20 aout: la Libération de Moissac

Il y a un an, Moissac célébrait le 80 ieme anniversaire de sa Libération. Pour la circonstance, le maire RN s’était fendu d’un discours placardé sur tous les supports de la propagande municipale, y compris sur les panneaux de l’Allée des justes. Une telle prolifération aurait pu annoncer un propos bien senti, une approche historique renouvelée, voire une réflexion un tantinet philosophique sur l’homme et son destin. Bref quelque chose à penser, voire à méditer !

Mais j’ai beau m’user les yeux sur ce texte, y chercher deux ou trois pas de coté qui auraient pu solliciter mon intérêt, je n’y trouve rien, sinon quelques phrases mal fagotées, où parfois le vocabulaire s’égare.  J’exagère ? Voici donc quelques exemples. Selon le RN local, la lutte des résistants était « fastidieuse », donc à en croire le dictionnaire, rebutante et lassante. Et pourtant : « C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères » disaient les partisans ! Une détermination avouons-le aux antipodes de la lassitude !           Notre histoire est-elle seulement truffée « d’épiques aventures » ? Nos guerres, nos conquêtes, nos déroutes furent-elles qu’aventures, de surcroît épiques, donc dignes de figurer dans une épopée ? Et que penser de cette Allemagne, devenue « éternelle » sous la plume du maire ? Le qualificatif est-il aussi maladroit qu’il y paraît, tout droit emprunté aux délires du National-socialisme ?

Il faut maintenant aborder le fond du propos. Le récit que tente de nous servir le maire de Moissac. Le voilà qui force le trait, nous parle de la « précellence de cette terre de France », cette France qui ne souffrirait donc aucune comparaison, cette France au-dessus de tout, et de tout soupçon, cette France sublimée, idéalisée, capable de tout et surtout de forger des hommes, une race, même si le mot n’est pas couché sur le papier. Un autre, pendant les années de guerre justement, parlait de la « terre qui ne ment pas », d’un pays, le nôtre, où la déroute de nos armées, n’était que le prix à payer pour nous être perdus loin du chemin tracé de main divine.

Dès lors, la Résistance, aux yeux de notre militant d’extrême droite, n’est plus qu’un tribut dû aux aieuls (les grands parents de nos héros moissagais) et aux aieux, nos ancêtres français. Il s’agit « de venger » nos morts de 14-18, pourquoi pas de la guerre de 1870, quand les Prussiens étaient aux portes de Paris. Ne rien faire, nous dit-il, ne pas prendre le fusil, aurait ressemblé « à un second assassinat ». Tout, toute la Résistance se résume donc à la question nationale, au droit de vivre « en état de Français ». Drôle d’expression d’ailleurs que n’aurait pas reniée Pétain, celui qui avait aboli la République pour proclamer « l’état français ». Nos Résistants n’auraient donc agi que par amour pour leur famille, mus par « l’énergie nationale ». Ce concept fumeux qu’il inscrit dans « notre caractère national » fait ainsi bon marché des motivations d’une grande partie de la jeunesse des maquis. 

« Sifflez compagnons dans la nuit la liberté nous écoute » nous dit le chant des Partisans. Ces jeunes hommes et jeunes femmes nés quelque part, dans de lointaines contrées ou dans les coteaux moissagais ont d’abord voulu répondre à l’appel de la liberté, au désir de République : « Ami entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne » ? Mais le maire préfère convoquer Ernest Renan qui parle du « culte des ancêtres », réduisant ainsi l’esprit de Résistance à un nationalisme qu’il ne faut pas confondre avec le véritable patriotisme.

Tous les Français ne furent pas Résistants, loin de là, toutes les victimes des nazis et de la collaboration mise en place par le régime de Vichy, n’étaient pas des Résistants. Vouloir mettre sur le même pied les combattants de l’ombre et les travailleurs du STO est une fumisterie qui s’assoit sur la vérité historique et qui réduit la portée de l’engagement d’une partie de notre jeunesse. Enfin, pourquoi ce maire qui prêche pour la « concorde » des Moissagais a -t-il « oublié » d’évoquer ces autres Moissagais, ces « Justes », Résistants à leur manière, qui ont caché, au péril de leur vie, des petits Juifs pour la plupart apatrides ? A cet instant, me revient en mémoire l’Affiche rouge, le magnifique poème de Louis Aragon : « Ils étaient vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps/Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant/ Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir/ Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant. »

Le roi est nu

Le maire de Moissac perd ses nerfs, ce n’est rien de le dire. Lors du dernier Conseil municipal, il s’en est pris une fois de plus à l’opposition de gauche en des termes que ne renieraient pas ces dictateurs que par convention diplomatique on qualifie d’illébéraux. Que les élus de l’opposition aient le toupet de lui demander des comptes, dénoncent la disparition d’une association, Moissac animation jeunesse, qui par le passé a permis aux petits et aux ados de passer quelques vacances agréables, constitue aux yeux et aux oreilles de l’élus RN un véritable casus belli. L’homme qui se croit seigneur et maître dans cette mairie qui n’est jamais que la maison commune, faut-il le lui rappeler, a même menacé physiquement un élu qui de guerre lasse a fini par quitter la séance.

Une ou deux défections de plus auraient frappé de nullité cette réunion, où les présents et les représentés par le biais des procurations ont peiné à atteindre le quorum. C’est en effet dans une salle à moitié vide que s’est tenu ce conseil dont l’ordre du jour squelettique témoignait du peu d’intérêt des élus de la majorité pour les affaires publiques, pressés semble-t-il de se mettre en mode vacances. Une petite heure et l’affaire était pliée!

Au-delà des ricanements inévitables et de la légitime indignation qui doit saisir tous les démocrates, l’incident est doublement révélateur. Au premier chef, il raconte un maire qui ne se sent plus tout à fait à l’aise dans ses souliers. L’Union citoyenne moissagaise lui taille des croupières en s’ancrant dans le paysage politique moissagais. Séverine Laurent, candidate déclarée pour le scrutin de 2026, bénéficie d’une cote d’amour grandissante au sein de la population qui semble apprécier sa disponibilité et son ouverture d’esprit. Ses prises de position, ses premières propositions pour Moissac font mouche et conduisent les électeurs à s’interroger sur cette mandature RN essentiellement construite sur des faux semblants. 

Et puis, il y a ce qui se passe dans l’entourage du maire. Voilà déjà plusieurs mois, que les démissions au sein de l’équipe municipale se multiplient. Le phénomène est certes courant en fin de mandat, quand les désaccords et la lassitude gagnent les moins ardents. Mais à Moissac, il prend des proportions que d’aucuns jugeraient inquiétantes. Voilà l’état-major municipal réduit aux derniers grognards ! La bataille électorale s’annonce du coup plus difficile à conduire et l’arrogante assurance du maire apparaît pour ce qu’elle est : un réflexe de défense. Le roi serait-il nu ?

L’art de la retraite

Alors que le conclave consacré aux retraites des Français est sur le point de s’achever dans l’indifférence générale et en l’absence de la CGT qui boude depuis les premiers jours, le dernier rapport du COR, le Conseil d’orientation des retraites qui en la matière se veut l’arbitre des élégances, vient de doucher les espoirs de ceux qui croyaient possible de rétablir l’âge de départ à 62 ans, voire à 60 ans. Mais soyons honnêtes un instant, n’était-ce pas incongru, pathétique même de voir la France tenter ce cavalier seul quand la plupart des pays d’Europe prennent la direction contraire, poussant le curseur jusqu’à 70 ans pour certains ? 

Il est vrai que tous les pays de l’UE sont plus ou moins confrontés à la question du financement des régimes par répartition, le modèle social par excellence que nous a légué le Conseil national de la Résistance, après la deuxième guerre mondiale. Depuis, la question démographique a rebattu les cartes, et sous les coups de butoir des crises à répétition, des déficits abyssaux enregistrés par les comptes publics, le modèle a fini par se fissurer. Depuis des années, pour le sauver du naufrage, les réformes se succèdent et montrent aussitôt leurs limites. Et pour cause ! A force de ne vouloir fâcher personne, on aboutit à la décision molle, presque aussi efficace qu’un emplâtre sur une jambe de bois et dont le seul mérite à chaque fois est de hérisser le poil de l’opinion, persuadée que les mauvais génies de l’état, du libéralisme dominant, des forces anti-sociales réunies se sont ligués pour le plus grand malheur de travailleurs.

Rien ne fait consensus dans ce pays qui aime jusqu’à l’ivresse à se vautrer dans la chicane. Personne n’est d’accord sur rien. Pas même sur les bilans ! Sur le sujet des retraites, économistes, syndicalistes, politiques ont poussé l’exercice jusqu’à l’absurde, chauffant à blanc une opinion qui préfèrera toujours les contes aux comptes ! Que de temps perdu, d’énergie gaspillée, de colères mortifères ! Tout ça pour en arriver à cette vérité : tout retour en arrière sur l’âge de départ est impossible, suicidaire pour le régime par répartition. On conviendra cependant que si désormais l’évidence se fait jour, elle le fait à bas bruit, loin des vociférations, du tohu-bohu, de la mobilisation médiatique qui prévalaient lors des grandes mobilisations populaires. Aurions-nous la vérité honteuse ?

Il paraît que certains pays ont mis plus de dix ans pour réformer leur système. Espérons que nous ne mettrons pas dix ans de plus pour améliorer le nôtre. Les carrières et la retraite des femmes sont à elles seules un vrai et gros sujet de négociation entre les partenaires sociaux. La prise en compte des emplois pénibles, des carrières longues pour ceux qui n’ont pas fait de longues études en est un autre. Mais aurons-nous la sagesse enfin de ne pas chercher sur ce terrain une victoire qui s’est dérobée sur l’âge, de ne pas considérer que tout emploi, tout travail est en soi pénible, qu’il faut dans ce domaine comme dans les autres du discernement responsable. Qu’il faut au pays de Descartes savoir raison garder ! Succomber à la tentation pourrait avoir une double conséquence : mettre en panne pour un temps incertain la réforme du système et brouiller un peu plus, pour autant que cela soit possible, l’image que les générations nouvelles se font du travail. 

Je doute que le conclave de Paris se termine, comme il est de coutume à Rome par une fumée blanche. Il y a gros à parier qu’il faudra encore pas mal de temps pour ramener tout le monde, tout le monde qui compte, y compris la CGT et ceux qui lui emboîtent le pas, à sortir de leurs postures, à rebâtir l’édifice quand déjà certains beaux esprits proposent d’en revoir jusqu’aux fondations, avec l’introduction, disent-ils, « d’une dose de capitalisation ». Le diable est dans les détails et avant de monter une nouvelle fois au créneau, il faudra en comprendre le concept, en mesurer autant que possible les effets. Et notamment les conséquences sur le pacte de solidarité que les générations ont passé entre elles avec notre système par répartition.  Un problème comme réponse à un problème n’a jamais constitué une solution. C’est tout au plus une fuite en avant !

Les trolls n’aiment pas Séverine Laurent

Non, ce ne sont pas les Russes qui ont attaqué les comptes Facebook de l’Union citoyenne moissagaise, ce ne sont pas les Russes qui en veulent à Séverine Laurent. Du moins pas encore ! Le coup est parti de plus près, de bien plus près. Toujours est-il que vendredi 30 mai, Facebook a suspendu tous les comptes de l’UCM à la suite d’une attaque massive de trolls, 

Le système est imparable. Il suffit qu’une bande bien organisée et nombreuse, des trolls, alertent d’un simple clic l’hébergeur des comptes visés, dénonçant des contenus, pédopornographiques, violents, criminels… ou toutes autres qualifications susceptibles de tomber sous le coup de la loi française. Dès lors, par mesure conservatoire les comptes sont fermés, dans l’attente que leur détenteur, en l’occurrence ici Séverine Laurent, fasse la preuve qu’elle respecte les règles.

Bien sûr, elle n’aura pas de mal à prouver que l’UCM ne fait ni dans l’injure, ni dans l’appel au meurtre ou à la charia. Mais en attendant, plus de compte, donc plus d’accès pour les Moissagais aux informations de la can didate et de son équipe ! Alors, si ce ne sont pas les Russes, c’est qui l’auteur de ce mauvais coup ? Si l’on en croit l’adage populaire, pour trouver le responsable, il faut se demander à qui profite le crime. La réponse ne semble pas si difficile à trouver. Séverine Laurent annonce qu’elle va de toute façon porter plainte.

Clairement l’UCM qui ne cesse de grossir, dérange, agace, inquiète peut-être ! On peut en tout cas le penser au vu de cette attaque qui nous dit que certains, certaines, commanditaires de l’opération, ne supportent pas la liberté d’expression, ont de la démocratie une vision pour le moins trumpiste, à moins qu’elle ne soit poutinesque, car au final, elles se ressemblent. Mais comme nous sommes en France, et en démocratie, n’en déplaise aux contempteurs de Macron, l’élection municipale de 2026, à Moissac, verra bien l’affrontement entre un RN qui montre chaque jour son vrai visage et un projet citoyen, porté par Séverine Laurent qui promet aux électeurs « un bel avenir » et un renouveau démocratique.

Trolls : A la fin des années 1980, les internautes ont adopté le terme « troll » pour désigner une personne qui perturbe intentionnellement les communautés en ligne. En fait, ce sont maintenant des machines, des IA, qui répondent à la commande. Elles sont regroupées et coordonnées au sein de ce qu’on appelle des fermes de trolls.

Au bonheur des chercheurs

Jean Louis Chauzy, président du CESER Occitanie (Conseil économique, social et environnemental régional) lançait le 2 mai dernier un appel en faveur des chercheurs américains victimes de l’obscurantisme trumpien. « …En Occitanie, terre d’accueil et 1re région française pour l’effort consacré à la recherche (publique et privée) avec plus de 3 % du PIB, le CESER exprime sa solidarité et sollicite l’appui financier de l’État, de grandes collectivités, pour permettre aux universités et organismes de recherche de toute l’Occitanie, de trouver une place et de s’installer pour contribuer au développement des filières scientifiques et technologiques, dans la plus grande liberté. » (lire l’intégralité de cette tribune en cliquant ici). La section prospective du CESER Occitanie avait aux lendemains de l’élection de Donald Trump, alerté, dans une note de conjoncture (lire ici l’intégralité de la note), sur les chambardements qui s’annonçaient. 

Carole Delga, présidente de la Région a donc décidé de réserver 2 millions d’euros pour l’accueil d’une quinzaine de chercheurs américains. Annonce faite à l’Université de Perpignan avec cette précision : « ces compétences viendront alimenter les dynamiques scientifiques dans des domaines stratégiques, comme…  les énergies renouvelables ou les maladies émergentes… » En 2017, lors de la première présidence Trump, l’Occitanie s’était déjà engagée aux côtés de l’Etat.

Quelques jours plus tard, Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron embrayent avec un autre appel intitulé « Choose Europe for Science », 500 millions d’euros dans la corbeille, dont une centaine pour la France. Certaines de nos universités, dans la région des Hauts de France ou en Provence Côte d’Azur, avaient déjà ouvert la voie et procédé au recrutement de quelques dizaines de chercheurs. Il est vrai que la situation de la recherche aux USA est plus que critique. Au-delà des coupes sombres dans les crédits et les aides accordées aux grandes universités, des pans entiers de la recherche scientifique, sur la santé, le climat, les sciences dites humaines sont désormais mis à l’index, les universitaires privés de ressources, voire montrés du doigt par l’administration fédérale. Mille neuf cents chercheurs américains, bravant l’inquisition trumpiste, ont dénoncé dans un manifeste « Stand up for science », inédit outre atlantique, la situation qui leur est faite. Pour autant, l’opinion publique US reste encore sur la réserve.

Les Français semblent plus réceptifs aux appels qui montent de toute part de la communauté scientifique, même si les manifestations populaires demeurent rares et clairsemées. Mais ceci expliquant peut-être cela, la recherche tricolore est à la peine. Nous sommes, l’Europe en général, à la traîne, loin derrière les USA qui font encore mais pour combien de temps, la course en tête dans le domaine de l’intelligence artificielle ; mais surtout loin derrière la Chine qui est en train de se tailler une domination planétaire à la mesure de son poids démographique. Le déficit de nos finances publiques n’est pas sans conséquence sur la recherche et l’enseignement supérieur, même si pour 2025, il n’y aura pas de coupes sombres, les Universités bénéficiant d’une rallonge bienvenue. Mais globalement la recherche est sous financée et probablement mal pilotée, mal structurée, ce qui suscite la fuite des meilleurs cerveaux. L’enjeu donc de ces temps tourmentés, c’est de limiter les départs et d’accueillir les chercheurs dont nous avons besoin, dans les secteurs où nous sommes en difficulté. Il faut donc établir une planification des besoins, et des moyens possibles, afin de construire un écosystème à la mesure des défis qui nous attendent.