La République de Macron

Macron Jupiter, monarque républicain, assemblée pléthorique, députés godillots… gazettes et réseaux sociaux s’interrogent depuis quelques jours sur la démocratie en danger, voire sa fin annoncée avec l’avènement de la République en marche. Je sais d’expérience que la période estivale oblige les rédactions à creuser profond pour trouver des sujets dignes d’intérêt. Et si l’on doit reconnaître un mérite à cette angoisse existentielle qui a soudain saisi les journalistes, c’est bien, momentanément tout du moins, de nous épargner des thèmes aussi pointus que le bronzage sans effort, les joies de la plage, la montagne ça gagne ou la campagne c’est bien mais sans les mouches.

Mais nécessité n’est pas vertu ! Il y a quelque chose de déplacé, de fabriqué, dans cette soudaine agitation de poulailler, persuadé d’avoir vu entrer le renard. La REM est majoritaire à l’assemblée. La faute à qui ? La REM a mis un des siens au perchoir ? Depuis que la constitution existe, il en a toujours été ainsi. La REM s’octroie tous les postes de questeurs, de vice présidents et que sais-je encore ? Un c’est faux, deux, vu l’état de l’opposition, explosée façon puzzle comme dirait Audiard, elle ne pouvait pas faire carton plein. Mais les Républicains de Baroin feraient bien de la mettre en sourdine, eux qui du temps de leur splendeur n’avaient pas beaucoup plus d’égard avec l’opposition d’alors. Bien entendu, à gauche, les Insoumis font chorus. C’est de bonne guerre, après avoir tenté d’instruire un procès en illégitimité, eux dont le leader a été élu avec un des plus fort taux d’abstention aux dernières législatives, ils dénoncent la monarchie, l’absolutisme du nouveau pouvoir, appellent à la résistance, à l’insurrection parfois. Rien que ça !

Voilà des députés qui dénient au Président de la République jusqu’au droit de convoquer le Congrès, qu’il bouderont d’ailleurs pour manifester place de la République Consternant aveuglement, inconséquente pitrerie, misérable vindicte qui peine à cacher le désarroi de cette classe politique, pour le coup toutes tendances confondues, confrontée tout à coup au spectacle de sa déréliction. Il faut dire que l’on en voit de belles ! Des Insoumis s’apitoyer par exemple sur le sort du premier ministre offensé disent-ils de devoir faire son discours de politique générale, après la réunion du Congrès. Les Français n’ont pourtant pas oublié les engagements du candidat dans ce domaine. Et puisqu’un homme averti en vaut deux, il est aussi prévu la rotation des postes à mi mandat. Que diront donc les zélées vestales de la cinquième république ? Qu’il est brutal de remplacer des hommes et des femmes d’expérience ? On se souviendra alors que les mêmes se gaussaient de ces député(e)s novices. Ces mêmes qui au nom d’une parité absolue qu’il n’ont bien évidemment jamais revendiquée et encore moins appliquée dans leurs entreprises, ont trouvé que la REM trahissait ces engagements en élisant un homme au perchoir.

Le Président ne donnera pas la traditionnelle interview du 14 juillet. Qui s’en plaindra ? Il y a longtemps que cela n’intéressait guère que les deux journalistes sélectionnés par l’Elysée. Le Président ne tient pas la chronique de ses jours, n’est pas le commentateur de ses faits et gestes. Il a tellement été reproché, à juste titre, à l’ancien président de céder à cette manie, qu’il est pour le moins incongru de faire grief à l’actuel locataire de l’Elysée de n’y point s’y résoudre. Un président Jupitérien ne fait pas tomber la foudre sur ses sujets apeurés, il est juste celui qui sort de la mêlée, qui protecteur de la République, tente de donner du sens. On pense tout de suite à De Gaulle et Mitterrand. Vous voyez bien que la Révolution macronienne est au sens propre une révolution, c’est-à-dire un retour aux sources… de la V° République.

 

Mauvais procès et vieilles ficelles

Les Français sont des démocrates. Du moins on l’espère. Mais à entendre les commentaires sur le résultat des législatives, on peut parfois s’interroger. Oui l’abstention a battu son propre record dans ce type d’élection. Et c’est bien entendu préoccupant, voire inquiétant. Une majorité d’électeurs avait donc décidé de ne pas choisir entre les deux qualifiés du second tour. Sont-ils, ces Français, à ce point fâchés avec la démocratie représentative ? Préfèrent-ils la démocratie d’opinion, ou la démocratie populaire ? Dans ce cas, il fallait massivement rejoindre les « Nuits Debout ». Que je sache, ce ne fut pas le cas, et les places publiques les mieux garnies ont vite déchanté, faute d’une adhésion populaire massive.

Voilà qui nous ramène à ce que certains commentateurs appellent la fatigue démocratique, ce sentiment croissant de ne pas être citoyen, de compter pour du beurre, de ne pas se sentir représenté. Pourtant lors du premier tour de ces élections le choix était large, plus de vingt candidats dans certaines circonscriptions. Chacun aurait du y trouver la sensibilité de ses rêves et donc mobiliser pour la faire gagner. A noter que l’abstention fut également très importante, y compris dans le camp de ceux qui aujourd’hui n’ont pas de voix assez forte pour dénoncer « le pouvoir illégitime de Macron ». Le sont-ils -légitimes- plus que lui et ses députés, eux qui parfois, c’est le cas de JL Mélenchon élu avec moins de 20% des inscrits, ont été élus par une toute petite minorité d‘électeurs ?

Mauvais procès donc ! En droit, on dit (je vous fais grâce de la citation latine) que nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes. Et pourtant c’est bien le spectacle auquel on assiste. Toute une cohorte de commentateurs, de mauvais perdants, de gagnants à la triste figure font chorus sur les ondes et les réseaux sociaux. Certains affichent même une conception putschiste de la démocratie tels ces Insoumis d’Evry partis à l’assaut de la mairie parce que leur candidate avait été battue d’un courte tête par M Valls. Inquiétant vous dis-je, car ces gens là préfèrent au recours judiciaire le recours à la force. Et d’ailleurs, s’ils craignaient tant la triche, pourquoi ne pas avoir posté des assesseurs dans chaque bureau de vote ? Ça c’est légal, mais ça suppose aussi que chacun veuille jouer de bout en bout le jeu démocratique. Avez-vous vu l’arrivée de Mélenchon au Palais Bourbon ? Grotesque ! Avez vous entendu les propos de Mélenchon sur les élus LRM, sur un mathématicien, médaillé Field, excusez du peu ? Odieux !

Bref, Macron a fait exploser les anciennes organisations, il a bousculé les codes d’une classe politique qui n’en revient toujours pas d’avoir été débarquée aussi cavalièrement. Les médias eux-mêmes peinent à appréhender ce nouveau paysage qui brouille tout leurs repères, eux qui étaient naguère si prompts à réclamer renouvellement générationnel et programmatique. Pire, ils n’hésitent pas à dénigrer la nouvelle représentation nationale, se gaussant des hésitations, des gaffes, des faux pas parfois de telles ou tels jeunes élus, doutant même de leurs capacités à endosser le costume. Bien entendu, sur le nombre, on trouvera toujours des gens qui ne sont pas à leur place, qui ont fait fausse route. Faut-il pour autant prendre l’arbre pour la forêt ?

 

Législatives: faux semblant

Une fois n’est pas coutume, on va d’abord se réjouir de la belle victoire de Valérie Rabault, la députée sortante PS dans la première circonscription du département. Elle coiffe nettement sur le poteau son adversaire, Pierre Mardegan investi par LRM.

On a déjà dit ici tout le bien qu’on pensait du travail de Valérie Rabault, il faut maintenant ajouter à son palmarès éloquent, une formidable campagne de deuxième tour qui lui a permis de remonter son handicap et de s’imposer largement. Faute de données précises, on ne va pas se livrer à une analyse politique de ce retournement de situation, on peut ce soir constater simplement qu’au premier tour, les électeurs de Montauban lui avaient en partie fait défaut. Ils se sont beaucoup plus mobilisés en sa faveur lors de ce second tour. Voulaient-ils faire barrage à P. Mardegan à qui l’on prêtait des visées sur la mairie de la ville? Ce qui est sûr, c’est que le renfort de J Mézard, le ministre PRG-macronien de l’agriculture,  qui entre les deux tours avait fait le déplacement en Tarn-et-Garonne, est resté sans effet.

Du coup, on ne sait pas quelle fut la réaction de J.M Baylet. Bougon?: Valérie Rabault, celle qu’il accuse de lui avoir fait perdre le Sénat, se voit reconduite par les électeurs. Ravi?: son autre bête noire, P. Mardegan qui avec ses amis regroupés autour de C. Astruc, et au prix de quelques spectaculaires retournements de veste, lui a chipé le Conseil départemental, a lourdement chuté. Il avait misé gros sur la deuxième circonscription. Là les choses se sont passées comme prévu. Après avoir neutralisé les velléités macroniennes de renouvellement, usé de toute son influence pour inscrire sa candidate sous la bannière de la majorité présidentielle, voilà Sylvia Pinel élue face au FN (55%/45%). Ici comme ailleurs, le candidat frontiste peut remercier sa patronne dont la désastreuse prestation à l’occasion du débat du second tour de l’élection présidentielle, a découragé nombre de ses électeurs. Il se réjouira cependant de l’excellent score qu’il réalise à Moissac, où il fait jeu égal (17 voix d’écart) avec l’ancienne ministre. Voir ci dessous le détail.

A l’évidence, une partie des électeurs de droite a voté FN, ce qui va poser problème à la majorité municipale qui voit son électorat se dérober sous ses pieds. A l’évidence, nombre de républicains (pas tous) se sont réfugiés dans l’abstention, le vote blanc ou le vote nul pour dire leur aversion d’un système féodal qui perdure et dénoncer la faute politique commise ici par LRM. Dans la perspective des élections municipales de 2020, il faudra se pencher sérieusement sur ce résultat qui demeure, n’en déplaise aux obligés de J.M. Baylet, un faux semblant.

Législatives : le piège

Suite à un petit arrangement entre amis, les mâchoires du système se sont refermées sur les électeurs, le jour où « En Marche » a décidé de n’investir personne, face à Sylvia Pinel, dans la deuxième circonscription de Tarn et Garonne. Terrible déception! Faute politique! Dès lors, les jeux étaient faits ou presque. JM. Baylet qui avait mis tout son poids dans la balance serait donc parvenu à ses fins. Son fief, ces « terres radicales » comme il le fait dire à son journal, resteront vraisemblablement  sous sa coupe. Satisfaction affichée du seigneur et maître ! Ce duel entre FN et PRG, ne laisse en effet guère de choix aux électeurs républicains. Impossible de voter dimanche prochain pour le parti lepéniste même si l’envie de changement, le besoin d’une respiration démocratique sont perceptibles jusqu’au fond de nos campagnes.

Toujours à la manœuvre, voilà que la presse de JM Baylet s’inquiète de cette aspiration qui pourrait affecter le score de sa candidate. Dans un mail, un des employés du journal a demandé à Jean Paul Nunzi, Yvon Collin, Jean Philippe Besiers et Jérome Beq, soutiens de Thierry Hamelin, candidat divers gauche du premier tour, quelle sera leur position dimanche prochain. Voici leur réponse :

«… vous venez de confirmer votre attitude indigne aujourd’hui encore par vos mensonges en publiant ce mardi matin un article insultant à notre égard évoquant notre silence! Vous nous demandez lundi notre position pour le 2nd tour et vous précisez de vous répondre ce mardi avant midi.

Vous avez ci-dessous notre position que, nous en sommes convaincus, vous n’oserez pas publier en entier.

Nous avons soutenu la candidature de Thierry HAMELIN et Angéline CENTIS – Divers Gauche – au 1er tour de ces élections législatives, considérant qu’il n’était plus possible de ne pas réagir aux manœuvres de M. BAYLET et du PRG depuis des décennies pour garder à son profit, coûte que coûte, le département du Tarn-et-Garonne et la 2ème circonscription. 

Le mouvement « En Marche » a eu tort de ne pas investir quelqu’un de neuf dans cette circonscription…

Nous confirmons notre conviction qu’il ne sera plus possible d’accepter la main mise sur cette 2ème circonscription.

Nous disons à M. Baylet, à Mme Pinel, au PRG et à la Dépêche du Midi que les « prestigieux soutiens » de Thierry HAMELIN n’ont surtout pas à recevoir d’eux des leçons de comportement républicain. Nous leur disons que les parcours respectifs des membres de cette « belle équipe» de soutiens démontrent à quel point ils ont été et seront toujours fidèles à leurs valeurs républicaines qui les animent, en refusant toute forme d’extrémisme dangereux pour nos démocraties.Nous nous tournons vers celles et ceux qui ont voté pour Thierry Hamelin pour leur dire que nous souhaitons conserver cette position de refus des extrêmes pour ce 2nd tour, en les invitant à en faire de même si nous ne sommes pas propriétaires des voix »

Un journal transformé comme à son habitude en agent électoral. Voilà qui fait mauvais genre et détonne dans la République de Macron. Un journal, comme une bulle qui éclate à la surface d’un  système, véritable piège à électeurs. Et le système a ici un nom et de multiples visages. Ceux d’un clan, habile à protéger ses intérêts, déterminé à se survivre, qui a fait du département sa chose, sa propriété, gardée par une foultitude de petits vassaux, élus locaux et autres obligés de cette ploutocratie moderne.

Législatives: FN et LR au coude à coude

Moissac penche à droite. Fortement. Ce premier tour des législatives met le FN et les LR au coude à coude. 7 voix de différence en faveur de  Mathieu Albugues, candidat LR. Un score qu’il doit en partie à sa suppléante Maïté Garrigues. A gauche, on notera le bon score des Insoumis qui, avec près de 13% des voix,  ont totalement siphonné le PCF. Le candidat divers gauche, Thierry Hamelin passe la barre des 5%, tandis que Sylvia Pinel, soutenue par le PRG, le PS, Génération écologie, candidate déclarée Majorité présidentielle, donc sans concurrence de la République en marche, arrive en troisième position. Aucun des candidats n’a recueilli 12,5% des inscrits.

 Au vu des résultats sur la deuxième circonscription, Sylvia Pinel (27%) affrontera au second tour Romain Lopez le candidat du FN (21%).

Dans la première circonscription, la candidate du PS, Valérie Rabault, l’excellente députée sortante,  aura fort à faire pour rattraper son handicap face au candidat de la REM, Pierre Mardegan,  qui la devance de quelque 10 points.