La leçon de Limoges


L’hôtel de ville de Limoges a été incendié hier soir. Totalement détruit par des émeutiers qui, à Paris, à Marseille, à Lyon, à Bordeaux… s’étaient donnés le mot pour semer le chaos, comme transportés par une jubilation apocalyptique.

Je suis né à Limoges. J’y ai travaillé avec plaisir de longues années. Je sais ce que l’Hotel de ville, et encore plus la gare SNCF représentent pour les Limougeauds. Et moi, ces deux édifices ne me laissent pas indifférent.

C’est ainsi que l’histoire, la grande histoire s’invite ce matin sans crier gare. Comment ne pas tenter le parallèle avec l’incendie de l’Hotel de ville de Paris, en 1871, pendant la semaine sanglante, lors de la Commune de Paris? À quelque 150 ans de distance, ces deux événements semblent se répondre et suscitent deux ou trois observations. Seraient-ils du même ordre?

Pure illusion! L’analogie s’arrête là où commencent les flammes et s’exprime la fureur. Les Communards, j’en appelle aux mannes de Jules Vallès et de Louise Michel, étaient acculés, cernés par les Versaillais et les Prussiens. Inéluctablement condamnés à mort. Entre 10000 et 30000 insurgés tués, une répression féroce!

Aujourd’hui la situation n’est pas comparable. Les ennemis ne sont pas à nos portes. Et notre démocratie n’est pas remise en cause par ceux qui en ont la charge. Le pouvoir en place demeure le garant des institutions que le peuple s’est données et les droits constitutionnels, entre autre celui de manifester, sont à la lettre respectés. On assiste même à un renversement de situation. Si la police doit faire preuve de retenue, éviter à tout prix la bavure mortelle, il n’en est pas de même pour ceux qui lui font face. Nous voilà à fronts renversés. Au point de se demander si cette doctrine n’a pas atteint ses limites.

Le bilan de ce 17 octobre est en effet matériellement très lourd, il le sera plus encore au plan politique et symbolique. Mariane foulée au pied, des lycées, des universités, des médiathèques, une préfecture, des mairies, sans parler des commerces saccagés, brûlés, la facture sera lourde et le contribuable, qu’il excuse cette colère ou pas, devra en supporter la charge. Que des jeunes, parfois des gamins, tous équipés et fringués black-bloc, s’en prennent à des commerces, passe encore. La richesse est tentante et parfois insolente. Mais qu’ils détruisent les services publics, leurs écoles et incidemment les mairies, interroge, pire à de quoi inquiéter.

Contrairement à ce que les idiots utiles de cette sauvagerie proclament sur leurs banderoles de carton, ce n’est pas le capitalisme que veulent abattre ces jeunes gens, c’est la société, la République. On avait déjà vu ça lors des émeutes des banlieues quand écoles et médiathèques, souvent les derniers services publics à tenir debout dans ces territoires, étaient leurs cibles préférées. D’autres, venus des beaux quartiers ou simplement de chez leurs parents, les ont rejoints, enivrés par le spectacle, happés par la folie destructrice, panurges solidaires d’une cause devenue sans objet, mais magnifiée par les smartphones et les réseaux numériques.

Pendant ce temps, les « honnêtes manifestants » défilent, et dénoncent les « violences policières » pour excuser celles de leurs rejetons. Des syndicats, des partis politiques à la recherche d’un introuvable grand soir, parlent de violence légitime », octroyant ainsi un droit de faire mal, de détruire à des pans entiers de générations qui n’ont pas eu le temps de faire leurs classes militantes.

Sommes nous bien sûr de savoir faire encore société, d’accepter les règles d’un vivre ensemble, certes imparfait, mais qui a le mérite de tenir à distance Thanatos, cette effroyable pulsion de mort ?

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