Ça défouraille au Rassemblement

Marine le Pen ne viendra pas à Moissac distiller au bon peuple sa vision du patrimoine et honorer de sa présence le maire de la ville qui fut longtemps le collaborateur de sa nièce, Marion Maréchal. L’édile moissagais, qui sur les réseaux sociaux affecte une certaine indifférence, veut s’afficher comme le rassembleur de la droite extrême et des extrêmes droites, mini prophète auto-proclamé  d’une recomposition qui a tout l’air d’un matricide.

Chez ces gens-là on ne se fait pas de cadeau. La dissonance vaut sanction immédiate et la longue histoire de l’extrême droite française est truffée de règlements de comptes qui éclairent d’un jour cru son idéologie, celle de clans bestiaux et brutaux. Le maire de Moissac exaspère de ce côté là de l’arc politique, sa propension à faire la leçon à ses petits camarades cachant mal son opportunisme indécis. De quel côté va-t-il balancer ? Le Pen ou Zemmour ? Rien n’est écrit et en attendant d’y voir un peu plus clair, l’homme a mis ses œufs dans les deux paniers. Quand l’avenir, qui s’annonce proche, tranchera, lui basculera.

Sera-t-il dès lors candidat à la députation ? On aurait pu penser que fort de ses résultats à l’élection départementale- ce dont il se targue en toutes circonstances- il soit tenté de poursuivre la conquête et parte sabre au clair à l’assaut du siège tenu aujourd’hui par Sylvia Pinel. Mais voilà qu’il hésite, pesant manifestement le pour et le contre, se faisant désirer, attendant que ses amis viennent le chercher. Lâchera-t-il la proie pour l’ombre ? A qui peut-il laisser la ville, et la communauté de communes qu’il s’ingénie à paralyser ? On voit bien que ce qui fait le plus défaut aux caciques de l’extrême droite, c’est la fidélité !  Alors ?

Alors, il demeure le maire de Moissac. Le dernier conseil municipal lui a donné l’occasion de le rappeler. En ouverture de séance, il a lu une longue défense et illustration de sa politique sécuritaire. Tolérance zéro a-t-il martelé, faisant la liste des procès-verbaux de toutes sortes qui s’abattent sur les récalcitrants, annonçant un 12° policier municipal et toujours plus de caméras, dont deux dites « de chasse »… On ne pouvait pas être plus explicite !

La mascarade

Christiane Taubira a décroché la mention bien -heureusement le ridicule ne tue pas- devant ses petits camarades, Jean Luc, Yannick et Anne qui n’étaient pas candidats, ils l’ont maintes fois rappelé, à cette primaire populaire. Dès lors ne faudrait-il pas plutôt parler de bouffonnerie 2.0, d’escroquerie intellectuelle, voire de manipulation des esprits ?

Au début était, non pas le verbe, mais l’espoir confus et néanmoins tenace au sein des gauches, dont Manuel Valls avait justement prophétisé qu’elles étaient irréconciliables, d’un rabibochage idéologique in extremis, d’une reconstitution miraculeuse du front populaire, ou de la résurrection du concept de gauche plurielle cher à Lionel Jospin. Mais le réel est têtu, et depuis déjà longtemps le constat était fait que les gauches ne partagent pas grand- chose, n’ont pas de projets compatibles et surtout pas l’envie de faire cause commune. Leur faiblesse politique est le miroir de leurs raideurs idéologiques. Il y a belle lurette qu’une partie de leurs électeurs ont pris la tangente, appareillant vers les rivages de la macronie, où le parti « Territoire de Progrès », leur propose désormais un port d’attache.

La primaire citoyenne est donc ce qu’elle promettait d’être : une piste d’atterrissage pour Christiane Taubira, qui sans parti, si ce n’est le petit PRG de Jean Michel Baylet, sans programme, si ce n’est un verbe toujours aussi flamboyant, s’invite, après une longue éclipse, dans la compétition présidentielle. Comme en 2002 !( lire ici Jeu de dames) Au prix cette fois encore d’un affaiblissement radical des causes qu’elle prétend défendre. Femme providentielle, elle se veut l’incarnation de l’union quand elle n’est pour reprendre les mots de ses concurrents qu’une « candidature de plus ». Adepte du parler vrai, elle avance masquée depuis des mois. Chantre d’une démocratie renouvelée, elle invente les « candidats malgré eux » pour les besoins de sa primaire populaire.

Du jamais vu, du grotesque même ! Mais le fruit de l’air du temps, de ce temps qui veut renouveler les pratiques démocratiques, mobiliser l’électeur frondeur ou déserteur dans des agoras numériques, inventer une autre façon de faire citoyen. Au vu de la crise démocratique qui n’affecte pas que la gauche, l’intention est louable. Son approfondissement nécessaire, à la condition qu’on ne trompe pas les gens sur la marchandise, qu’on ne leur fasse pas prendre des vessies pour des lanternes. Cette primaire populaire n’est pas sortie de nulle part. Elle est directement inspirée par un phénomène dit « mouvementiste », en l’occurrence il s’appelle « Sun rise » aux USA. Il constitue, là-bas comme ici une sorte de résurgence du spontanéisme qui fit long feu dans la France des années soixante-dix et semble, dans sa version tricolore, souffrir déjà des mêmes maux que ceux qu’il dénonce dans le vieux monde politique. L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement?

Echos de marché

C’était l’avant dernier dimanche de janvier, jour de marché à Moissac. Mais dimanche de campagne pour les militants contraints ce matin de pister un chaland, presque aussi clairsemé que les étals des marchands. Rude tâche pour la petite escouade de la majorité présidentielle venue parler Europe à des Moissagais qui semblaient avoir la tête ailleurs. Comme si la présidence française de l’Union ne les concernait pas. Comme si les centaines de milliards du plan de relance, de l’achat des vaccins, ou de la PAC (la politique agricole commune) n’avaient aucune conséquence sur leur vie ! Difficile dans ces conditions de parler de la charte des droits fondamentaux européens dans laquelle E. Macron veut inscrire l’écologie et le droit à l’avortement. Difficile de parler avenir, autour d’une capacité industrielle reconquise, d’un SMIG européen, de droits sociaux nouveaux, d’une puissance politique et militaire qui nous font si cruellement défaut quand les désordres planétaires mettent en jeu la paix et la prospérité des peuples européens.

Donc foin d’envolées ! « Et pour l’hôpital, il va faire quoi votre Macron » nous interpelle sans plus de ménagement, un vieux monsieur lesté par d’énormes sac en plastique. Il a déjà fait le Ségur de la santé, lui rétorque-t-on aussi vite… pas assez cependant pour le retenir plus longtemps. On aurait pu lui dire que Moissac n’attirait plus les médecins à la recherche de rémunérations et d’un cadre de vie que la ville ne sait pas leur offrir. Faute aussi d’un véritable projet d’établissement en se positionnant comme hôpital de proximité. Ou bien fallait-il l’inquiéter un peu plus en évoquant cette histoire qui court les rues de la ville à bas bruit.  Ce chirurgien, terrassé depuis plusieurs semaines par le Covid, et qui vient tout juste de refaire surface. C’est l’essentiel, mais la rumeur raconte qu’il n’était pas vacciné et s’en vantait. De quoi s’interroger sur le devoir d’exemplarité. Sur l’image d’une communauté médicale aveugle et muette. Sur le management de l’hôpital tenu par la loi, rappelons-le, de veiller à l’obligation vaccinale pour les soignants.

Quant au maire de la ville, président du Conseil de surveillance de l’hôpital, trop préoccupé sans doute par la chicaya entre le Pen et Zemmour, il n’a pipé mot. Il n’est pourtant pas resté inactif pendant la période, annonçant aux associations sportives qu’il comptait cette année leur sucrer les subventions. La mairie qui a besoin de ce cash pour payer la toiture du tribunal, estime qu’en raison du Covid, les clubs ont fait des économies. Autant dire que la décision ne passe pas. Mais les sportifs sont-ils prêts à aller jusqu’à la fronde ?

Vaccin: des effets secondaires

Bon, puisque la petite sortie d’E Macron dans le Parisien a mis en émoi le banc et l’arrière banc politico-médiatique, je me dois de rajouter mon grain de sel à l’affaire. Ce qui j’en conviens ne changera rien mais ajoutera à l’épaisseur du dossier. Dans la formule du Président, il y a la forme et il y a le fond. Le fond c’est que nous arrivons au terme d’un cirque qui n’a que trop duré. Les manifs le samedi, les injures sur les réseaux sociaux, l’emploi systématique du terme « collabos »  lancé à la figure des personnels de santé, tout cela n’est-il pas plus choquant, plus insupportable? On sait bien ce que ça raconte…on connait le sous-texte et cette prétention paranoïaque à s’ériger en résistants, en derniers remparts de la liberté. Ajoutons aussi les agressions contre des élus, les mises à sac de leur domicile, les menaces de mort et hier le cinéma parlementaire avec les faux-culs de LR qui disent oui le matin et non le soir encouragés par une gauche officielle qui ne brille pas par son courage… Bref comme dit l’autre ça suffit! Le Président n’a fait que traduire ce que les personnels de santé disent en privé et commencent à exprimer publiquement: si on on en est là, si l’hosto menace de craquer, s’il ne peut plus soigner correctement certaines maladies graves, certaines urgences, c’est parce que 15% de la population a décidé de faire de la résistance, d’emmerder le système en se réfugiant derrière des prétextes bidons (la santé des enfants, les conséquences du vaccin sur le long terme, le fric des labos, voire pour les plus abimés du cerveau un complot mondial, juif de préférence…) Ces gens mènent une croisade, ils participent à une sorte de désobéissance civile dont on voit bien les conséquences mortifères sur le reste de la population. Ces gens là ont fait à leur manière sécession.

Par ailleurs, il n’est pas exclu que le Président ait voulu ainsi marquer son territoire, faire en ce début d’année une entrée en campagne, obliger chacun de ses adversaires à sortir du bois… au risque il est vrai de se voir accusé une fois encore de mépris de classe (comme lorsqu’il parlait de traverser la rue pour trouver du travail, ou encore quand il évoquait le pognon de dingue et quelques autres saillies bien senties…) Là on touche à la forme. On peut en effet se demander si un Président peut employer de tels mots, descendre dans l’arène sans autre précaution de langage, aviver un peu plus les tensions, approfondir les fractures de notre société… La question est ouverte. Mais elle ne mérite pas qu’on y perde son temps et sa salive. Car au final, il apparait que fond et forme ne peuvent être vraiment séparés. E Macron dit, les mots lui appartiennent, la profondeur de son exaspération, la gravité de la situation que des formules plus diplomatiques n’auraient pu exprimer. Le grand mérite de cet exercice, c’est que tout le monde a compris sa pensée.

Alors, tout ça pour quel résultat? On verra, nous sommes au temps des emballements médiatiques, des polémiques à deux balles, comme celle autour du drapeau européen. Laissons retomber l’écume des jours. Il est clair que le Président, qui n’en déplaise au Nouvel Obs n’est ni Sarkozy, ni Trump, a décidé de faire son entrée en campagne, à sa manière, avec ses mots. Frontalement. Et ce n’est pas là le moindre de ses mérites : le courage! Convoquons une fois encore la sagesse paysanne: « C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ». Que ceux qui n’auraient pas compris m’écrivent. Je vous engage par ailleurs, à lire l’intégralité de l’ITW du Président. Il dit des choses très fortes sur l’éducation, la santé, et la transition écologique. Le lien est ici:4_5956346571208526560

 

Deux nuances de brun

On ne pourra pas dire que le maire de Moissac ne fait pas preuve d’ouverture d’esprit. Lui qui, officiellement soutient Marine Le Pen, transformant le bulletin municipal en feuille de propagande pour les thèses du RN, Ainsi cet ancien attaché parlementaire de Marion Maréchal, reste fidèle, en dépit de quelques incartades visant à « conforter son image de jeune homme qui n’a pas froid aux yeux » à la maison Le Pen, à la reine mère qui pourtant n’est pas au mieux de sa forme en cette fin d’année.

A peine élu, le nouveau maire s’était offert un cabinet, sur mesure en allant repêcher dans les départements voisins deux militants RN en recherche après des résultats électoraux calamiteux, d’un port d’attache plus accueillant. La Haute Garonne a donc fourni le directeur de cabinet, quand le Lot offrait un nouveau directeur de communication. Ce dernier, Bruno Lervoire, est désormais sous-chef du parti Zemmourien en Tarn et Garonne, baptisé « Reconquête 82 ». Cela ne vous rappelle rien ? Mais si bien sûr, La Reconquista, la croisade des rois catholiques espagnols contre les Maures et qui s’acheva avec la chute de Grenade en 1492 ! Pas besoin de demander le programme !

En laissant libre cours à son salarié, le maire de Moissac n’a pas voulu choisir entre les deux nuances de brun. Comme s’il espérait, in fine, une réconciliation des deux branches de l’extrême droite. Comme si sa carrière, que certains rêvent grande,  devait s’affranchir de ces contingences. Image-1Ainsi pour ne pas injurier son avenir, il s’affiche rassembleur, sur les réseaux sociaux, où il poste une photo qui montre des colleurs d’affiches se partageant le même panneau, assorti de ce commentaire plus ou moins inspiré : « Faites l’amour, pas la guerre » !  Reste que parti comme c’est parti, et compte tenu de l’affection immodérée que Le Pen et Zemmour semblent se porter, ils pourraient bien ne jamais monter dans le train du deuxième tour.  Le maire de Moissac en sera-t-il vraiment contrarié?