Dans un twitt récent, le maire de Moissac, qui s’y connaît apparemment en combat syndical fait la leçon aux grévistes de chez Total et d’ailleurs. « Cessez votre illogisme idéologique en ne proumovant plus le sans-frontiérisme et l’immigration massive, armes antisociales par excellence du libéralisme bourgeois. Et alors, vous aurez toute légitimité pour proclamer la grève générale. » Dans cette phrase, un peu baclée, il y a des formules qui appartiennent à la vulgate marxiste, « armes anti sociales, libéralisme bourgeois, grève générale… » En picorant ainsi dans cette littérature, le RN confirme son virage sur l’aile gauche, et tente ainsi une intrusion hasardeuse dans l’idéologie des insoumis, des communistes et autres socialistes de tout poil. Dit autrement, le RN, le maire de Moissac qui n’est pas en retard d’un twitt, nous la jouent « lutte de classe ». Bigre ! Avec un tel renfort, nul doute que les petites gens comme dirait le Grand Insoumis, ne vont pas tarder à emporter la partie !
Mais chez le RN, il y a « rassemblement » et il y a « national » et dans le twitt du maire il y a cette expression bricolée mais parlante de « sans frontiérisme et immigration massive » Et nous revoilà en terrain familier, celui de cette extrême droite qui à travers les temps, et sous des oriflammes diverses a toujours prôné le repli sur soi, le ratatinement patriote, la dénonciation de l’étranger. Ouf, le brouillard se dissipe et chacun va pouvoir retrouver ses marques. On ne rappellera pas à ce maire qui porte un nom à consonnance ibérique que la France, que l’Europe tout entière, furent des terres d’immigration. On ne va pas lui faire la leçon ! Non ! Mais parlons d’ici et maintenant, de Moissac précisément. N’y a-t-il pas comme une indécence grotesque, un déni de réalité à dénoncer l’immigration quand dans cette ville 10 à 12% de la population vient de l’est de l’Europe. Pas pour toucher les allocations, pas même par amour du pays, juste pour travailler, pour travailler dans les champs, pour faire tourner nos exploitations agricoles. Aujourd’hui comme hier avec les Maghrébins, les Italiens, les Portugais, les Espagnols, Moissac vit sur et grâce à l’immigration. Le RN et ses figures locales le savent bien. Ils en sont les premiers bénéficiaires. Le maire qui promettait pendant sa campagne électorale d’en finir avec ces arrivées massives d’étrangers, n’a pas levé le petit doigt pour freiner le mouvement. Et pour cause ! La ville, le territoire, sa propre clientèle, ne peuvent s’en passer. Dès lors il faut un sacré toupet, voire un beau brin de mauvaise foi pour faire sur ce terrain, la leçon aux grévistes. Et que penser, d’un parti de l’ordre, qui se prend à rêver de grève générale ? Que cela relève d’un pur opportunisme ? D’un cynisme décomplexé? Peut-être! Mais surtout que cela a toujours été la marque de fabrique de l’extrême droite : semer le chaos pour s’ériger en sauveur. Demandez le programme !
Trente mille euros, au bas mot, et sans tenir compte de l’inflation, pour refaire une beauté à la statue ! Pas n’importe laquelle, il est ici question de la statue de la vierge. Cette œuvre du sculpteur Abbal, installée depuis 1858 sur son promontoire d’où elle domine la ville, subit, elle aussi, les outrages du temps. Il n’y a donc pas eu de miracle !
De petits fanions, bleus et blancs, accrochés aux lampadaires de la ville annoncent la couleur : c’est la fête ! La fête en ce 15 aout de Marie et de Jeanne, la pucelle d’Orléans. Les catholiques ont probablement apprécié, ce grand retour de la tradition avec processions et messes en grande pompe. Il y a longtemps que Moissac n’avait connu pareille jubilation. Béni soit donc le maire qui de concert avec la paroisse, prise depuis quelques temps de mystiques élans, a orchestré, au nom des « autorités civiles » ces festivités, inaugurant de l’uvarium à l’abbatiale la procession des vierges pèlerines. Diable ! Mais que les mécréants et les ignares se gardent de ricaner sous cape, en ces temps incertains ces vierges, ne sont pas de chair, mais de pierre. Des statues de Marie portant haut l’enfant Jésus, de simples icônes dont le sieur Fricoteaux notaire à Saint Denis, converti au cours d’un voyage à Rome et décédé en 2007, a eu la révélation. Et selon le site France Catholique, « au total, ce seront, grâce à lui, plus de 10.000 statues et icônes qui seront finalement envoyées dans le monde, et le projet « Marie de Nazareth », qui se développe actuellement, verra le jour, après Bethléem, comme un fruit des Vierges pèlerines » C’est dit ! Et voilà Moissac de l’aventure !
Pas difficile d’imaginer que cette foi ostentatoire n’est pas faite pour déplaire à ce maire qui conçoit son mandat comme une croisade. « Retrouvons Moissac » était son slogan de campagne. Moissac l’opulente, mais aussi, Moissac la catholique, haut lieu d’une foi conquérante qui nous a légué l’abbatiale, ce joyau architectural. Ses électeurs comprendront le message. L’homme veille toujours sur ses ouailles, inquiètes d’une immigration qui dérange leur quotidien et qui leur est pourtant vitale. Et, après quelques pas de côté vite corrigés, le maire s’affiche à nouveau comme un bon soldat RN. Qui de mieux donc pour manifester sa fidélité frontiste que Jeanne d’Arc, appelée à la rescousse, la pucelle qui met en transe les vieilles barbes du parti ? Moissac a donc eu droit, c’est une première, à la parade d’une Jeanne, à cheval et en grand équipage. Pas la bergère, mais bien la cheffe de guerre, missionnée par quelque divine voix pour « bouter les Anglais hors de France ». Le message est gros comme une élingue de grutier. Mais à défaut de convaincre, ça fait son effet. Et dans la bataille idéologique, il faut bien reconnaître que la mairie de Moissac fait feu de tout bois, avec constance et obstination.