Pour un Conseil des jeunes

C’est le printemps ! Qui met la nature en fête et tourne les têtes sous les premiers rayons du soleil. C’est le printemps ! Qui réveille une jeunesse qu’on croyait occupée à autre chose, à mille lieues de ce que les Romains appelaient la Res publica. Voilà qu’à la faveur des élections départementales, un petit groupe, filles et garçons de Tarn-et-Garonne, s’est mis en tête de donner de la voix, interpellant les différents candidats en lice pour les scrutins des 20 et 27 juin.

L’affaire est partie de rien, ou de pas grand-chose, des copains d’enfance ou de lycée, tout étonnés de voir qu’un des leurs, Jules Duffaud, ses 18 ans à peine révolus, entrait dans la compétition électorale, aux côtés de Séverine Laurent, Ignace Véla et Nabila Cacouch. Allons donc, un des leurs dans l’arène!  Sous la bannière « terroir et innovation » les voilà se prenant au jeu, l’enthousiasme au front et les poches pleines d’idées modernes.

Bien entendu, quelques-uns découvrent la complexité de nos institutions, les subtilités de la politique, la duplicité de certains candidats, mais ils apprennent vite, consultent à tout va, et délibèrent entre eux avec méthode et application… Dans une lettre ouverte, ils demandent la création d’un « Conseil départemental des jeunes » qui « disposerait d’un réel pouvoir d’action et de décision ». Car ces enfants du siècle, qui sont déjà une trentaine et espèrent gagner de nouveaux ralliements, veulent « travailler aux projets qui les concernent, les mobilités, les formations, la culture… » Les vieux, tous ceux qui n’ont pas leur âge, auraient tort de ne pas les prendre au sérieux. Certains candidats leur ont déjà répondu et veulent en savoir plus. Au pied du mur ! Ils se préparent à convaincre, idées et rhétorique affûtées pour cette sorte de grand oral qui en vaut bien d’autres !

La facho nostalgie

Pétain, Philippe de son prénom, le fameux maréchal, en habit militaire, l’œil rivé sur l’horizon, et l’ossuaire de Douaumont pour toile de fond ! Cette reproduction d’une célèbre affiche de l’an quarante, vient de refaire surface, à Moissac. Pour la deuxième fois en quelques mois, des mains anonymes l’ont collé sur les mursimage0000011 de la ville, s’appliquant à masquer les premières affiches électorales de Séverine Laurent et Ignace Véla.

Cette apparition est tout sauf fortuite. Elle fait écho au « manifeste » de ces généraux à la retraite qui dans une tribune de presse récente, dénoncent le « délitement de la France » et menacent de faire un sort à la République en installant un pouvoir militaire. Eux aussi, comme le vieux maréchal, entendent faire don au pays de leur personne. Fâcheuses et inquiétantes réminiscences, alors que diverses études pointent au sein de l’opinion publique, entre autres dans la jeunesse, un consentement revendiqué à l’avènement d’un pouvoir fort, la tentation de vouloir tourner la page de la démocratie. Marine Le Pen qui a du mal encore à contenir son naturel, s’est dépêchée de faire chorus, pour finalement se raviser et protester de son attachement à nos institutions.

On aurait tort d’en sourire. Un peu partout dans le monde, s’installent à la suite d’un coup d’état, voire même par la voie légale, des régimes autoritaires et réactionnaires qui glorifient la nation et tentent de revenir sur les libertés acquises. A Moissac, lors des dernières élections municipales, le RN a pris la mairie, avec un slogan « Retrouvons Moissac » qui fleure bon un pétainisme de sous préfecture. Mais le propos apparemment bon enfant, déguise à peine une politique dont les Moissagais peuvent déjà mesurer les effets : coupes sombres dans les budgets sociaux, dans les budgets de la culture, reprise en main de la fonction publique, stigmatisation des étrangers, repli sur le territoire communal, développement du tout sécuritaire…

Le score sans appel qui lui a donné les clefs de la ville lors des dernières élections municipales, raconte pourtant quelque chose de plus profond qu’un énervement irrépressible d’un territoire qui s’appauvrit, où « les riches » fuient le bourg centre pour habiter sur les coteaux. L’analyse des résultats dit d’abord qu’un nombre conséquent d’électeurs, « riches » et « pauvres », ont choisi un poulain de l’écurie Marion Maréchal Le Pen, avec comme premier mérite d’être né quelque part. C’est à dire ici ! Etonnante convergence de choix que n’explique que très imparfaitement la division des adversaires du RN. Il faut certainement creuser plus profond, se départir de tout manichéisme marxiste, pour admettre et comprendre ce vote qui a rudement bousculé les traditionnels clivages politiques, conduisant certains rejetons de vieilles familles radicales socialistes à préférer le brun au rose.

Et pourtant, cette ville a une histoire dont elle n’a pas à rougir. Passons sur l’épisode Simon de Montfort, venu réduire l’hérésie Cathare et dont la soldatesque pilla l’abbaye de Moissac, réputée fidèle au Comte de Toulouse. Après la Révolution et l’Empire, avec l’avènement de la troisième République, Moissac s’afficha avec constance républicaine, radicale, puis socialiste à la fin du siècle dernier. Pendant la deuxième guerre mondiale, le pays moissagais ne fut pas un de ces hauts lieux de la résistance armée à l’occupant. Mais à sa manière, il fit preuve d’un extraordinaire esprit d’humanité et de courage tranquille en accueillant plusieurs centaines d’enfants juifs. Avec la suppression de la zone libre, ces enfants furent dispersés dans la campagne alentour, accueillis comme un membre de leur famille par des paysans et jamais dénoncés à l’occupant. Tous échappèrent au sort que les Nazis, aidés par le régime de Vichy leur réservaient. L’Etat d’Israël a décerné à plusieurs de ces familles, le titre de « Justes parmi les nations », réservé à celles et ceux qui ont sauvé des Juifs de l’holocauste.

Mais alors, pourquoi Pétain ici et maintenant ?  Faut-il y voir un retour de flamme maréchaliste chez les tenants du Rassemblement national ? Tout cela n’arrive pas par hasard. Voilà déjà longtemps que les observateurs constatent, en même temps que le RN progresse en France, comme une fatigue démocratique chez nombre de nos concitoyens. Moissac serait-elle un brouillon politique, la manifestation de moins en moins silencieuse, de plus en plus voyante,  de la facho nostalgie !

TGV-LGV : Bingo!

C’est dit, c’est écrit, le premier ministre met plus de 4 milliards sur la table pour le TGV Bordeaux-Toulouse, et la LGV Montpellier-Perpignan, sans oublier les 200 millions d’euros pour aider au financement de la troisième ligne de métro à Toulouse qui sera une sorte de RER de l’agglomération. Chacun peut penser ce qu’il veut de ce gouvernement et du Président de la République, mais force est de constater qu’il s’engage, qu’il concrétise ce qui était inscrit dans la loi sur les mobilités (LOM) votée en 2019. Que cette décision notifiée par courrier à la Présidente d’Occitanie et au maire de Toulouse est une excellente nouvelle pour notre région, trop longtemps tenue à l’écart du réseau ferré à grande vitesse, comme elle le fut avec la construction du réseau autoroutier dans les années soixante. Toutes celles et tous ceux qui se préoccupent à juste titre du réchauffement climatique pourront je l’espère applaudir à une décision qui va aider à diminuer l’empreinte carbone de nos déplacements, offrant ainsi une véritable alternative au transport aérien. Toutes celles et tous ceux qui se préoccupent à juste titre de l’état de l’industrie française pourront je l’espère apprécier le coup de fouet qu’un tel investissement va donner au secteur de la sidérurgie et de la mécanique, pour peu qu’elles soient capables de relever le gant. Oui c’est une excellente nouvelle pour l’Occitanie et l’ensemble de ses habitants que notre catalan de premier ministre n’a pas voulu oublier.

Bien sûr, dans cette décision, notifiée maintenant, il y a une bonne part d’opportunisme politique diront les grincheux. Et alors ? Le coup de sang de Carole Delga, relayé par Jean Luc Moudenc qui se sont répandus dans tous les médias pour exiger un engagement de l’état n’échappait bien évidemment pas à ce type de considération. Nous sommes en période électorale ! Il est même évident que la première bénéficiaire de cette décision, c’est la Présidente de la région, dont l’engagement en faveur de la LGV et du TGV remonte à loin. Ce dossier a été ouvert il y a plus de 20 ans ! Il faut d’ailleurs se souvenir qu’il y a quelques années, dans le cadre du Grand projet Sud-Ouest, l’Occitanie a apporté 308 millions d’euros au tour de table pour le financement de la liaison Tour-Bordeaux afin de concrétiser au plus vite ce chantier qui a connu bien des vicissitudes et bien des polémiques et dont on mesure aujourd’hui la pertinence.

L’objectif, c’est maintenant de boucler sur l’Occitanie, mettre Toulouse à 3 heures de Paris en 2029, mais aussi assurer la liaison entre Montpellier et Perpignan ! Reste et ce n’est pas le plus facile aux collectivités locales, et en particulier à la région Occitanie à concrétiser le montage financier. En créant comme cela s’est fait sur l’axe Tours-Bordeaux, une Société de Projet Dédié (SPD). La mécanique financière portant un tel projet est forcément complexe et les investissements requis imposeront probablement de nouvelles taxes. Mais pour faire simple, l’Etat et les collectivités locales pourraient apporter 40% chacun du financement global, le reste, soit 20%, provenant de l’Europe qui y est favorable.

N.B: Je n’oublie pas le travail accompli autour de la LGV par le CESER Occitanie sous la présidence de Jean Louis Chauzy…

La belle équipe

Enfin, il se passe quelque chose du côté de Moissac, comme le frémissement d’un printemps politique, comme une bouffée d’air frais. Un an après des municipales catastrophiques, sauf pour le RN bien entendu, les élections départementales vont localement créer la surprise. La première, celle pour laquelle nous avons pendant si longtemps prêché dans le désert, c’est le rassemblement.2021-04-25 10.39.31

Séverine Laurent, Ignace Véla, avec pour suppléants Jules Duffaut et Nabila Cacouch partent à la conquête du Canton qui regroupe les communes de Lizac, Moissac, et Montesquieu. Ils étaient sur les listes de « Tems », de « Moissac naturellement », voire nulle part. Ils représentent des sensibilités politiques différentes, mais qui s’accordent, des engagements le plus souvent complémentaires, et qui créent du lien. Ils sont quatre générations à eux tous seuls, le benjamin a 18 ans, le plus âgé en a 63. Il siège dans l’opposition au Conseil municipal de Moissac.

Certes, tout le petit monde politique n’a pas répondu à l’appel. Les Radicaux en effet font bande à part. Bernard Garguy, ex président de la Com-Com « Terres des Confluences » et par ailleurs maire de Lizac se présente avec l’urgentiste Sabine Augé. Au passage on ne savait pas que cette ancienne élue de la liste Henryot avait succombé aux sirènes radicales. La fédération du PS, pour préserver les accords à la région et préparer une improbable majorité départementale, s’est rangée sans un mot derrière le compagnon de route de Jean Michel Baylet. Reste le cas de l’élue sortante, Maryse Baulu. Après avoir dit non, puis peut-être, à nouveau non, elle a finalement dit oui au patron des « Mobilisés », Christian Astruc, l’actuel président du Conseil départemental. Son binôme n’est autre que Jean Luc Henryot, fils de son père et estampillé LR. Donc pas de surprise de ce côté !

On attend maintenant que le RN sorte du bois. Jusque-là, le maire de Moissac était resté à couvert, laissant entendre qu’il pourrait renoncer au département, pour mieux se consacrer à la région, voire à la députation… Mais l’édile frontiste, bien que jeune, sait parfaitement que la députation l’obligerait à laisser son fauteuil de maire. Ecran de fumée donc que tout cela ! C’est désormais une certitude, il sera présent dans cette élection. Il lui reste à trouver son binôme féminin, pas encore désigné à l’heure où j’écris ces lignes. Nous aurons donc à Moissac une quadrangulaire !

Face à ces candidatures dont on connaît le bilan, le quatuor Laurent-Véla-Cadouch-Duffaut ne manque pas d’arguments. Ils sont d’abord la vivante image du renouvellement, de la montée en puissance d’une génération jeune, très jeune et féminine. Ils racontent à leur manière, à travers leurs histoires personnelles une volonté d’enracinement, d’engagement syndical, associatif, sportif. PHOTO-2021-04-24-19-27-05Ils nous disent que terroir peut rimer avec innovation, qu’il faut savoir se mettre à l’heure de cette époque qui n’en finit pas de bousculer nos évidences, nos certitudes, qui fait éclater une à une nos bulles de confort. Qu’il faut, avec la principale concernée, la jeunesse, savoir préparer l’avenir.

Ces quatre-là n’ont pas froid aux yeux et veulent voir au-delà des limites du canton. « Nous souhaitons une terre commune placée sous le sceau du soin et de la qualité de
PHOTO-2021-04-24-19-27-44vie, un territoire vert, travaillant au progrès durable. »
Ils portent un regard sans concession sur la gestion de l’équipe départementale sortante : « Face à l’immobilisme du Département, nous avons décidé d’agir… nous portons un programme fondé sur le progrès social et écologique, appuyé par nos valeurs d’humanisme, de travail et de courage » Du coup, ils nous annoncent trois grands axes, l’agriculture, le soin et la jeunesse. Ils ont à peine deux mois devant eux pour convaincre les électeurs. Aux contraintes de temps, s’ajoutent, pour eux comme pour leurs concurrents, les contraintes sanitaires. Mais ils ont dans leur manche trois atouts de taille : leur goût des autres, une grande familiarité avec les outils modernes de communication, et une belle et bouillonnante équipe.

Ce samedi matin sur le marché de Moissac, on respirait presque un air de fête, comme la promesse de quelque chose qui vient. Une douzaine de jeunes gens, filles et garçons, issus des quatre coins de la circonscription, et reconnaissables à leurs tee-shirts PHOTO-2021-04-24-19-30-56

« #terroir-innovation », accompagnaient les candidats. Pour cette jeunesse, cette sortie était un peu comme une première fois. Les Moissagais leur ont fait bon accueil, surpris probablement et ravis d’un tel déploiement militant. Quelque chose est en train de naître du côté de ces jeunes-là et nous aurons PHOTO-2021-04-24-18-33-55bientôt, j’en suis certain, l’occasion d’en reparler.  Plus discrets, mais bien
présents, nous étions quelques-uns, élus d’opposition sous l’étiquette TEMS, ou anciens de l’équipe « Moissac naturellement » à prendre notre part dans cette campagne qui débute. Décidément, quelque chose est en train de se passer sous le ciel moissagais et certains de nos concitoyens tout réjouis devant cette perspective nouvelle, n’ont pas manqué de nous le faire remarquer.

 

Misérable politique

Le RN, le maire de Moissac en première ligne, a décidé de faire rendre gorge à Escale Confluences. Il vient de lui supprimer sa subvention annuelle au prétexte que cette association caritative, qui travaille de surcroît avec les pouvoirs publics, n’aurait pas payé ses dettes d’eau, d’électricité, voire de location de bureaux. C’est la seule association de la commune dont la subvention est purement sucrée, quand d’autres, les associations sportives ou de retraités bénéficient d’une rallonge parfois substantielle.

Faut-il s’en étonner? Bien sûr que non ! Le RN applique avec un zèle qui ne se dément pas sa politique sociale qui trie entre les « bons » nécessiteux et les autres, les étrangers, les cabossés de la vie, les sans domicile, les sans emploi, les sans espoir qui viennent chercher dans cette association quelques raisons de croire qu’ils appartiennent encore à notre société, que le monde des bien-pensants, des bien dormants, ne les a pas complètement rejetés.

Je ne sais pas combien l’association doit à la mairie. Doit-elle d’ailleurs quelque chose ? Mais quel que soit le poids de l’ardoise, on ne peut accepter de telles méthodes. Brutales comme une soldatesque en goguette, injustes, profondément injustes, elles sont d’abord de la communication, un message que le RN envoie à sa clientèle. Pas de discussion, on tranche dans le vif ! Et après, on verra !

La bienveillance n’étouffe pas ces messieurs-dames de la mairie. On s’en doutait. Mais une telle décision, au-delà de toute considération morale, est totalement déraisonnable, au sens fort du terme. Suffit-il de fermer l’infirmerie pour que disparaissent les maux de l’existence ? Évidemment non ! Et à persévérer dans cette décision, la mairie de Moissac pourrait bientôt en mesurer les conséquences, tant sont nombreuses et profondes les plaies de notre territoire. On ne badine pas avec la misère, on la combat !