Conseil municipal: SOS médecins!

Le désert avance. Il menace Moissac. Je veux parler de ce qu’il est convenu d’appeler le désert médical. Ce phénomène n’est pas propre à notre ville, il touche en priorité les territoires ruraux qui ont de plus en plus de mal à remplacer les médecins généralistes partis à la retraite. Les jeunes diplômés n’ont plus la vocation, les modes de vie urbains les aspirent, les considérations économiques emportent les dernières velléités. A Moissac après les spécialistes, ce sont nos bons vieux médecins de campagne qui commencent à faire défaut. Et voilà qu’on apprend en plein conseil municipal, au détour d’une anodine délibération, que le SMTI, le Service de santé en milieu de travail inter-entreprise, va déménager. De Moissac à Montauban. Plus de médecin du travail ! Pas de candidat pour le poste ! On croyait que la maladie ne concernait que la médecine libérale, elle touche maintenant les fonctionnaires ou assimilés de la santé.

Après la trésorerie, un autre service public, le SMTI a délégation en la matière, échappe à notre ville. On en voit déjà les conséquences, pour les salariés, obligés à faire le déplacement jusqu’à Montauban, pour les entreprises contraintes de s’adapter et d’acquitter la facture. Pressée de questions par le groupe Divers gauche, la majorité de droite affiche une fois de plus une inertie préoccupante. Comme si tout cela était sans importance pour l’avenir de Moissac ! Comme si cela tenait de la fatalité ! Certes, pareille affaire ne relève pas de la responsabilité directe de la mairie. Elle engage au premier chef l’état, mais aussi les organisations professionnelles, et les autres collectivités territoriales. Pour autant, à rester l’arme au pied, on est sûr que rien ne se passera. Les usagers, le comité de défense, les élus, pour une fois unanimes, ont sauvé l’hôpital. Il est possible de faire pareil sachant qu’il faudra afficher, ici, encore plus de détermination et d’imagination. Nous y sommes prêts !

Ce Conseil municipal de rentrée a repris son cours avec le vote des subventions aux écoles de sport ainsi qu’aux bénéficiaires de l’OPAH, opération programmée d’amélioration de l’habitat. Les citoyens les plus curieux pourront consulter en mairie et sur internet, les volumineux rapports sur la gestion de l’eau et de l’assainissement, et même découvrir la SLGRI, la stratégie locale de gestion du risque inondation. Une étude de la préfecture sur les conduites à tenir et les actions à mener en cas de crues. Depuis les inondations de 1930, l’eau est à Moissac l’objet de toutes les attentions. D’ailleurs, un nouveau PPRI, plan de prévention des risques d’inondations, est actuellement en cours d ‘élaboration.

Enfin, un nouveau Règlement intérieur a été approuvé. Il permettra, comme la loi y oblige, de donner dans Moissac Mag un espace d’expression à une dissidence de la majorité de droite de plus en plus victime d’humeurs centrifuges. L’opposition élue pourra dorénavant disposer sur le site internet de la ville d’un espace d‘expression. Nous l’avions demandé. Nous l’utiliserons.

Mal aux mots

La rue n’était pas pleine et en dépit de ses communiqués, la CGT le sait bien qui se garde de triompher, se contentant d’appeler à une nouvelle journée de manifestation, le 21, juste pour couper l’herbe sous les pieds aux Insoumis qui battront le pavé le 23. Ce qui devait être le grand combat contre la loi travail et les ordonnances donne lieu à d’étranges mais habituelles contorsions entre les deux principaux protagonistes, Martinez et Mélinchon qui se disputent « la cause du peuple » au nom de leurs boutiques respectives. Cynisme ?

Et voilà qu’à mon tour je me laisse aller. Il est des mots qu’il ne faut pas prononcer, des situations, des comportements qu’il ne faut pas nommer. Au risque d’être promis aux flammes de l’enfer ! Si l’on en croit les réseaux sociaux et une bonne partie des médias, l’important ne serait pas ce qu’on fait, mais ce qu’on dit, la forme plutôt que le fond ! Comme si la politique pouvait être réduite à un jeu de rôles, au grand guignol télévisuel ! Pauvre Macron dont on ausculte le moindre geste, dont on pèse le moindre mot, pour le clouer au pilori médiatique ! La tragédie de Saint Martin est révélatrice de la paranoïa ambiante. Et de la mauvaise foi de certains ! Tout y est passé, les secours qui n’arrivent pas, les avions qui triplent leurs tarifs, les pillards qui s’échappent des prisons… Comme s’il fallait rajouter à la souffrance des sinistrés, au chagrin des familles ! Dans bien des cas, on tangente l’ignoble. Exemple révélateur de cette envie d’en découdre, planqué derrière son ordinateur, la photo d’un soldat français. Un grand gaillard qui tient dans ses bras une petite fille noire. L’homme sourit du bonheur de faire son devoir. Sur les réseaux sociaux, la meute hurle immédiatement à la propagande, les plus cinglés parlent de racisme. Décidément, il est des gens qui ont un grave problème avec le principe de réalité.

Mais revenons aux réformes en cours et à la loi travail. Ici encore la vox populi préfère l’invective, l’anathème, l’insulte à la discussion, à la controverse. On barbote dans l’hystérie, on monte des coups médiatiques, on hurle avec les loups, on instruit sur la place publique des procès en légitimité qui en disent long sur les intentions de ces procureurs d’un nouveau genre. Nombre d’organisations naguère respectables, ont perdu le sens commun, l’intérêt général de vue. Elles nourrissent du même coup tous les corporatismes, tous les individualismes, toutes les dérives qui s’érigent en défenseurs du bien commun. La grande manipulation est à l’oeuvre. Elle dispose d’outils d’une puissance extraordinaire et gangrène en profondeur la société. Le vivre ensemble est menacé par ceux-là même qui auto-collent le slogan sur leur poitrail. Nous sommes en crise profonde. En crise économique, mais surtout en crise morale qui nous fait haïr notre système démocratique et ceux qui l’incarnent. Qui nous fait croire à je ne sais quelle démocratie populaire, virginale, innocente et spontanée. Rousseauisme de pacotille biberonné à l’internet, qui chez nombre d’entre eux masque à peine une nostalgie, l’an II de la Révolution Française et son Comité de salut public.

Emmanuel Macron a raison, La France n’aime pas la réforme, les protestants en savent quelque chose. Le mot inquiète. Et les Français volontiers régicides, sont paradoxalement attachés à l’ordre établi, pratiquent le culte des avantages acquis, quand tout bouge autour d’eux, quand le monde se fait et se défait dans une révolution permanente dont ils ne sont ni les acteurs, encore moins les initiateurs. C’est pourquoi, il est des mots superflus. Emmanuel Macron, qui, pendant la campagne de la présidentielle, avait su se préserver d’un face à face avec Jean Luc Mélinchon, serait bien avisé de tenir cette ligne. Ne pas faire du Sarkozy, ne pas rentrer dans l’arène, refuser ce combat de coqs qui ravit certainement la galerie, mais qui au final détourne de l’essentiel : faire bouger la France et les Français.

 

Les deux écoles du numérique

La France est décidément un pays extraordinaire. Ses différentes variétés de fromages nous avaient déjà taillé une belle réputation. Nos structures administratives, leur enchevêtrement, leur refus obstiné de communiquer entre elles, mais aussi, il faut bien le reconnaître, les opportunités de financement qu’elles offrent à tout porteur de projet, en font un cas unique, un cas d’école.

Prenons l’histoire du numérique. Il y a peu, j’annonçais ici même (cliquez ici) la naissance d’une école du numérique à Moissac. Belle initiative de la région Occitanie qui veut ainsi former des jeunes aux métiers en devenir et irriguer les territoires les plus éloignés de la métropole. L’appel à candidature vient d’être lancé. Bientôt, une vingtaine d’étudiants se retrouveront dans l’ancien Centre des impôts, sous la houlette d’une société de formation montalbanaise. Au même moment, après des mois de démarches, n’en doutons pas, MAJ « Moissac animation jeunesse » annonçait sa participation à une autre école du numérique, mise en place cette fois par la Chambre des métiers du département, une opération subventionnée par l’Etat et qui devrait concerner Moissac bien entendu, Caussade, et Valence d’Agen. Les deux projets sont comparables, ils ciblent des jeunes qui, sans diplôme ou presque, manifestent un réel intérêt pour le numérique. Deux projets qui ambitionnent de former en quelques mois ces étudiants qui pourront apporter leur savoir-faire aux entreprises de Tarn et Garonne. D’ailleurs sont prévus des stages dans ces mêmes entreprises qui pourront ainsi les mettre à contribution autour du développement d’un projet concret.

Tout cela est bel et bon pour la jeunesse de notre département et corrélativement pour le tissus  économique. Mais pourquoi deux écoles ? Pourquoi la Région, l’Etat et la Chambre des métiers ne se parlent-ils pas ? Pourquoi multiplier les initiatives au risque de brouiller les cartes, de développer la bureaucratie et d’alourdir les factures ? Que leur importe, chaque structure a besoin d’exister, de montrer qu’elle est active et évite autant que possible de travailler avec sa voisine, perçue dès lors comme une concurrente. Dans cette course à l’échalote, ce ne sont pas seulement les deniers publics qui en pâtissent, mais l’efficacité, surtout l’efficacité. Pour le coup, cette concurrence est véritablement contre-productive. Souhaitons, c’est bien le moins,  que tout cela se déroule sans bug majeur!

Politiques et médias

Les recalés du suffrage universel, les déserteurs de la vie politique, les fatigués du cumul des mandats cherchent en cette fin d’été un job en CDI. Et ils en trouvent, sans passer par la case Pôle emploi. Miracle des réseaux! Il y a comme d’habitude, ceux à qui la finance fait des risettes. Dans ce domaine, un carnet d’adresse bien rempli vaut mieux que n’importe quel diplôme. On apprend ainsi que l’ancien candidat LR à la présidence, vient être recasé dans une prestigieuse maison qui devait être en panne d’experts. Un autre de la même famille politique va prochainement déployer ses talents de recruteur, sans oublier cet ancien candidat à la primaire socialiste, reparti comme il était venu dans un grand groupe de distribution.

Mais la nouveauté en ce mois d’aout, c’est que la presse, les médias recrutent. Ils recrutent d’ex politiques. A tour de bras semble-t-il!. Quand on voit les chiffres du chômage, on se dit que c’est bien un des rares secteurs en expansion. Et nous pauvres journalistes qui pensions que journaux et télés étaient contraints aux cures d’économies, à user et abuser du CDD, à forcer les rédactions à produire toujours plus et toujours plus vite. C’était ne rien comprendre au business, car la presse, les médias en sont hélas un, qui n’échappe pas aux lois du marché. Il leur faut des produits d’appels, des têtes de gondole, une Roselyne Bachelot, un Jean Pierre Raffarin, un Julien Dray et même une insoumise Raquel Garrido sur C8, qui va permettre à Vincent Bolloré d’afficher son ouverture d’esprit. Ce dont personne ne doute bien évidemment.

La liste de ces nouveaux chroniqueurs s’allonge de jour en jour. Forts de leurs expériences, ils vont donc porter leur regard d’experts sur l’activité de leurs copains ou de leurs adversaires. On peut imaginer qu’ayant encore la tête et le bonnet dans leur famille politique, ils en viendront à se chroniquer eux mêmes. Cela peut susciter la curiosité, voire intriguer, mais est-ce bien raisonnable? N’est-ce pas réduire la politique à du spectacle, à un théâtre de boulevard où le spectateur sait bien que tout ce qui arrive « c’est pour de rire »? En ces temps de communication de masse (mass médias disons-nous), la dérision est devenue nouvelle religion. Il faut rire (souvent gras) de tout et de tous. Gare à ceux qui ne se plient pas à la loi, les voilà définitivement « old school », donc hors jeu. Mais on tutoie les sommets quand ce sont les acteurs politiques qui s’y collent. Croient-ils regagner ainsi une popularité en chute libre? Ne voient-ils pas qu’ils participent du grand dénigrement de la politique et des politiques accusés par une partie de l’opinion d’être des incapables, des inutiles voire des profiteurs? « Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots », pour reprendre les Paroles de Dalida. La politique n’est-elle que cela?

Les politiques font donc cette année une entrée en force dans les médias. pas comme invités, mais comme acteurs de premier plan. Que disent les journalistes, si soucieux de leur image et à juste titre jaloux de leur indépendance? Ce cousinage n’est-il pas malsain? Car si l’on en croit le médiascope du quotidien La Croix, l’opinion publique n’a pas une très bonne image de la profession qu’elle suspecte de rapports consanguins avec le monde politique. Cela pourrait bien brouiller les cartes et discréditer un peu plus ce métier.

Ma nuit chez…

Ah qui dira la douceur des soirées estivales, quand une tablée d’amis se prépare à honorer dignement Bacchus et des plats généreusement servis ? La conversation fait le tour des convives, se nourrit des aventures vacancières des uns, des nouvelles familiales des autres, se risque parfois à des plaisanteries ressassées, qui immanquablement se fracassent en un soupir de réprobation, pour mieux repartir ailleurs, souvent dans un coin moins exposé à la lumière.

Et puis tout à coup, allez savoir pourquoi, tombe comme un tonnerre annonciateur de l’orage, un mot, un nom : Macron. Oui EM, le président quoi ! Personne n’a repéré l’imprudent ou l’impudent qui à court certainement d’anecdotes piquantes, a osé. Osé prononcer le nom qui fâche, qui clive comme disent les sociologues. Les pour, les contre ! Aussitôt, deux camps se dessinent et se mettent en ordre de joute. Les voilà avec leur champion. C’est plus rarement une femme. Autour d’eux s’organise sur le champ toute une infanterie, plus ou moins habile dans la contre-attaque quand elle n’est pas entièrement occupée à faire la claque.

On va me dire qu’il n’y a là rien de bien nouveau. Que la chaleur de l’été et l’alcool aidant, il en a toujours été ainsi. Probable, tant nous aimons la querelle. Mais la nouveauté si j’ose dire tient plus au sujet de la controverse qu’à l’ardeur des bretteurs. Macron déchaîne les passions et surtout les détestations. C’est un fait avéré, confirmé par l’expérience. La vieille gauche, percluse de nostalgies, qui ne parvient pas à digérer sa récente déroute électorale et idéologique, ne trouve pas le plus petit mérite au locataire de l’Elysée. Même pas celui d’avoir gagné l’élection, et de nous avoir en même temps épargné la droite d’Adolphe Thiers et le populisme brun dont les rictus de fin de campagne en disaient plus long que tous les discours. L’autre gauche, insoumise, sagement installée dans les rangs de l’Assemblée nationale, aphasique devant la situation du Vénézuela qui lui servait il y a peu de référence, retrouve comme par miracle de la voix quand il s’agit de Macron.

Cet homme a tourneboulé les têtes, même les mieux faîtes. A droite, mais surtout à gauche, on ne lui accorde rien. Pas même le bénéfice de l’intelligence. Quant à sa politique ? N’en parlons même pas… libérale, anti-sociale, réactionnaire… les anathèmes volent en escadrilles. Le vocabulaire, pourtant fourni, des contestataires de banquets n’y suffit plus. De vieux tribuns se font en deux libations une gloire de jeunes procureurs. En fait ce petit monde a perdu son sens critique, sa capacité d’analyse « objective » comme nous écrivions jadis dans nos manuels marxistes. Voit-il le pays tel qu’il va ? Tel qu’il est ? Tel qu’il devient ? Les mesures prises par le nouveau pouvoir lui seront-elles utiles ? Ce petit monde sait, tant il l’espère, qu’elles sont, qu’elles seront intrinsèquement mauvaises, car décidées par Macron, le banquier, l’arriviste, le prestidigitateur !

En fait, à bien peser les choses, l’irruption, il n’y a pas d’autres mots, d’Emmanuel Macron, dans le champ politique a été si rapide, si imprévue, si violente pour une grande partie de la caste, que cette dernière ne parvient pas à l’intégrer dans ses vieux logiciels. Macron tient à ses yeux de l’Alien. Le corps étranger ! Et puisque la dialectique classique s’épuise à rendre compte du phénomène, sus au bonhomme ! La psychologie de comptoir comme science politique ! Les hommes, curieusement, y excellent et parviennent mal à dissimuler leur aversion pour un personnage si brillant, et lisse et beau ! Son épouse, plus âgée que lui, ce qui est circonstance aggravante, n’échappe pas au tir nourri. On la voudrait absente, recluse, invisible. On aurait voulu la priver des moyens matériels dont d’autres, par le passé, ont si avantageusement bénéficié. Cela sent à plein nez son petit réac et réduit les discours sur les valeurs, sur les principes dits républicains, à un catéchisme pour analphabète.

Mais je ne doute pas que chacun va se reprendre. Que la gauche dite de gouvernement va petit à petit reconstruire un corpus idéologique. Refaire surface ! Et s’appliquer en même temps à la critique constructive ! Admettre pour renaître,  faire résilience, admettre que les intuitions du bonhomme ne manquent pas toutes de pertinence et le Président de volonté, ce qui fit si cruellement défaut au quinquennat précédent. Encore un verre, portons un toast, à la France !