Un budget sans relief

 

Le DOB 2018, le Document d’orientation budgétaire est un pavé indigeste, truffé de chiffres et de sigles et qui doit normalement permettre de savoir quels seront les dépenses et les investissements que Terres des Confluences fera pour l’année en cours. Il s’inscrit dans un plan pluriannuel d’investissements (2018-2021) estimé à 38,6 millions d’euros.

Les dépenses de fonctionnement,

devraient augmenter de 2%, soit un peu plus que l’inflation. Mais les frais de personnel, la masse salariale, s’envolent, plus de 9% d’une année sur l’autre.

Terres des Confluences compte aujourd’hui 73 salariés.  Ce taux de 9% est préoccupant, bien que le rapporteur estime que notre intercommunalité fait mieux que ses voisines dans ce domaine. Il explique par ailleurs que ce dérapage est la conséquence de titularisations.  Les contribuables qui peuvent constater que les communes ne parviennent pas à freiner sur l’emploi apprécieront !

Au chapitre des investissements,

Pas terrible !  Si ce n’est l’annonce de la construction d’une maison de l’intercommunalité (500000 euros) à proximité de la future piscine. Pour le reste, on notera la poursuite de programmes déjà engagés : 300 000 euros pour le numérique, 750000 euros pour la maison de santé de Saint Nicolas de la Grave, 200000 euros pour la cuisine centrale, 600000 euros pour la voirie et 200000 euros d’aides aux communes. On notera que les ZAC de Barrès et Fleury vont encore coûter plus de 700 000 euros en 2018, alors que le transfert de propriété de la zone 2 du Luc (Moissac) se chiffre à 1,1 million d’euros et celui de Terres Blanches à 1 million. Ces deux ZAC ne sont pas commercialisées à ce jour, ce qui constitue pour la Communauté de communes un manque à gagner non négligeable. Pour aller vite, l’exécutif de Terres des Confluences envisage d’avoir recours à un aménageur privé, il paraît qu’il y a des candidats. Mais ce type d’opération présente un risque : installer encore de nouvelles enseignes de la grande distribution, au détriment des centres villes de Moissac et Castelsarrasin qui sont en train de dépérir. Danger !

Par ailleurs, on peut déplorer que rien n’est programmé, incubateur ou autre pépinière  pour attirer des entreprises industrielles ou artisanales. Alors que le DOB pointe de lui-même un « environnement économique local peu dynamique »

En ce qui concerne les recettes,

il faut noter, la baisse ou la disparition de certaines dotations de l’état. C’était prévu. Côté impôts, pour les locaux d’habitation, prévoir une augmentation des bases, 1,2%. Pour les entreprises, 2%. Enfin la dette s’établit à 4,6 millions d’euros, avec un ratio de désendettement de 1,9 an, ce qui est plutôt méritoire comparé aux résultats des autres communautés.

Taxe d’habitation

L’exonération pour 80% des ménages de la taxe d’habitation sera mise en place progressivement, jusqu’en 2020.

Dès cette année, les foyers dont les ressources n’excèdent pas 27000 euros de RFR (revenu fiscal de référence) pour une part et 43000 euros pour deux parts auxquels s’ajoutent 6000 euros par demi part supplémentaire verront leur TH baisser de 30%. 65% l’année suivante.

Le message du Comminges

Ce n’est pas encore une alarme, mais déjà un signal, même si de Paris il peut paraître faible. La huitième circonscription de la Haute Garonne risque bien de se rappeler au bon souvenir de la République en Marche. Son candidat est au premier tour de la législative partielle très nettement distancé par le candidat socialiste qui va bénéficier dimanche prochain des voix du PCF. L’issue du scrutin semble acquise. Le PS conservera un siège de député dans ce département et singulièrement dans ce Comminges qui lui étaient favorables depuis des lustres. C’est bien pour cette raison, au moment où il enregistre la démission tonitruante d’une vingtaine de militants et d’élus de l’agglomération toulousaine, que le parti a mis le paquet pour soutenir son candidat. Georges Méric Président du département, la Présidente de la région Occitanie, Carole Delga qui est née dans ce territoire, n’ont pas ménagé leurs efforts et leur soutien. Ils ont presque réussi, sauf à mobiliser en grand nombre les électeurs, à peine 34% de participation au premier tour de scrutin.

Mal aimés

On glosera peut-être sur le profil du candidat de LREM. On fera remarquer en haut lieu que le résultat sera sans conséquence sur les équilibres à l’Assemblée nationale. Certes ! Mais le petit score du premier tour, à peine plus de 21%, devrait tout de même donner à réfléchir chez Christophe Castaner. La campagne électorale l’a en effet amplement démontré : les citoyens ne créditent pas le parti du Président de la République des réformes lancées tous azimuts et dont la nécessité, pas même la pertinence, ne sauraient être sérieusement contestées. Ils lui font grief de quelques « peccadilles »: le prix du gas-oil, la grogne des paysans, la perspective de devoir bientôt lever le pied sur l’accélérateur, la fermeture de quelques classes rurales quand d’autres vont être dédoublées dans les zones en tension… Les territoires les plus reculés, et le Comminges en fait partie, ont le sentiment d’être les mal-aimés du pouvoir, d’être laissés à l’abandon. En l’absence d’un FN qui ne se remet pas de sa piteuse prestation à la Présidentielle, le PS engrange les mécontentements et ce d’autant plus aisément que les Insoumis connaissent à leur tour un certain discrédit.

Justice sociale

Mais ce qui fait le plus mal au parti d’Emmanuel Macron, c’est à coup sûr la CSG. Ponctionner des retraités modestes quand les plus riches ne sont plus assujettis à l’impôt sur la fortune, voilà qui passe mal dans l’opinion. Et pas seulement chez les principaux concernés ! Nous l’avions dénoncé en son temps, la mesure est lourde de symboles. Elle touche à l’idée que les Français se font de la justice sociale et du coup elle vient oblitérer les chantiers ouverts par le gouvernement dans bien d’autres domaines.

Voilà donc la question sociale qui revient au premier plan. Et avec elle, celle du pouvoir d’achat des plus démunis. La problématique s’impose d’autant plus fortement que la croissance est de retour, les entreprises retrouvent le moral, les profits grossissent et avec eux les rémunérations des principaux dirigeants. La mondialisation a creusé les inégalités, en France et partout dans le monde, chacun en est conscient. Demander un effort supplémentaire à des retraités qui ne sont plus dans le circuit de la production apparaît donc plus injuste encore.

Double défi

Dans ce domaine, les explications, les justifications du gouvernement n’impriment pas. La suppression de la Taxe d’habitation, supposée compenser les 1,6% d’augmentation de la CSG ne convainc pas. L’augmentation du minimum vieillesse, la baisse des prélèvements sociaux sont passés par profits et pertes. Bref, s’installe peu à peu l’idée que ce gouvernement et avec lui le Président, ne s’intéressent pas aux petites gens, dédaignent les territoires ruraux, ne comprennent rien à cette France qui peine à rattraper la modernité des grandes cités. Les élus locaux, peu nombreux à se reconnaître dans le parti de Macron, n’hésitent pas à en rajouter une couche. Privée de relais, de réseaux efficaces au plus près des populations, LRM se voit donc contrainte à un colossal effort pour relever un double défi : infléchir la politique du gouvernement pour pouvoir mettre en valeur le volet social et mobiliser ses troupes pour gagner sous ses couleurs, les scrutins locaux, partiels ou pas. Sans quoi, le Macronisme demeurerait qu’une prometteuse et inachevée parenthèse politique !

Sur les quais

Moissac a son port, un port de plaisance dont la gestion a été concédée à Veolia.  Un vrai port, sur le Tarn, où les bateaux disposent pour accoster d’un quai en dur et à la belle saison de pontons flottants. Sur le canal où le capitaine, un Anglais fou d’amour pour Moissac, gère les entrées et sorties, et attribue les emplacements aux navigateurs qui souhaitent jeter l’ancre pour quelques jours ou quelques mois. Ils sont une petite douzaine, avec leur famille, à vivre ainsi au ras de l’eau. Et la liste d’attente s’allonge, pas moins de 15 demandes sur le bureau de la Capitainerie. Il faut dire que dans le petit monde de la plaisance, Moissac est une promesse de sensations douces. On peut en effet, grâce à une double écluse qui est en soi un véritable monument, passer du canal au Tarn et vice versa. Du coup, Anglais, Russes, Allemands, pas moins de vingt-cinq nationalités différentes ont l’an dernier mis le cap sur Moissac. Une aubaine pour la ville !

Le port, c’est un univers à part, qui a ses us et coutumes, son mode de vie aussi. C’est un village dans la ville. Ici, les plaisanciers n’aiment pas les vagues, encore moins les nuisances. Adeptes d’un tourisme lent, à chacune de leurs escales, ils cherchent, comme dirait le poète, ordre et beauté, calme et volupté. Mais c’est parfois trop demander à cette ville, dont les turbulences inquiètent bien au-delà, jusque sur le haut des coteaux. Moissac ne fait pas exception, dans un port, il y a toujours quelques fantômes de marins qui noient dans l’alcool d’impossibles rêves d’horizons lointains. Et cela a le don d’agacer notre Capitaine qui ne sait plus à quelle autorité s’en remettre pour faire cesser ces beuveries. Et puis, sur les quais, il y a des trafics en tout genre et les fêtards qui déchirent le rideau de la nuit à coups de décibels. Il y a des vols, mais aussi de la malveillance avec ces individus qui parfois jettent des pierres sur les embarcations endormies. L’an dernier une plaisancière en est sortie amochée, bonne pour une visite à l’hôpital.  « Radio plaisance » a vite fait de s’inquiéter de ces incivilités, au risque de décourager les navigateurs les moins téméraires !

Pourtant, tout cela n’a pas effrayé Sylvie et Christian Carle, deux Rémois, professionnels de la plaisance, qui ont jeté leur dévolu sur Moissac. Ils y ont mis à flot leur bateau de croisière fluviale et après un an de navigation, ils tirent un bilan positif. Grâce à eux, la croisière s’amuse et fait bombance, avec de bons produits locaux accommodés par les traiteurs du coin. Du coup, les moissagais y prennent goût. Soixante pour cent de leur clientèle, le reste venant de plus loin, de Toulouse où on a repéré le bon plan. Le bonheur serait-il sur le port ? Presque ! Sylvie et Christian ont pourtant le sentiment d’être relégués en bout de quai, presque invisibles faute d’informations lisibles pour guider les touristes. Ils en ont parlé au maire qui s’est même offert un brin de promenade nautique. Sans résultat ! Ils lui ont fait remarquer que par gros temps, le sol des quais était boueux et les gravillons qui collent aux chaussures bien agressifs pour les ponts des embarcations. Les quais y ont gagné deux ou trois jardinières dans lesquelles se languissent quelques pauvres fleurs. Pour le reste ça attendra.

A l’évidence, la mairie se soucie peu du port qui est resté en l’état depuis de nombreuses années. Éclairage au néon, lampadaires manquants, cheminements dangereux… Risque de partir à vau l’eau ! Il suffirait pourtant de presque rien pour faire de à ce site, de ce grand site moissagais, un havre aux charmes incomparables. Le tourisme dont la majorité municipale a curieusement et tardivement fait son credo concerne des visiteurs aux attentes multiples. Plus de 5000 entrés par le port en 2017. Cela vaut bien un petit changement de cap. Et quelques investissements ! Tant il est vrai que la pierre et l’eau sont les deux mamelles du tourisme moissagais.

Plaisanciers, sportifs, pêcheurs se partagent le domaine fluvial. Le plus souvent en bonne harmonie. Mais parfois la polémique surgit. L’an dernier les championnats de jet ski ont été prétexte à une belle empoignade. Un brin de mauvaise foi et surtout un manque criant d’information. En cause, la mairie qui n’avait pas anticipé, qui n’avait pas réuni assez tôt les parties prenantes. La leçon a-t-elle servi ? Pas sûr ! Au mois d’aout, 18 péniches sont attendues sur le Tarn pour la grande fête des plaisanciers. Qu’on se le dise !

Cas d’école

Pour la prochaine rentrée scolaire, Moissac disposera de 5 nouveaux postes d’enseignants dans le primaire. Conséquence directe de la décision du ministre de l’éducation nationale de dédoubler les classes de CP ou de CM1 dans les quartiers défavorisés. Moissac qui bénéficie des dispositifs mis en place dans le cadre de la politique de la ville, verra donc dans les quartiers du Sarlac et du Centre ville l’arrivée de nouveaux professeurs des écoles.

Mais en même temps, l’école du quartier de Mathaly risque de perdre un poste, suite à un départ à la retraite. L’Education nationale envisage en effet de ne pas le pourvoir arguant du fait qu’il manquerait quelques élèves pour constituer une classe. Les parents ont fort justement réagi, estimant que leurs enfants, obligés dès lors de se répartir dans les classes restantes, risquaient de faire les frais de l’opération. Les enseignants aussi !

Si on peut en effet se féliciter que les enfants les plus en difficultés soient l’objet de toutes les attentions, il faut bien admettre que les autres ne doivent pas pâtir de la situation et qu’il eut été plus juste de maintenir les effectifs enseignants à Mathaly  quand on sait que dans deux ou trois ans, le nombre d’élèves scolarisés va augmenter dans ce secteur.

Bien sûr le budget de l’éducation nationale n’est pas élastique à l’infini, mais il ne faudrait pas, on commence à recenser des exemples similaires ailleurs, que les efforts consentis dans les zones difficiles soient payés par les autres, ceux qui ne sont pas à priori des nantis.

Interpellé par l’opposition Divers Gauche sur cette question, le maire a décidé de faire le dos rond. Nous pensons au contraire qu’il y a là un sujet sur lequel il ne faut pas lâcher sans protester.

Le prix de la colère paysanne

Les paysans ont gagné. La carte des zones défavorisées sera revue et corrigée. Mais les traces du conflit sont encore bien présentes sur les routes, aux carrefours, devant les immeubles officiels. Le montant des dégradations est inconnu à ce jour et ne sera jamais établi. Qui s’en préoccupe d’ailleurs ? Le coût de la remise en état du mobilier urbain, du nettoyage des chaussées, de l’évacuation des détritus, tas de fumier, et autres montagnes de pneus calcinés ne sera jamais rendu public. Tout se passe comme si les agriculteurs bénéficiaient de tous les passe-droits, comme si leur responsabilité n’était jamais engagée, la cause défendue fût-elle légitime ! Tout le monde se tait, les pouvoirs publics en tête, les ténors politiques tout à leurs petits calculs boutiquiers,  les élus locaux qui ne veulent se fâcher avec personne, les médias qui font leurs choux gras du spectacle de ces jacqueries… Etrangement, la société n’a pas les mêmes tolérances, ne manifeste pas les mêmes complaisances quand les salariés condamnés au chômage manifestent bruyamment leur désespoir. Les « pères la morale » si prompts à « ouvrir le débat » sur toutes les antennes de France et de Navarre, seraient bien avisés de s’interroger sur l’image, sur les signaux que de telles pratiques envoient à toutes les composantes de la société et singulièrement à sa jeunesse.

On peut comprendre et même partager la colère paysanne. Mais on peut aussi attendre de citoyens engagés, d’organisations professionnelles responsables qu’ils assument totalement les conséquences de leurs actes. Nettoyer, réparer, effacer les traces de leur combat, légitime au demeurant dans ses objectifs, mais préoccupant dans les formes qu’il a adopté depuis des lustres. Pourquoi les collectivités territoriales, donc les contribuables, devraient-ils faire les frais de cette grogne sectorielle alors que très majoritairement, ils soutenaient le mouvement ? La réponse à cette question ne viendra pas, la neige ayant providentiellement installé son silence ouaté sur nos campagnes. Il neige. Et déjà dans les médias ils sont nombreux à demander qui va payer la facture !