Trop de gauches tue la gauche

Ce qui se joue dans la présidentielle, c’est la recomposition de la gauche, l’identification du mâle dominant au sein d’une meute déboussolée.

Le peuple de gauche en a la tête tourneboulée. Le président qui renonce in extremis à se représenter. Le premier ministre qui après lui avoir fait la leçon, annonce sa candidature à la primaire de la gauche et démissionne dans la foulée. Une fois de plus, tous les pronostics sont déjoués. Le calendrier socialiste, à travers l’opération « La belle alliance populaire » avait été conçu pour François Hollande. Cela n’aura servi à rien, sinon à réduire dramatiquement le temps de campagne des sept candidats à cette primaire, toujours fixée les 22 et 29 janvier. Le Président hors jeu, Manuel Valls, soudain moins sanguin, mais toujours téméraire, reprend le flambeau. Sa candidature de prime abord ne soulève pas les foules. Et ses petits camarades ont été bien prompts à instruire contre lui un procès en mutinerie, lui déniant presque le droit de se revendiquer socialiste.

Où est la gauche?

Donc, cette primaire s’annonce mal. De surcroît, elle n’est pas « belle », elle raconte des rancoeurs tenaces, et des règlements de comptes en cascade. Ce n’est pas une « alliance », tout juste une sorte de congrès socialiste dans lequel se serait égaré un dissident écolo. (De Rugy). Enfin rien de « populaire » là dedans ! Mélenchon, Macron, Jadot pour les Verts, Pinel pour le PRG, sans oublier les deux ou trois représentants d’un trotskysme momifié, ont fait le choix de se présenter en candidats libres. Sept, huit, neuf candidats se revendiquant de la gauche pourraient ainsi s’aligner au premier tour de la présidentielle. Situation grotesque, ubuesque qui bien évidemment se solderait par un face-à-face Fillon-Le Pen au second tour, en mai prochain.

Donner de l’élan

Certes d’ici là, les choses peuvent évoluer. Et les candidats socialistes apprendre à retenir leurs coups. On peut rêver n’est-ce pas ! En tout cas, rien ne serait pire qu’un crêpage généralisé de chignons, qu’un affrontement d’ex-camarades, tellement occupés à s’entredéchirer qu’ils en oublieraient de regarder sur leur droite. A coup sûr, ce spectacle achèverait ce qui reste de militants socialistes ! Combien d’électeurs se déplaceront pour cette primaire ? La droite a mis la barre très haut et il est presque certain que le PS ne parviendra pas à faire aussi bien. Du coup, son candidat partira avec un handicap important, une sorte de déficit de légitimité. Pour l’heure, les sondages (ah les sondages !) donnent Manuel Valls vainqueur de la primaire. Mais au premier tour de la présidentielle, serait-il porté par le parti, par tout le parti ? Pas sûr !

Pour un front commun

Ce même sondage (Paris Match) crédite le candidat socialiste de 10% des intentions de vote. Derrière Mélenchon :12,5, derrière Macron :13,5, derrière Le Pen : 24 et derrière Fillon : 27,5. Pas besoin de sortir d’HEC pour comprendre qu’un candidat de la gauche unie, de toute la gauche, de Mélenchon à Macron serait qualifié pour le second tour et affronterait du coup le candidat de la droite. La seule alliance Macron-Valls serait même suffisante pour faire trébucher le FN, compte tenu de la dynamique dès lors engendrée.

Voilà qui met chacun devant ses responsabilités. Mais Macron et Mélenchon refusent de « s’enfermer » comme ils disent dans une primaire. De fait, ils ont tiré un trait, comme nombre de militants socialistes sur l’élection présidentielle. Ils jouent tous scrutin perdu. Et sont déjà sur le coup d’après, les législatives. Espèrent-ils les gagner ? Certes nous vivons une époque imprévisible, mais jusqu’à présent, les électeurs ont toujours voté dans le même sens. A l’évidence, chacun veut se compter, car une voix dans ces élections là, c’est de l’argent. L’état abonde en effet le budget des partis au prorata des résultats et en cette période de disette militante, tout cela n’est pas négligeable. Mais dérisoire !

NB : aux dernières nouvelles, Sylvia Pinel pourrait renoncer à sa candidature à la présidentielle. Elle est créditée de 0% dans les sondages. Nous y reviendrons !

Le bras d’honneur de Sylvia Pinel

Sylvia Pinel candidate à l’élection présidentielle! Comme une grande,  et qui se dispense de la primaire! Aujourd’hui « la belle alliance » chère à JC Cambadélis a la gueule de bois. Le principal et unique, le lilliputien allié du PS au gouvernement, le PRG, lui fait en pleine tourmente un magistral bras d’honneur. Sa présidente, la Tarn et Garonnaise Sylvia Pinel, a obtenu ce qu’elle voulait. Cette annonce a de quoi achever les militants socialistes déjà bien mal en point!

Surtout ceux de Tarn et Garonne qui au nom de la solidarité gouvernementale, du soutien au Président et de je ne sais encore  quelles fadaises, ont du avaler toutes les couleuvres, accepter tous les renoncements, se plier aux desiderata, aux chantages permanents du clan Baylet-Pinel. Cruel et inutile sacrifice! Quand le bateau coule, le PRG prend le large. Sur le radeau de la méduse!

Sylvia Pinel est la créature politique de Jean Michel Baylet. Entrée en politique sous son aile (comme bien d’autres hélas). Simple attachée parlementaire, députée, ministre, présidente d’un parti croupion, première vice présidente de la région Occitanie, elle est une extraordinaire illustration du détestable en politique. Le carriérisme,  le cynisme comme valeur cardinale!

Le PS, sur ordre de Christophe Borgel, grand maître des opérations électorales, avait gelé la deuxième circonscription, Moissac-Castelsarrasin, pour laisser la place à Mme Pinel qui aurait préféré la 5° circonscription de Hte Garonne, mais que les militants socialistes avaient recalée. Il faut aussi se souvenir des élections régionales, quand au terme d’un chantage qui n’a rien à voir avec l’engagement citoyen, les Radicaux, forts de leur empire de presse, avaient obtenu la création d’une première vice-présidence, réservée à leur patronne actuelle. Carole Delga, la présidente d’Occitane qui a décidément l’échine souple et un certain talent pour les accomodements, avait, lors de la Fête de la rose du Tarn et Garonne, fait la publicité de son « alliée », un modèle à ses yeux de loyauté. Parlons en! Qu’en pense maintenant notre présidente? Cette défection, cette trahison aura-t-elle des conséquences sur le fonctionnement de l’exécutif régional? Et François, le Président de la république, qui ne dit toujours rien, qui attend que les déchirements de son parti deviennent de mortelles blessures, que va-t-il faire de J.M. Baylet? De cet inconstant et méprisable « allié » qui ne s’est jamais privé au Sénat de s’opposer aux réformes du gouvernement?

Pas de doute, les socialistes ont de quoi l’avoir amère. Plus que ça même! Et dans ce département où les Radicaux ne font plus la loi, mais pactisent, toute honte bue, avec Brigitte Barèges, la « meilleure » adversaire de la gauche et peut-être même d’une partie de sa famille politique, le moment est venu de procéder à de « radicales » et définitives clarifications. La gauche, les électeurs de gauche, toutes tendances, toutes obédiences confondues, méritent mieux. Le Parti socialiste doit en tout cas prendre ses responsabilités, trancher dans le vif, faute de quoi, il perdrait ici tout crédit!

 

8,5 millions, la primaire fait recette

Alain Juppé et François Fillon ont fait le plein  de téléspectateurs hier soir sur France2 et TF1. Un vrai record! C’est dire si cette primaire de la droite intéresse au delà des rangs des Républicains et consorts. C’est dire surtout que les prétendants apparaissent crédibles et interpellent les électeurs!

Les sondages de fin de soirée donnaient un net avantage à François Fillon. Y compris sur le programme. Avantage écrasant chez les sympathisants et militants de la droite. Emoi. Alors plusieurs remarques viennent à l’esprit:

1) Les sondés répondent n’importe quoi et prennent le vent dominant. Possible pour certains! Quand on voit le nombre de ralliements qu’enregistre l’écurie Fillon, on peut rester perplexe devant l’opportunisme de certains,  en particulier chez les élus et autres carriéristes politiques.

2) Les sondés n’ont pas écouté les propositions, précises et nombreuses il faut lui rendre cette justice, formulées par le candidat Sarthois. Ce serait faire injure à ces citoyens, qui ont préféré un débat austère, programme contre programme, à une mauvaise série américaine dont nous accablent chaque soir les chaînes de la TNT.

3) Les sondés ont  parfaitement perçu « la richesse » de ce programme qui annonce la suppression de 500000 postes de fonctionnaires, appelés à travailler 39h par semaine mais payés 37, la mise en place d’un régime de Sécurité sociale à deux vitesses avec recours aux assurances privées pour couvrir les frais de santé ordinaires, la suppression de l’impôt sur la fortune, l’augmentation de la TVA de 2 points, la baisse des charges patronales sans contrepartie aucune…

Faisons leur ce crédit. Mais voilà qui ouvre des abîmes de perplexité. On suivra donc avec une attention particulière les résultats du vote de dimanche, un sondage n’est jamais qu’un sondage! On regardera en particulier la participation, on analysera la composition du corps électoral dont on a dit au premier tour qu’il était plutôt masculin, provincial et retraité. On verra alors s’il est possible de dresser un état de la France politique. Que veulent les Français? Y-a-t-il encore ce qu’on appelait un peuple de gauche? Quel discours tenir pour demeurer audible, dans les classes moyennes comme chez les plus déshérités?

Et plutôt que de s’amuser à départager les deux champions de la droite française, les électeurs de gauche feraient bien de se mettre à l’écoute de la société, pour construire, ensemble et sans parti-pris inutiles, des réponses aux questions qu’elle nous pose, pour aider à incarner un projet alternatif, autrement qu’à travers de petites et atterrantes combinaisons politiques.

NB: Et voilà maintenant qu’ A. Montebourg appelle les électeurs de droite à voter en janvier prochain à la primaire socialiste (« La belle alliance ») pour battre F Hollande! En termes polis, cela s’appelle la « défaite de la pensée »

Cours camarade, le vieux monde est derrière toi!

Forte participation, Fillon, Sarkozy, en tête de la primaire de la droite en Tarn et Garonne. Ceux qui en doutaient encore n’ont plus d’excuse : le département est à droite. A droite toute ! Comme la France !

En reléguant Juppé à la deuxième place, les électeurs ont fait un choix, celui d’une droite libérale au plan économique et social, réactionnaire au plan idéologique. En ce sens, ce n’est pas un vote de classe, il y’a de tout monde dans cet électorat. C’est un vote identitaire, la résurgence de valeurs traditionnelles mises à mal par la société moderne, la protestation silencieuse d’une France qui se sent menacée par l’autre, bousculée dans ses certitudes, comme dépossédée de sa propre histoire. Une France qui a du mal avec ce siècle.

L’embarras du FN

En l’occurrence, la droite dite républicaine vient de jouer un vilain tour à la maison Le Pen qui se voit ainsi privée d’un de ses arguments de campagne. Dès lors, si Fillon gagne cette primaire, il devient ipso-facto le meilleur adversaire du FN qui va devoir forcer encore le trait sur l’immigration, vilipender un peu plus l’Europe et s’afficher en champion de la cause du peuple, pour conserver son capital électoral. Fillon pousse donc le FN dans ses derniers retranchements. D’ailleurs, les réactions retenues et convenues des soldats bleu marine disent bien leur embarras.

On aurait pourtant tort de s’en réjouir béatement. Car ce vote raconte une France qui de manifs en pétitions, d’élections en élections a depuis longtemps viré de bord. L’écume des jours est souvent trompeuse. Les conflits sociaux, leur mise en spectacle dans une société de la communication instantanée, ne racontent pas forcément la France insoumise de JL Mélenchon, ou alors de manière marginale. Sans parler de l’échec des « Nuits debout ». Ils ne construisent pas un système de pensée. Ils ne sont, c’est à craindre, que la somme de dépits multiples, de rancœurs individuelles, de colères corporatistes. Pas de quoi donner corps à la gauche protestataire ! Pas de quoi non plus rassurer la gauche réformiste !

Drôle de force tranquille

François Fillon, mais aussi à sa manière Alain Juppé, affichent des programmes qui tiennent plus de la purge thatchérienne que d’un new deal revisité. Ils pensent que le temps est venu de réécrire l’histoire présente, de fermer la parenthèse social-réformiste. En arrière toute ! Vive la France des clochers, travail, famille, patrie ! aA bien écouter le pays qui ronchonne, on peut craindre que cette chimère de la France éternelle n’ait contaminée nombre de nos concitoyens à gauche de la nébuleuse bleue. Si tel était le cas, la droite pourrait triompher deux fois : pour ses résultats électoraux, passés et à venir, pour sa capacité à imposer, provisoirement n’en doutons pas, ses lunettes et son récit. Le triomphe de F. Fillon en est le symptôme patent, incarnation de la force tranquille d’une droite assumée et passéiste. On notera au passage qu’il ne dit rien sur l’environnement, sur les énergies renouvelables, les nouveaux vecteurs de croissance. On notera encore que l’homme qui veut supprimer 500 000 fonctionnaires, n’a pas un début de réflexion sur nos organisations territoriales, ce fameux mille-feuille, terreau des notables de tout poil. La France profonde vous dis-je !

On veut du neuf, de l’inédit, du qui décoiffe…

Mais alors, et la gauche ? Où est-elle ? En perdition ou tout comme ! La gauche de gouvernement, la gauche réformiste qui n’a pas su faire récit de son travail depuis 5 ans, qui a empilé mesures et réformes sans parvenir à leur donner sens, à tracer une route, à fixer un cap. Qui trop occupée à se disputer les places, à vouloir capter la lumière médiatique, s’est abimée dans les postures et vautrée dans les anathèmes. Gauche éclatée, en miettes que la primaire de janvier 2017 aura bien du mal à ressouder. La gauche est fatiguée, ses hérauts sont usés avant même d’avoir servi. Dépressive, la gauche cherche une boussole. Dépressif, le peuple de gauche s’absente. Il reste cependant quelques semaines, quelques mois pour rebattre les cartes. Pour proposer aux Français, à tous les Français une alternative crédible, en phase avec notre époque, nourrie du vécu et des attentes populaires. Un projet neuf et moderne, porté par des femmes et des hommes neufs et audacieux, capables d’entrer en dialogue avec la société, de s’affranchir des vieux schémas, des vieilles lunes et d’un fatras idéologique et conceptuel qui n’est décidément plus de saison.

 

 

 

 

 

 

 

 

Budget 2017: l’art de passer le mistigri

C’est désormais clair, le seul objectif de la droite à Moissac est de tenir jusqu’aux prochaines élections municipales. Pas de vague, pas de projet. Ce n’est pas ici qu’elle renversera la table. Face à elle, le groupe divers gauche, combatif, constructif, campant sur ses valeurs, alors que les Radicaux ou ce qui en reste ont depuis longtemps rendu les armes et que le FN tente bizarrement de cajoler la droite.

Au menu du Conseil de ce mois de novembre, un plat un brin ROB…oratif. En effet, le ROB, le rapport d’orientation budgétaire remplace désormais le DOB (débat d’orientation budgétaire). Et ça change quoi ? Le ROB, c’est un peu le Gosplan (désolé tout le monde n’est pas soviétologue). Le Gosplan c’était au pays de Poutine. La France de De Gaulle se contentait du plan. Un document qui prévoyait pour les années à venir, les dépenses, les investissements, les recettes espérées. On parlait alors de « l’impérieuse obligation du plan » !

Notre ROB n’a rien d’impérieux, il sert à rien ! Pourquoi ? Parce qu’il repose sur des hypothèses incomplètes quand elles ne sont pas fausses. Exemple, page 18, (cliquez ici pour voir les tableaux) sont listés les investissements que prévoit la commune d’ici 2021. Coût total estimé : 19 millions d’euros, une liste qui oublie la rénovation du portail de l’abbatiale, pourtant nécessaire ; et la construction d’une aire d’accueil pour les gens du voyage, pourtant obligatoire. De surcroit, dans un commentaire de bas de page, la mairie annonce qu’en 2021, il manquera 2,7 millions d’euros. « Le décalage de certaines opérations pourrait être envisagé » ajoutent les auteurs du rapport. Autant dire que les dites opérations ne verront jamais le jour !

A défaut d’être impérieux, ce travail de prospective est périlleux. Les hypothèses retenues ne tiennent pas compte du contexte politique (élections présidentielle et législatives). Ailleurs, en matière de fiscalité par exemple, c’est calme plat. Tout est annoncé stable jusqu’en 2021. Les taux des impôts directs restent inchangés ce qui traduit une frilosité politique qui n’est pas faite pour surprendre les observateurs avisés de la vie moissagaise. Les produits de la fiscalité indirecte (droits de mutation, impôts sur l’électricité…) ne bougent pas jusqu’en 2021. Autant dire que la majorité de droite a déjà fait son deuil d’une relance de l’activité à Moissac.

Et c’est bien là que le bât blesse. Une fois de plus, l’exercice budgétaire dévoile la cruelle réalité de notre ville : condamnée, faute de volonté politique, à un lent déclin économique, dont le centre ville et ses commerces qui ferment les uns après les autres, n’en est que la désespérante illustration.

Même dans sa volonté de réduire les charges, les frais de fonctionnement par exemple, la mairie joue petit bras, affiche des prudences de boutiquier. Moins 1,3% de baisse en 2016. Après ça repart à la hausse, presque un point par an jusqu’en 2021. On croyait la droite vertueuse, elle est économiquement frileuse, notariale comme en témoigne sa politique face à l’emprunt.

Mais finalement le plus triste dans ce ROB, c’est l’absence de la Communauté de communes. Certes, elle est mentionnée, pour les transferts de compétences, réalisés ou à venir. Mais elle semble réduite à un simple appareil administratif, nouvelle strate de gestion et n’apparaît jamais comme un outil de développement susceptible d’ouvrir de nouveaux horizons à Moissac, d’y créer de la richesse. Comme nous nous étonnions de cela, le maire nous a renvoyé au débat budgétaire de … Terres des Confluences. Cela s’appelle l’art de refiler le mistigri.