Red Star

Le Red Star n’est pas à vendre aux Américains et surtout pas à un fond de pension qui pour une raison un peu mystérieuse s’intéresse à ce club de football de Saint Ouen. La gauche cocorico s’y oppose. La Nupes (la nouvelle union populaire écologique et sociale) avec quelques journalistes et historiens, ont en effet pris la plume pour affirmer que « Le Red Star est un bien commun qui ne peut être sacrifié sur l’autel du profit ». Depuis que les frères ennemis d’hier ont signé la pax mélenchonia, ils retrouvent les refrains du bon vieux temps, au risque de s’égarer encore un peu plus dans les méandres de l’histoire.

Red star, étoile rouge ! Le nom est trompeur. Le club qui a été créé en 1897 par Jules Rimet, fondateur par la suite de la FIFA, n’a jamais été une succursale de bolcheviks convertis au ballon rond. Pur hasard des temps. Tout au plus le club ondonien peut-il s’enorgueillir d’une belle carrière amateur, qu’il n’a pas vraiment confirmée depuis qu’il joue chez les professionnels.

En fait, cette histoire relève de la pure fantaisie. Du conte pour enfants attardés. A vouloir parler foot business, la Nupes pourrait par exemple se pencher sur les cachets faramineux de joueurs qui ne payent pas l’impôt en France, ou sur ces clubs achetés par des émirs ou des oligarques… Pour l’amour du sport, à n’en pas douter !  Mais cette gauche, tout étonnée d’avoir ressuscité d’entre les morts, adore se raconter des histoires, convoquant l’histoire, la vraie pour l’aider à construire sa mythologie. Il n’y a qu’à voir avec quel empressement, les signataires de l’accord électoral d’avril ont cherché à s’inscrire dans une continuité : 1936 et le Front populaire, 1972 et le programme commun, 1998 et la gauche plurielle…

Et cerise sur le gâteau, l’encre de l’accord à peine sèche, les intellectuels, les intellectuels organiques comme on disait au siècle dernier, se réveillent soudain pour chanter les louanges de ces retrouvailles. «Il existe aujourd’hui une immense convergence au sein de l’ensemble de la gauche et de la composante de l’écologie politique qui s’en revendique » écrivent en chœur neuf intellectuels dans une tribune au journal Le Monde. Voilà qui est dit, mais que ne le disaient-ils plus tôt !

Quant aux étoiles… on les croyait perdues, mangées par quelque trou noir du système… solaire, et voilà que les étoiles rouges réapparaissent, à l’est et c’est inquiétant. Ici, elles distraient le regard, titillent les mémoires, promises au destin d’étoiles filantes.

Gauches: opération survie

« L’union est un combat ». Les plus anciens se souviennent de la formule de Georges Marchais, or les décennies passent, et la rhétorique du PCF ne change pas. Ce matin Fabien Roussel ne disait pas autre chose sur France Inter pour justifier l’accord que son parti a signé avec les Insoumis de Jean Luc Mélenchon. Ils ne sont en effet d’accord sur presque rien, si ce n’est l’augmentation du SMIC… Ce qui en cas de victoire aux législatives, se traduirait inévitablement par une foire d’empoigne au moins aussi musclée que les échanges de la campagne de la présidentielle. Et on pourrait dire la même chose des autres signataires : des Verts qui ont perdu dans l’affaire une partie de leur ADN, en l’occurrence la référence à l’Europe, excusez du peu; mais aussi des socialistes qui ont vendu leur boussole pour un plat de lentilles.

Ce rabibochage de dernière heure n’a rien d’historique, sauf à considérer que de petits arrangements électoraux, à géométrie variable de surcroît, annoncent le printemps du peuple de gauche.

Jean Luc Mélenchon premier ministre ? Qui peut réellement y croire ? Les bisbilles majoritaires, conduiraient inéluctablement à un avachissement de la France, incapable dès lors de tenir son rang en Europe, et de maintenir à flot son économie.  Bref, à la crise politique et institutionnelle, s’ajouterait une crise économique. Rien que ça !

Mais tout cela n’arrivera pas, car sauf improbable miracle des urnes, l’Union populaire écologique et sociale n’aura pas la majorité à l’Assemblée nationale et chacun le sait. L’objectif n’était donc pas de faire un accord de gouvernement, mais de permettre à LFI, qui est sous représentée, de devenir la principale force d’opposition, et accessoirement de donner aux autres partis une chance d’exister encore un peu au sein du palais Bourbon. Des candidats dans plus de 50 circonscriptions pour bénéficier des subsides de l’Etat et si possible 15 élus pour pouvoir créer un groupe. Tout le reste n’est qu’illusion, tromperie sur une marchandise hâtivement repeinte aux couleurs des riches heures de l’histoire des gauches françaises : 1936 et le Front populaire, 1972 et le programme commun pour ne parler que de ces deux périodes.

Alors qu’importe le nucléaire, la laïcité, le communautarisme, les traités européens, les nationalisations, les amitiés inavouables, les tentations autoritaires… tout ce qui rend les différentes gauches inconciliables ! Mais déconfits, au bord de la tombe, ces partis convoquent les mythes et l’histoire pour farder leurs plaies. Opération survie qui ne fait que différer le temps des règlements de contes, si ce n’est celui des comptes réels.

Et maintenant les législatives

Comme je l’écrivais plus bas : Le Pen confirme. Mais se tasse. Au premier tour elle comptait 653 voix d’avance sur Macron. Lors de ce second tour, il n’est plus qu’à 290 voix de la candidate d’extrême droite qui l’emporte cependant sur la ville avec 52,56%. Moissac qui n’a pas la palme du vote Le Pen, Castelsarrasin a fait mieux, ne se comporte pas de la même manière d’un bureau à l’autre. Montebello s’était déjà distingué le 10 avril, cette fois le Sarlac fait de même, préférant Macron à Le Pen. D’une courte tête il faut bien le reconnaître. Mais ce choix majoritaire, effectué aussi par le Centre culturel témoigne que l’électorat Macron n’est pas si mal réparti que ça au sein de la population moissagaise. Le Sarlac pour faire court est plutôt « prolo » et aux origines très diverses. Montebello offre un peu les mêmes caractéristiques quand Le Centre culturel s’affiche plus « bourgeois »

Il n’en va pas de même avec le département. Il fait tache bleu marine sur la carte de France, avec une trentaine d’autres qui ont basculé. La situation est ici bigrement problématique, car le résultat de la présidentielle confirme ce qui scrutin après scrutin se dessinait : un lent et profond glissement du radical-socialisme cassoulet vers un populisme étriqué, une sorte de maurrassisme qui ne dit pas son nom.

Un département à la dérive

Il faut dire les choses comme elles sont. Ce département n’est pas une victime du mondialisme. Il n’est pas un sinistré industriel. Pas même le souffre-douleur de la PAC. Bien au contraire. Son agriculture, secourue régulièrement par l’état, encore il y a quelques semaines à l’occasion des gelées de printemps, bénéficie à plein des subsides européens. Son marché est sans frontière comme sa main d’œuvre. Ce qui n’empêche pas ces bons patriotes de voter pour la préférence nationale et le localisme. Le Tarn et Garonne n’est pas non plus le rejeté de la République. Les services publics, par le biais de « France Service » sont à portée de n’importe quel endroit reculé du territoire. Les déserts médicaux n’y sont pas plus arides que dans les départements voisins. Et le secteur hospitalier va disposer d’ici deux à trois ans, à Montauban, d’un centre à la hauteur des besoins de la population du département. Sans oublier le TGV enfin lancé après des années de tergiversations locales.

Un camouflet pour Barèges

Heureusement, Montauban fait exception dans ce paysage idéologiquement sinistré. La ville a rejeté massivement Le Pen, comme beaucoup de centres urbains. Il faut dire qu’à proximité de Toulouse, elle profite à plein de l’expansion de la métropole. Montauban envoie à l’occasion de ce scrutin un camouflet à sa maire qui n’avait pu s’empêcher de confier à la presse son penchant pour la candidate RN.

La grande tambouille des législatives

C’est dire que ce grand chambard tarn-et-garonnais annonce des élections législatives pour le moins compliquées. La gauche officielle, radicaux et socialistes qui tiennent les deux circonscriptions, va devoir faire face à de redoutables adversaires, l’extrême droite bien sûr, mais aussi les insoumis qui ont réalisé à Moissac mais surtout à Montauban de très bons scores. Vont-ils imposer leurs candidats à la gauche canal historique totalement défaite? Pour l’instant les négociations nationales piétinent et faute d’accord, les deux députées sortantes pourraient bien se trouver en face de mélenchoniens affamés. Confrontées à une telle perspective, vont-elles, tenter un rapprochement avec la majorité présidentielle ? Cette dernière tarde à donner ses investitures, ce qui alimente toutes les rumeurs. Mais trois noms circulent déjà sur la 1° circonscription. Territoire de Progrès, l’aile gauche de la macronie, défend la candidature de Catherine Simonin, dentiste, ancienne collaboratrice d’Axel Kahn à la Ligue nationale contre le cancer. Sur la 2° circonscription, l’horizon semble plus dégagé, Alexandre Chavarot, spécialiste du financement de projets de développement durable a le soutien des composantes locales de la majorité présidentielle. Mais que vont décider les états-majors nationaux, alors que la droite LR, quoiqu’en miettes, sera probablement présente dans les deux circonscriptions.

Lopez renonce

Mais à droite de la droite, la 2° circonscription s’annonce comme un champ de bataille inédit. Le maire de Moissac, ex RN, imprudemment rallié à Zemmour pour se déclarer in fine divers droite, allait-il, fort de ses succès récents, tenter la députation ? Ce sera non ! Il vient de l’écrire arguant de son attachement indéfectible à sa ville. Ce n’est pas un renoncement, ne nous y trompons pas, tout au plus une manœuvre tactique pour apparaître comme le sage de la droite extrême, le futur parrain d’un rassemblement qu’il appelle de ses vœux. La rumeur annonçait dans cette circonscription le parachutage de Marion Maréchal. Sans fondement ! En revanche, Romain Lopez pousse son candidat, inconnu au bataillon sauf peut-être à Castelsarrasin. De son côté Marine Le Pen qui n’a pas renoncé vient d’adouber un conseiller régional, Julien Léonardelli, adepte du tourisme politique. Deux candidats d’extrême droite pour le prix d’un ! Cette division profitera-t-elle au candidat de la majorité présidentielle, Alexandre Chavarot ? Trop tôt pour le dire, toutes les cartes ne sont pas encore sur la table.

Présidentielle: Le Pen confirme

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Je reviendrai sur ce résultat qui nécessite quelques commentaires. Mais saluons au passage les votes du Sarlac et de Montebello. Et celui du Centre Culturel. Trois bureaux et trois électorats différents. Du populaire à la middle class! A croire que le message de Macron a été entendu.

Le lepénisme a pris racine

Le Tarn et Garonne est donc tombé dans les bras de Le Pen. Et plus généralement de l’extrême droite qui totalise près de 40% des suffrages. Un comble pour une terre qui se revendique radicale depuis la 3° république. Certains pensaient encore ces derniers temps que le radicalisme n’était pas soluble dans le lepénisme. Eh bien, il faut se rendre à l’évidence. Scrutin après scrutin, le département affirme son ancrage à droite toute, Castelsarrasin et Moissac étant les épicentres du phénomène.

Comment expliquer ça ?  On notera d’abord, il faut le souligner, que les Tarn et Garonnais, en tout cas une bonne partie d’entre eux, ne versent pas dans la gratitude spontanée. Et pourtant ! Des aides sectorielles et régulièrement renouvelées aux paysans, un soutien permanent à l’agriculture, la LGV, un nouvel échangeur autoroutier, une nouvelle gare, un nouvel hôpital à Montauban, un financement pour la modernisation de celui de Moissac, sans parler des mesures générales du plan de relance qui concernent aussi notre département… la liste des interventions de l’état est longue. Et sans effet, sinon pour ceux qui en profitent !

Ici, on n’est pas à une contradiction près. On dénonce l’immigration, qu’elle soit temporaire ou permanente, mais on en tire profit avec la meilleure conscience du monde. En faisant travailler ces populations dans les champs, et en leur louant au passage des logements vacants depuis longtemps et hérités, c’est le cas dans le terroir moissagais, de l’époque bénie et juteuse où le chasselas était roi. Bref, tout bénef ! Ce département est à bien des égards un cas d’espèce. Bricolé par un Napoléon soucieux de faire plaisir aux notables du coin (déjà), il n’a eu de cesse de cultiver ses singularités. Le radicalisme y a pris racine, tissant une trame qui a survécu au temps, s’incarnant dans quelques « figures » dont certaines sont devenues des potentats. Sa matrice sociale était à l’origine faite de petits agriculteurs propriétaires de leur exploitation et donc soucieux dès l’origine de préserver leur patrimoine. Cela jette les bases d’une culture. A la fois conservatrice et jalouse de son capital et politiquement inquiète de tout ce qui vient de « l’extérieur ». De la troisième à la cinquième République, les élus ont fait leur miel de ce tropisme, développant un entre-soi, et un entrelacs de réseaux encore à l’œuvre aujourd’hui. L’Histoire des Cathares, censés avoir résisté à l’opposant venu du nord, des terres d’oil, a même été convoquée dans la construction de cette altérité.

De cet avatar du girondisme, il reste une méfiance, quand ce n’est pas une détestation dont l’épisode des « gilets jaunes » fut ici une illustration parlante. La déliquescence des grandes idéologies, entre autres du radicalisme, puis du socialisme a fait le reste. L’extrême droite n’avait plus qu’à s’engouffrer dans cette béance idéologique. C’est fait. Pour combien de temps ?

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