La boussole s’affole

Un gamin a été tué par un policier. C’est terrible ! C’est inacceptable ! C’est bien pourquoi la justice s’est immédiatement saisie de l’affaire et a pris, conformément au droit français, qui s’applique à tout le monde, les premières mesures pour mener à bien son enquête.

Une balle a fauché la vie d’un gamin. Et a fait naître dans une partie de la population, singulièrement chez les jeunes des périphéries (les banlieues comme on a coutume de dire) une colère compréhensible. Faut-il pour autant enflammer les nuits de ce pays, détruire les écoles, les mairies, les bibliothèques, les centres sociaux, les bus, voire la voiture du voisin de galère ?

Bien évidemment non ! Détruire les lieux de savoir, les espaces où la République offre solidarité et promesses de jours meilleurs, relève pour ne pas dire plus, d’une forme d’imbécillité, condamnant des quartiers entiers à une relégation toujours plus pesante. Fermer des territoires entiers, y interdire physiquement et symboliquement la présence de l’Etat ; construire sur les difficultés sociales de ces quartiers un apartheid à rebours : est-ce là l’objectif de ces jeunes ?

On peut se le demander, même si l’extrême jeunesse des émeutiers, laisse penser que cette rage, cette jubilation constatée sur le terrain, trouvent d’abord modèles et encouragements sur les réseaux sociaux. Au point que les bandes sortent maintenant de leurs territoires, pour attaquer même en plein jour les cœurs de ville, et leurs faits d’armes accomplis, relayés en direct sur Tic-toc ou Instagram, se dispersent comme volées de moineaux à la barbe des forces de l’ordre.

A l’évidence, le gendarme ne fait plus peur à cette partie de la jeunesse, qui mesure, soir après soir, son pouvoir de nuisance, et l’impuissance des forces de l’ordre rappelées à un devoir d’extrême retenue. Que dirait en effet l’opinion si un gamin de douze ans était blessé, ne serait ce que malmené par des policiers à bout de nerf ? Mais que devrait-on dire de ces parents, consentants ou démissionnaires, incapables de faire entendre raison à leur progéniture ? Les maires et le gouvernement sont dans leur rôle quand ils rappellent aux adultes qu’ils sont civilement responsables de leurs enfants mineurs.

Il y a quelque chose de gravement perturbé et perturbant dans la société française. Comme une sorte de dérèglement, de folie collective qui surgissent périodiquement dans telle ou telle partie de la population. Les premières garde-à-vue témoignent à rebours des analyses sociologiques,  d’un phénomène nouveau, qui racontent des émeutiers de hasard, par distraction, voire par jeu. Le mécontentement, mais aussi l’envie d’en découdre, juste pour voir, pour se faire peur s’expriment sous notre beau ciel de France par la casse systématique et le pillage opportuniste, sous le regard plus ou moins complaisant de media fascinés et d’une certaine classe politique qui a depuis longtemps jeté la raison critique par-dessus bord, faisant du voyou une figure du révolutionnaire et de la police le bras armé d’une dictature néo-libérale.

Bien entendu, il ne faut pas sombrer dans la caricature. Et derrière ces flambées de violence, il y a de graves et profondes fractures en œuvre dans notre société. Fractures sociales bien sûr qui, malgré les sommes investies au titre de la politique de la ville et singulièrement des quartiers difficiles, se résorbent mal et trop lentement. Il est d’ailleurs singulier qu’au moment où Marseille voit l’Etat se pencher à son chevet, les quartiers taraudés par les trafics en tout genre et les exécutions sommaires qui n’émeuvent pas grand monde, se croient obligés de tout casser. Mais il y a aussi de réelles fractures culturelles qui se manifestent dans cette hargne à détruire les écoles, les bibliothèques, les centres de loisirs, tous ces lieux qui construisent le vivre ensemble, qui nous aident à faire société. Dans notre République laïque qui s’efforce de faire du savoir et de la culture un vecteur d’émancipation, le signal est inquiétant.

Les milliards d’Euros distribués par l’Etat, le « quoi qu’il en coûte » l’a montré, ne suffisent pas à colmater toutes les brèches de notre société. D’autres apparaissent et ont tendance à s’élargir qui concernent notre manière de vivre la citoyenneté, notre consentement de plus en plus patent à toutes les violences.  Et dans le même temps, pointe une attente, un appel à l’ordre, presque une envie de pouvoir fort qui pour le coup deviennent politiquement problématiques. Les sondages alertent et on le constate déjà un peu partout en Europe, scrutins après scrutins, l’extrême droite, en embuscade, profite à plein de la situation. Ce n’est pas le moindre paradoxe de l’époque.

Missak Manouchian

Bientôt au Panthéon !

Cet Arménien, ce communiste, cet internationaliste, ce combattant, plus Français que bien des Français de l’époque. Mort pour la France ! Comme des centaines d’autres, Espagnols, Polonais, juifs qualifiés alors d’apatrides et qui par cette reconnaissance tellement attendue et tellement bienvenue, entrent, tous ensemble comme dirait Malraux, et de plein pied et à jamais pour l’histoire, dans la communauté nationale.

A cet égard, le cérémonial de ce 18 juin, ce long recueillement du Président de la République dans la clairière des fusillés, constituent un puissant hommage aux hommes et aux femmes tués, par les nazis et les collabos, tous morts pour une idée plus grande qu’eux, plus grande que nous tous, jeunes et vieux : la République et ses valeurs cardinales « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Louis Aragon et Léo Ferré, le communiste et l’anarchiste, leur ont consacré une sorte de cantique laïque (cliquez sur le lien ci-après)

https://youtu.be/6HLB_EVtJK4

Un maire aux abois

Il en va avec le maire de Moissac comme des trains : l’un peut en cacher un autre. Ses élucubrations réactionnaires devant le monument aux morts ont en effet occulté sa prose matinale sur les réseaux sociaux dans laquelle il exprime d’habitude la quintessence de sa pensée. Parfois c’est l’actualité locale qui l’oblige à réagir, quand il est mis en cause. C’était le cas au début du mois quand la Dépêche a fait état d’un courrier du Président du Conseil départemental lui demandant de s’expliquer sur sa politique à l’égard des populations immigrées et fragiles. Moissac connaît en effet de sérieuses difficultés devant l’afflux de personnes souvent en déshérence et qui ont toutes les peines du monde, soit parce que les procédures administratives leur sont obscures, soit parce qu’elles ne parlent pas le français, à trouver une aide auprès des pouvoirs publics.

la situation empire

Contrairement aux promesses électorales irresponsables du maire de Moissac, la situation empire de jour en jour, et pose de sérieux problèmes aux nouveaux arrivants bien sûr, aux personnels censés gérer les cas particuliers et au final à l’ensemble de la population locale. La tension monte, l’agressivité de certains fait peur aux salariés qui ne savent plus quelle réponse fournir. Ces tensions s’inscrivent dans un double processus. D’abord, une détérioration profonde et générale de la relation des diverses populations aux lieux de pouvoir et qui affecte jusqu’aux relations interpersonnelles. L’actualité en tient la triste chronique !  Et puis, circonstance aggravante, déterminante même, l’absence, que dis-je, le vide sidéral, précisément à Moissac, d’une politique d’accueil et de gestion des migrants. Livrés à eux-mêmes ou à de petites mafias ! Comme si la question ne se posait pas, comme si le militant qui nous tient lieu de maire, avait fait sienne la vieille maxime radicale : « il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre » (*)

Car il est dos au mur le maire de Moissac. Dans la nasse ! Rappelons-nous cette tonitruante entrée en campagne qui promettait la mise au pas de l’immigration ; la ville, pour paraphraser son discours, « enfin rendue aux Moissagais ». Trois ans après, le bilan est vite fait : plus de 3000 résidents étrangers, temporaires ou permanents qui s’installent dans le centre-bourg, investissent pour certains dans l’immobilier locatif et multiplient les commerces destinés à leur communauté. Cocasse non pour un ami d’E. Zemmour !

Dans la nasse

En fait, il est pris au collet le maire de Moissac. Comment en effet tenir ses promesses d’un retour à l’ordre ancien quand l’agriculture locale, l’arboriculture cherche désespérément main d’œuvre disponible ? Et se voit contrainte, faute de bras, d’aller la chercher en pays Rom.  Tenter de contrôler ces flux migratoires, le voudrait-il qu’il ne le pourrait pas au regard des traités européens, reviendrait à se tirer une balle dans le pied : mettre à bas l’économie locale et durablement fâcher une partie de sa clientèle électorale.

Alors, pour faire encore bonne figure, ne pas trahir totalement ses engagements, il agite le grelot sécuritaire, met du bleu dans les rues, fait des pages entières dans la feuille de chou municipale sur sa conception de l’ordre. Bref l’homme se place sur le seul terrain où il se sent à peu près à l’aise : les mots ! Et pour faire bonne mesure, il attaque, dénonce ses voisins de Valence d’Agen ou de Lafrançaise, accusés de se débarrasser de leurs saisonniers. « Je refuse de dépenser les impôts des Moissagais pour embaucher des médiateurs de rue pour expliquer « aux saisonniers » d’Europe de l’Est comment faire leurs démarches sociales et leur expliquer qu’il ne faut pas jeter les poubelles n’importe où… Les Moissagais ne m’ont pas élu pour mener une politique laxiste… » ose dans une dernière bravade le chantre local du parti « Reconquête ».

Question politique

Mais dénoncer le cynisme du maire de Moissac, n’interdit pas, oblige tout au contraire, à se pencher sur la situation économique et sociale du territoire. Les lois du marché ne sauraient être les seuls outils de régulation des flux migratoires. La puissance publique doit y prendre toute sa part pour évaluer les besoins, assurer l’accueil des migrants, mettre en place des dispositifs permettant une cohabitation bien répartie et apaisée avec les nationaux, veiller aussi au respect des droits et devoirs de chacun… Cela s’appelle une politique, un projet de société ! Et c’est curieusement d’actualité !

(*) Henri Queuille 1884-1970.Membre du Parti radical socialiste. Plusieurs fois ministre sous la 3° République, notamment à l’agriculture.

Un peu de re-tenue…

Qui parlait ce 8 juin 2023 devant le monument aux morts de Moissac ? Le maire de la ville, censé représenter l’ensemble des citoyens lors de l’hommage aux morts pour la France en Indochine ou le porte-voix d’une extrême droite qui falsifie ouvertement l’histoire ? Avoir une écharpe tricolore n’autorise pas tout et surtout pas, dans l’exercice de la fonction, de se livrer à un intolérable et délirant exercice de propagande. Ce n’est pas nouveau, l’édile frontiste est coutumier du fait, mais avec le temps, tout s’en va, jusqu’à la plus élémentaire retenue. L’étonnant dans l’affaire, c’est qu’aucun officiel, qu’aucun représentant de la République ne s’en est à ce jour offusqué. Une pétition à l’initiative de quelques moissagais vient pourtant de voir le jour, qui alerte la préfecture sur ces accrocs répétés à la bienséance républicaine.

Faudra-t-il en effet supporter plus longtemps les saillies de cet historien de contrebande ? Nos morts méritent mieux que ce radotage obsessionnel autour du marxisme, des cathédrales et de la prétendue mission de la France, qui, chez lui, n’est autre que l’expression d’une nostalgie coloniale. 

On peut signer la pétition à M. le Sous-Préfet à cette adresse :

https://www.change.org/p/lettre-ouverte-citoyenne-pour-le-respect-des-hommages-républicains-à-moissac?recruiter=90558954&recruited_by_id=8a4464ad-efef-4dbc-ab56-663000a682a0&utm_source=share_petition&utm_campaign=share_for_starters_page&utm_medium=copylink

Montjoi: et maintenant?

Enfin! Les élus, JM Baylet en tête, et dans la foulée la presse, régionale et nationale, ont enfin compris que ce qui se passe à Montjoi depuis déjà des années, n’a rien à voir avec le folklore de Clochemerle. Dans cette magnifique bastide de notre Tarn et Garonne, le maire, Christian Eurgal, par ailleurs artiste peintre et un propriétaire, citoyen anglais, sont depuis des années, l’objet d’intimidations, de menaces, d’injures et d’agressions de plus en plus violentes de la part d’un éleveur de porcs qui a décidé d’imposer sa loi dans le village et ne cache même pas ses intentions de prendre la mairie le moment venu. L’homme qui s’affiche syndicaliste paysan, a reçu le soutien de l’extrême droite et de tous les excités qui sévissent sur internet.

La tension est allée crescendo avec le temps, débouchant sur des menaces de mort envers le maire et sa famille ce qui a conduit la préfecture à les mettre sous protection policière. Cet élu, qui depuis le début a tout fait pour calmer le jeu, multipliant en vain les mesures d’apaisement, vit un véritable enfer qui en aurait fait plier plus d’un. Il a résisté, fort du soutien d’une partie de ses administrés, convaincu d’avoir mis en place une solution raisonnable à un problème de voisinage.

Au départ, une banale histoire, comme il en existe tant dans nos contrées, de chemin rural, traversant la propriété d’un Anglais. Pour mettre fin à cette anomalie, le maire avait demandé à son conseil municipal, après enquête publique, de changer le tracé du dit chemin. Une voie nouvelle, payée en partie par l’Anglais, avait donc été ouverte quelques mètres plus bas, permettant aux engins agricoles de circuler sans encombre.

Les choses auraient dû en rester là. Mais l’éleveur n’avait que faire de cette solution. Sus a l’Anglais, haro sur le maire accusé d’être le complice du « riche » étranger! Et voilà notre homme racontant à l’envie que la finance d’outre manche cherchait à étrangler un pauvre paysan, occitan de souche et défenseur autoproclamé d’une tradition ancestrale. Avec cette version sabots contre jabot de la lutte de classe, l’homme s’attira quelques sympathies locales, titillant ici ou là des gauchistes assoupis et mobilisant l’extrême droite des réseaux sociaux. Il rêvait de bouter l’Anglais hors du territoire et de s’approprier sa maison. Il se crut intouchable, malgré une condamnation symbolique par le tribunal de Montauban pour séquestration d’un représentant de l’autorité. Mais l’affaire de Saint Brevin (voir plus bas) s’est invitée à Montjoi.

Et soudain la bastide de Montjoi est devenue une alerte rouge sur la carte de France. Il était temps! Au train où allaient les choses, nous courrions tout droit à la catastrophe. Reste maintenant aux élus, à l’Etat et à la justice de mettre en conformité leurs actes avec leurs paroles!