informée, cela fait longtemps qu’elle y pense. Cela fait longtemps qu’elle met en place à bas bruit un dispositif, des équipes, qu’elle consulte nombre de spécialistes afin d’élaborer un programme.

La Dépêche dans un article récent « évoque un bras de fer » entre les deux dames, la socialiste Hidalgo et la radicale Taubira. Elles affichent toutes deux une détermination qui, pour reprendre le mot du sénateur socialiste Patrick Kanner, pourrait bien  conduire à une « candidature de trop ». Il pense bien évidemment à Christiane Taubira.

La trêve des confiseurs devrait provisoirement geler les situations. Mais passé le 1° janvier, les lignes vont bouger, et tous à gauche devront dire si les réveillons ont réveillé leur mémoire, quand l’union de la gauche s’affichait comme le graal. On n’en est plus là. Les Insoumis n’entendent pas se soumettre à quelque injonction que ce soit alors que les intentions de vote remontent légèrement en faveur de Jean Luc Mélenchon. Les Verts qui en 2017, s’étaient sacrifiés pour Benoit Hamon, n’imaginent pas de revivre pareil chemin de croix. La gauche plurielle demeurera-t-elle profondément fracturée à l’aube de 2022 ?  Aux candidates et candidats, aux différents partis de le dire, et vite,  car le temps s’annonce court, alors qu’ Omicron s’invite comme un élément  perturbateur dans la campagne présidentielle.

Donc, que va-t-il se passer si comme cela se dessine, chacun en janvier prochain s’obstine à camper sur ses positions ?  Une primaire entre les deux dames ? Cela paraît inimaginable. Trop grotesque ! Le retrait de l’une des deux ? On voit mal Anne Hidalgo sortir aussi piteusement de la compétition. Comme on voit mal Christiane Taubira faire marche arrière après une entrée en scène qui était tout sauf improvisée ! Car sa candidature vient de loin. On se souvient de 2002, candidate jusqu’au bout, réunissant à peine 2% des suffrages, juste assez pour faire chuter au premier tour le socialiste Lionel Jospin dont le bilan était pourtant l’honneur de la gauche. Mais il en eut fallu plus pour déboulonner les certitudes de Christiane Taubira. « Je n’ai aucun regret pour les idées que j’ai défendues et j’ai fait preuve d’une loyauté totale envers la gauche. S’il fallait recommencer, je recommencerais… différemment pour qu’on entende mieux ma voix », confiait-t-elle tantôt à la revue Zadig. Va-t-elle donc recommencer ? Faire mordre la poussière une deuxième fois à ses « amis » socialistes ? Et pour quel bénéfice ?

Esprit de famille

Cela aurait pu être une cousinade à la mode Tarn et Garonne. Il y avait Jean-Michel le fringant tonton de Valence, le grand timonier de la politique locale, la tante Brigitte, un peu chiffonnée par une année de placard mais tellement fière de ce miraculeux retour en grâce, son « grand ami », le cousin Michel, un taiseux qui ne parvient toujours pas à remplir ses habits de président… il y avait aussi la parentèle de second rang, une escouade de pièces rapportées ou de petits barons au lignage incertain… Bref, outre les sportifs,  il y avait le banc et l’arrière banc de la classe politique départementale aux Trophées du rugby amateur, organisés à Sapiac, par… La Dépêche. Une bien belle soirée à en croire le quotidien au cours de laquelle, Brigitte Barèges, rescapée de ses démêlés judiciaires était l’objet de toutes les attentions, de tous les apartés entre fromage et dessert.

Il faut dire que pour un coup de grisou, la décision de la cour d’appel de Toulouse, la relaxe pour tout le monde, en fut un ! De quoi donner mauvaise mine aux ennemis politiques de la dame qui croyaient bien son sort scellé après la décision du tribunal judiciaire, il y a un peu moins d’un an, la condamnant à quelques mois de prison avec sursis, une amende et surtout à 5 ans d’inégibilité « pour détournement de fonds publics ».

« Dura lex sed lex » disaient alors quelques beaux esprits qui tout dépités aujourd’hui se contentent de prendre acte du jugement. Je sais bien qu’on ne commente pas les décisions de justice, pour autant on n’empêchera pas le citoyen curieux de s’étonner d’un tel tête-à-queue. Il y a un an, la sanction judiciaire tombait, impitoyable, tout habillée de vertu outragée. Du Saint Just à s’y tromper ! Aujourd’hui d’autres magistrats ne sont devant les mêmes faits que mansuétude et compréhension. A leurs yeux, le délit n’est pas constitué, il n’y a rien à voir, passez votre chemin. Comment faire avec une telle gymnastique ? Les magistrats toulousains estiment en effet que l’ex directeur de la communication de la mairie de Montauban n’est pas fiable. Jean Claude Fourment, par qui le scandale était arrivé, s’était ensuite rétracté, expliquant ses accusations par le « démarchage » des opposants politiques de Brigitte Barèges et par, allez donc comprendre, son « burn out » professionnel !

Quant au contenu du « délit », les juges n’ont pas souhaité s’engager sur ce terrain, estimant qu’entre communication institutionnelle et propagande personnelle, la confusion des genres est toujours possible. Il est vrai qu’il suffit de lire le quotidien régional pour s’en convaincre.

Nous voilà donc revenus à la case départ.  Et Justice, conviée bien malgré elle aux agapes de la « familia grande »! Elle a sur les yeux un bandeau, preuve de son impartialité. Mais est-on sûr d’y voir toujours très clair dans ses décisions ?