Régionales: « c’est la merde »

« C’est la merde » a écrit un électeur facétieux sur un bout de papier toilette glissé dans l’urne du Centre culturel. Il ne croyait pas si bien dire. Il fallait voir les mines déconfites, à gauche comme à droite, dimanche soir au Hall de Paris, quand le maire a proclamé les résultats définitifs pour Moissac.

39,46% pour le FN. Du jamais vu! Loin, très loin derrière, D. Reynié, le candidat des Républicains avec 20,20%, talonné par Carole Delga, la candidate socialiste qui obtient un petit 19,96%. Les Verts ne s’en sortent pas mieux, G Onesta récolte à peine 8,25% quand P. Saurel dépasse tout juste les 2%.

Le Front national est à l’évidence le premier parti politique à Moissac, en Tarn et Garonne où il obtient 35,65%, mais aussi dans le Tarn voisin. Voilà qui change évidemment la donne politique, mais surtout l’événement jette une lumière blafarde sur le département et sur notre ville. Que se passe-t-il ici? Quelles sont les causes d’un tel séisme, qui en est responsable? Pourquoi nos territoires sont-ils plus sensibles que d’autres au discours du FN ? Graves et difficiles questions auxquelles il faut se garder de répondre par la morale (« c’est pas bien de voter FN) ou par le mépris (« tous des cons »). A l’évidence, les partis politiques dits républicains n’ont pas voulu entendre ce que disent des citoyens de plus en plus nombreux. D’une manière ou d’une autre, il fallait bien que ça sorte.

Prenons le cas de Dominique Reynié. Il fait beaucoup moins bien que Jean Michel Henryot aux cantonales. En moins d’un an, la droite perd 14%, ce qui au passage devrait sérieusement inquiéter la majorité municipale qui voit ainsi sa politique locale sérieusement sanctionnée. A cet égard, Brigitte Barèges a tenu un peu mieux son électorat, même si elle aussi enregistre de sérieuses pertes.

Du côté de Carole Delga, les résultats sont tout aussi désastreux. Elle obtient sur Moissac le même score que le radical P. Guillamat lors de la dernière élection départementale. Elle a donc perdu plus de 11% des électeurs de gauche qui avaient alors choisi Frank Bousquet. Il est vrai qu’une partie de la gauche socialiste et apparentés a très mal vécu les oukases de Jean Michel Baylet, imposant sa protégée Sylvia Pinel comme tête de liste dans le département. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que « le renfort » de la ministre du logement n’a guère été profitable à la candidate socialiste qui fait 4 points de moins que son score régional (24%).

EE-LV n’a pas non plus de quoi pavoiser. Avec ses 8%, G. Onesta n’améliore que de deux points le score du Front de gauche aux dernières départementales (6%).

Le deuxième tour s’annonce donc compliqué pour Carole Delga qui va devoir, à Moissac, comme ailleurs, faire le plein des voix de gauche et gagner sur les abstentionnistes, pour l’emporter. Un accord a été trouvé avec G. Onesta qui devant le péril a mis sous le boisseau ses critiques contre la gestion Malvy et le programme Delga. Mais pour que les électeurs n’aient pas le sentiment d’assister une fois de plus à un rabibochage purement politicien, la nouvelle liste va devoir, il lui reste 4 jours pleins, convaincre qu’elle ne fait pas front commun, juste pour contrer le Front.

Régionales: Baylet sifflé

Carole Delga et Sylvia Pinel? Sylvia Pinel et Carole Delga? Deux candidates, deux ministres, l’une encore en fonction, l’autre non! L’une socialiste, formée par Martin Malvy, l’autre PRG drivée par Jean Michel Baylet. Seraient-elles échangeables?

Le patron du PRG en est cyniquement persuadé. Hier Carole Delga, tête de liste socialiste, tenait son grand meeting toulousain. Plus d’un millier de personnes dans la salle et à la tribune, les chefs de file PS, PRG, MRC et compagnie. Son tour venu, Jean Michel Baylet, dont on connait l’attachement maladif au protocole (lire  l’incident au festival de Marciac cet été https://alternativecitoyenne82.wordpress.com/2015/08/01/on-se-depeche/) a pris un malin plaisir à brouiller les cartes, à faire comme si la patronne de cette campagne était sa protégée: « Sylvia Pinel et Carole Delga… »   Il a tellement répété la formule qu’à la fin, la salle a pris la mouche et s’est mise à siffler l’outrecuidant.

Hélas, il en faut plus pour le déstabiliser. Mais cette nouvelle provocation n’était peut être pas gratuite. Depuis ses échecs personnels, aux sénatoriales et aux Départementales, Jean Michel Baylet rêve de prendre sa revanche, sur les électeurs bien ingrats à ses yeux,  et sur les socialistes accusés d’avoir trahi. Et la revanche pourrait avoir un visage, celui de la ministre du logement. Devenir calife à la place du calife, damer le pion dans la dernière ligne droite à Carole Delga, s’imposer d’une manière ou d’une autre comme présidente de la nouvelle grande région! On se fait peur, mais JMB, as de la politique cassoulet,  a plus d’un mauvais tour dans son sac! Ces dernières heures, il a rencontré , accompagné de Syvia Pinel,  le chef d’EE-LV, Gérard Onesta. Pour tailler une bavette? Pour explorer les champs du possible?

« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m’en charge », disait Voltaire.  Plus que jamais Carole Delga doit faire sienne la sentence!

 

Département: sans cap ni capitaine

Christian Astruc a survécu à la DM2. Le président du Conseil départemental de Tarn et Garonne, alors que certains lui prédisaient le feu nucléaire, a trouvé une très courte majorité pour voter sa Décision modificative n° 2 au budget 2015. Certes, ce n’est pas sur une DM qu’on engage le sort de sa mandature, mais ce gros cafouillage et les passes d’armes auquel il a donné lieu, augurent bien mal de ce qui risque d’arriver, en mars prochain, avec la présentation du budget 2016.  Le premier vrai budget de l’ère Astruc.

En fait, le président en exercice, qu’on dépeignait comme l’ombre portée de la maire LR de Montauban, a dû faire face à un double tir nourri : celui de Brigitte Barèges, qui n’a maintenant pas de mots assez durs pour dénoncer l’incurie de Christian Astruc et celui de J.M. Baylet qui n’arrive toujours pas à digérer sa défaite et affiche à l’égard de son ancien protégé, une morgue toute seigneuriale.

Du coup, ce sont les socialistes qui ont joué les supplétifs, venant renforcer in extrémis le groupe des Indépendants. Improbable majorité qui repose sur des détestations personnelles et des manœuvres d’appareils! Entre eux, rien de vraiment partagé faute d’avoir su ou voulu dès l’origine construire un projet politique pour le Département. Du coup, on peut se demander à quoi peut bien servir ce sauvetage. Les socialistes ont certes sauvé le soldat Astruc, mais pour quoi faire, dans quelle perspective?

Si le PS ne veut pas se discréditer, il va devoir sortir assez vite du bois et prendre ses responsabilités. On peut comprendre qu’il fait l’impossible pour empêcher sa meilleure ennemie, Brigitte Barèges, de mettre la main sur le Tarn et Garonne. Mais il ne va pas pouvoir cautionner bien longtemps l’immobilisme, pour ne pas dire l’incapacité chronique de l’exécutif départemental. Soit les socialistes parviennent à construire avec les Indépendants un projet, ce dont on peut douter, soit ils tentent de recomposer une majorité, incluant des radicaux libérés de la tutelle Baylet et des Indépendants conscients de la catastrophe vers laquelle leur famille politique pousse le Tarn et Garonne. Le PS ne saurait différer bien longtemps encore ce moment de vérité : la clarification politique afin de construire une ambition pour le département!.

Ticket CHIC, ticket choc

La deuxième réunion du Comité de défense de l’hôpital de Moissac s’est tenue à Castelsarrasin. Grosse affluence 20151124_184829
et belle tribune pour dire une fois de plus l’attachement de la population du secteur à cette structure de soins, pour en dire aussi les capacités et le rôle qu’elle tient auprès des gens de ce territoire de l’ouest tarn-et-garonnais.

A l’évidence, le CHIC, centre hospitalier intercommunal, a le ticket. Comment en douter, sauf à n’avoir jamais eu besoin de se faire soigner? Les Moissagais disent leur besoin d’hôpital et le message est d’ores et déjà passé. L’ARS (l’agence régionale de santé) se garde bien de précipiter le mouvement. Elle a prudemment, les élections ne doivent pas y être pour rien, mis de côté le dossier de restructuration. Mais dès janvier 2016, il faudra montrer que la mobilisation citoyenne a su garder toute sa vigueur. Car rien n’est gagné, les projets sont en sommeil, mais ils peuvent facilement être réactivés.

20151124_185106En attendant, l’hôpital, tourne à plein. Urgences et chirurgie ont des plannings bien remplis. Un des médecins rencontré sur le marché, s’en félicitait: « on fait la démonstration de l’utilité de cette structure. Ajouté à la mobilisation des habitants, ça peut obliger l’ARS à revoir ses plans. De toute façon, il ne peut pas en aller autrement, sinon ce sera un coup fatal porté à Moissac »

P.S. Je n’étais pas, en raison d’engagements professionnels, présent à la dernière réunion de Castelsarrasin. Cela n’autorise pas un  certain « camarade » à en tirer via Facebook des conclusions malveillantes. La cause de l’hôpital  mérite mieux que ces flatulences de basse politique.

Un méchant coup de projecteur

Un homme qui serait âgé entre 20 et 30 ans et dont l’identité n’a bien évidemment pas été révélée, a été assigné lundi à résidence à Moissac. Cela veut dire qu’il ne pourra pas sortir de chez lui la nuit et devra trois fois par jour aller signer à la gendarmerie. Fiché « S », l’homme est-il un propagandiste salafiste, est-il de retour de Syrie? On ne connait pas les raisons de cette mesure administrative. Le maire lui même n’a été mis dans la confidence qu’au dernier moment ce qui l’a quelque peu fâché avec l’autorité préfectorale, seul donneur d’ordre dans ce type de procédure.

Presque au même moment, la police judicaire intervenait dans le quartier du Sarlac, cette fois sur mandat d’un juge, dans une affaire de trafic de drogue à l’échelle du département. Un homme a été placé en garde à vue et de la marchandise saisie.

Deux affaires qui jettent un méchant coup de projecteur sur Moissac. On sait depuis longtemps que la ville abrite de petits trafiquants qui d’ailleurs cachent de moins en moins leur commerce lucratif. Des trafiquants dont les liens avec les milieux toulousains remontent à plusieurs années et se sont ces derniers temps resserrés.

La fiche « S » a de quoi inquiéter plus encore. Alors que le pays se relève à peine du terrible choc provoqué par les attentats parisiens, les Moissagais peuvent se demander si l’homme qui avait été repéré depuis plusieurs mois par les enquêteurs, n’a pas fait des émules.

Certes, le pire n’est jamais sûr, et il serait terrible pour Moissac et sa population qu’une partie d’entre elle suspecte l’autre. Un délinquant, voire un salafiste ne saurait représenter une communauté, religieuse ou ethnique. Gardons nous donc de les mettre dans le même sac. Ne cédons pas à ce démon de la xénophobie!

Mais il est sûr que Moissac qui cherche à conforter son image de capitale des fruits, de ville touristique fière de son patrimoine chrétien, se serait bien passée de cette publicité. De quoi mettre à l’épreuve notre capacité, notre détermination à défendre un « vivre ensemble » dont nous sommes collectivement et individuellement comptables.

Reste aussi cette lancinante et incontournable question : comment réduire la fracture culturelle, cultuelle, en définitive sociale qui semble s’approfondir entre les différentes populations moissagaises? Faute de réponses adaptées, la gauche, mais aussi la droite risquent de sérieux revers électoraux et de bien plus graves déboires sociétaux.