Le mystère de Montjoi

A Montjoi, au deuxième tour de l’élection présidentielle, le FN a obtenu 57% des suffrages exprimés. Un vrai carton dans cette petite commune des bords de Séoune qui compte à peine 170 habitants. Un presque record dans ce Tarn et Garonne qui s’est distingué, à l’exception de Montauban, par un vote important en faveur de Le Pen. On a coutume de dire que ce département n’a pas d’image. Il en a trouvé une ! Pas la meilleure hélas ! Mais quelle colère a donc piquée les Montjoviens ? Auraient-ils confondus Marine et marines que peint C. Eurgal, l’artiste maire de la commune ?

Le parti d’en sourire n’interdit pas de chercher à comprendre, le sens et surtout les motivations de ce vote. Montjoi, c’était d’abord dans le haut Moyen-âge un tas de cailloux, un toponyme désignant un site particulier près d’une voie commerciale. En guise de tas de cailloux, les touristes qui aujourd’hui poussent jusque là découvrent une bastide magnifiquement restaurée, bénéficiant d’un point de vue à 360°. Ici tout est calme, reposé, comme plongé dans cette torpeur satisfaite qui suit des agapes un peu trop arrosées. Ici l’argent coule à flot. La mairie vient de construire un gite communal qui ferait pâlir d’envie bien des clubs de vacances. Ici la mairie s’offre une deuxième salle des fêtes, pour la bagatelle d’un million d’euros, ce qui rapporté à la population représente un investissement assez monstrueux.

Montjoi peut en effet compter sur sa bonne étoile. J.M Baylet, le ci-devant ministre qui siège au Conseil municipal lui octroie sans faiblir la manne de la Communauté de communes des deux Rives qu’il préside. La région, le Département et bien sûr l’Etat apportent le reste. Les Montjoviens, de riches retraités et des agriculteurs à leur aise, échappaient il y a peu aux impôts locaux. Une situation tellement exorbitante que le Préfet du département a dû y mettre bon ordre, afin de rétablir l’égalité républicaine. On imagine la souffrance !

Comment comprendre que dans ce monde de carte postale, se développe quelque chose qui ressemble au syndrome de l’assiégé ? Comme si de fantomatiques menaces rodaient sur le chemin de ronde de la Bastide. Dès lors, tout nouveau venu est un étranger qui dérange et vient semer le trouble dans la petite communauté repliée derrière ses murs. Image frappante de cette France frileuse qui voudrait rétablir les frontières, construire des barrières pour mettre à l’abri une prospérité qu’elle ne veut pas partager. Pour vivre heureux, vivons enfermés !

Probablement que ces considérations rapides n’épuisent pas totalement le sujet. Ce cas d’espèce mériterait une étude plus poussée, le secours d’un sociologue peut-être pour débusquer les raisons profondes de ce vote, pour lever le mystère de Montjoi.

 

Nota bene :

Montjoi mérite cependant le détour. Tout comme ces lieux : « Art27 galerie » qui propose aux amateurs les œuvres d’artistes reconnus, « La Grange de Truffes » une brocante extraordinaire, ou encore, « Les Bleus d’Occitanie » où l’on travaille le pastel.

 

 

 

 

Cap sur les législatives

Voilà des mois que je disais à qui voulait l’entendre que Macron pourrait créer une surprise. Voilà des mois, qu’avec quelques volontaires, comme il y en a eu des milliers en France, des volontaires qui étaient pour certains des téméraires tant il est difficile dans ce pays de regarder au delà de sa tribu, nous avons sur les marchés, dans les quartiers tenté de convaincre. Probablement que notre engagement militant a permis pour sa modeste part cette victoire. Le reste, tout le reste était l’affaire du candidat, devenu ce 7 mai Président de la République. Nous pouvons être heureux de cette victoire, nette et sans bavure. Je suis fier d’y avoir un tout petit peu contribué. Mais il faut une fois encore souligner le travail, la générosité de nos équipes qui se sont mises « En Marche! », dans une joyeuse et ardente spontanéité. Salut à vous!

Macron Président depuis quelques heures et déjà s’ouvre la séquence des législatives. Ici en Tarn et Garonne, nous sommes dans un épais brouillard qu’il est urgent de dissiper. Sur les deux circonscriptions, plusieurs candidats à l’investiture Macron se sont manifestés. P Mardegan, UDI, espère toujours obtenir le feu vert pour la première. On m’accordera qu’en guise de renouvellement, on peut mieux faire. D’ailleurs, cela ne surprendra pas mes camarades de gauche, je soutiens une seule candidature, celle de Valérie Rabault qui a largement fait ses preuves. Sur la deuxième, la visibilité est encore plus réduite. Le cas Sylvia Pinel revient en boucle dans les conversations. Sera-t-elle soutenu par Macron, va-t-elle jouer la carte de la majorité présidentielle et comment? J.M. Baylet qui s’est déclaré, juste avant le second tour en faveur du nouveau Président, ferait des pieds et des mains pour sauver des eaux sa protégée. « En Marche! », localement, refuse d’être une bouée de sauvetage. Il faut donc, que conformément à ses déclarations, E. Macron ose briser avec les habitudes, en finisse avec les révérences. Or, il compte dans la deuxième circonscription quelques dévoués compagnons de route, au fait de la chose publique. prêts à porter le flambeau. Les atermoiements ont assez duré

Mais revenons Moissac,  aux résultats de la Présidentielle. Le FN confirme son implantation. dans notre secteur. Il gagne à la Villedieu du Temple, fait une démonstration de force à Lizac, et surtout frôle la victoire à Castelsarrasin. Moissac a mis avec 55,5%  E Macron en tête (voir tous les résultats plus haut), mais MLP obtient un flatteur 44,5% ce qui veut dire qu’elle a bénéficié d’un bon report des voix Fillon et Dupont Aignan, phénomène accentué par les 12,9% de bulletins blancs ou nuls. Au premier tour le taux était de 2%.Tout reste à faire!

La nausée

Il a su garder son calme, il a répondu autant que possible, autant que permis, au déluge de propos insanes, orduriers que lui balançait entre deux rictus son adversaire. Il est parvenu dans cette atmosphère saturée de miasmes fascisants à expliquer son programme, à en montrer la cohérence. Il est même parvenu à s’adresser à l’ensemble de la société, classes populaires comprises. Ne boudons donc pas notre satisfaction: Emmanuel Macron a fait le job, il n’a pas plié, n’a pas abdiqué, n’a pas dérapé. Face à lui, on a vu hier soir le visage de l’extrême droite, on a lu dans ces yeux, acier trempé,  camouflés par un maquillage trop lourd, dans ce ricanement spasmodique qui s’échappait régulièrement de ces lèvres pincées, dans ce discours qui peinait parfois à tenir en laisse des pitbulls menaçants, on a vu ce que cela pourrait donner si les Le Pen, si cette clique arrivaient  demain au pouvoir.

Alors, pas d’hésitation, pas d’atermoiements, pas de « pudeurs de gazelle, le 7 mai Macron doit bénéficier d’un vote franc et massif. Il a besoin, d’un vote d’adhésion, le plus large possible, d’adhésion à son projet républicain, aux valeurs qu’il incarne. Personne n’est obligé de partager tout son programme, personne n’est sommé d’y voir la réponse ultime à tous les maux de notre société et demain, chacun dans ce pays libre et frondeur,  pourra si Macron est élu, toujours  le dire. Dès lors, ce débat, une première par bien des points dans l’histoire de la V° République, nous met devant nos responsabilités de citoyens, nous somme de prendre position. C’est facile, ça ne demande pas un courage de résistant ou d’insoumis, il suffit d’aller voter. De voter Macron.  Parce que nous devons  avoir un président bien élu, bénéficiant d’une incontestable légitimité et donc d’une capacité d’agir, en France, en Europe et dans le monde.

Mais que tous les beaux esprits, les consciences tourmentées, les révolutionnaires de comptoir ne s’y trompent pas: nous n’avons pas vécu hier soir une anecdote du temps présent, un simple épisode, ubuesque au demeurant, d’une campagne électorale. Nous avons assisté à un moment de vérité, à un exercice de dévoilement. Non le FN n’est pas un parti comme les autres, il n’est pas un acteur du champ politique républicain. Il est une menace pour nos libertés et pour l’avenir de nos enfants. Il est un danger, d’autant plus réel qu’il a réussi à faire son nid, à agréger les nostalgiques d’un ordre ancien à une partie des mécontents, des laissés pour compte de notre société. Comparer Le Pen et Macron, y voir « la peste et le choléra » dans un raccourci imbécile qui n’a même pas l’excuse de l’ignorance, est à proprement parler criminel. C’est bien pourquoi, il faut dire le 7 mai que nous ne voulons pas de cette clique fascistoïde, qui une fois au pouvoir, trahirait immanquablement ceux qui les auraient élus. A preuve, ce moment du débat, quand à bout d’arguments sur la sortie de l’Euro, M. Le Pen déclare que le peuple n’a pas à savoir comment ça se passera. Terrible aveu! Sur son incompétence et sur son projet politique! Hier soir, j’avais la nausée!

 

 

Marché de campagne

Petit soleil, gentil marché en cette veille de premier mai. Si samedi, les militants de tous bords, en tenaient le haut des allées, nous étions bien seuls, et fiers de l’être, ce dimanche, à distribuer quelques mesures emblématiques du programme de Macron. A une semaine du tour décisif, il faut en effet mobiliser, tout faire pour que le FN et ses alliés soient battus. Soient largement battus, car même défaite dans les urnes, l’extrême droite pourrait être un vrai problème pour la suite. Pour l’image de ce pays bien sûr, pour les législatives ensuite qui pourraient lui être favorables en cas de forte dynamique à la présidentielle. Pour rassembler la France enfin et la mettre dans le sens du progrès.

De marché en marché, on sent cependant monter la lassitude, une sorte de fatigue démocratique qui s’empare des électeurs. En cause l’exceptionnelle longueur de la séquence électorale avec les primaires de la droite et de la gauche qui ont déboulonné les favoris pour mettre en selle des outsiders, Fillon, Hamon,  qui ne sont jamais parvenus à fédérer leur propre camp. Dans le même temps montaient les populismes promettant chacun à leur manière le « grand soir », la mort du « système » et autres billevesées confirmées déjà par les corrections de trajectoire opérées par un FN même pas élu. Les affaires du candidat Fillon  qui n’en a pas fini maintenant avec la justice ont semé le trouble, ternissant un peu plus la réputation des politiques, semant in fine désillusions et rancoeurs dont témoignent moult réactions sur le marché.

Car il faut bien le dire, les électeurs sont partagés, non pas en deux mais en trois, ou quatre groupes à géométrie variable. Il y a ceux qui n’iront pas voter, car ils ne s’estiment pas représentés par l’affiche du second tour. Il y  a ceux qui mettront un bulletin blanc ou nul, histoire de manifester leur mécontentement. Et puis, il y a ceux qui voteront Le Pen, sans états d’âmes, fiers de cette transgression, séduits par le discours attrape-tout de la candidate. Et il y a ceux qui vont voter Macron, qui le disent avec parfois un regret dans la voix, voire même un soupir: « Comment faire autrement? ». Mais on ne rencontre pas sur les marchés de cette fin  avril l’enthousiasme, la détermination d’avant. A l’évidence, les interrogations sont plus nombreuses que les certitudes et au sortir de cette fréquentation, on imagine le casse-tête dans l’isoloir, la main qui tremble avant de laisser tomber le bulletin dans l’urne.

Autre signe qui ne trompe pas et qui vaut bien sondage, au moins pour ce qui concerne nos territoires, les refus d’engager la conversation, de saisir tout simplement le tract tendu. On sent chez nombre électeurs, une sorte de défiance à l’égard du candidat, de ce qu’il représente. C’est dans ce face face que se mesure la fracture sociale sur laquelle certains jettent au passage des mots:  « c’est le candidat des riches »! D’ici le deuxième tour, il faudra à E Macron beaucoup de pédagogie mais surtout des propos simples et clairs pour les en dissuader. Mission presque impossible.

Au premier tour, les Insoumis ont fait une remarquable percée dans la circonscription. Le FN a confirmé son implantation. Il rêve du siège de député, que Sylvia Pinel, la sortante, aura bien du mal à conserver. Initialement candidate sous les couleurs PS-PRG, elle se fait ces derniers temps discrète, prend grand soin de ne pas s’afficher, gomme même son parrainage socialiste. Il est vrai, on ne prête qu’aux riches, que de Moissac à Castelsarrasin, tout le monde est persuadé qu’elle négocie un accord avec « En Marche ». JM Baylet serait depuis longtemps déjà à la manoeuvre. Les radicaux valoisiens, qui en pincent maintenant pour Macron, parlent à mots couverts de la création d’un grand parti radical et localement seraient prêts à donner un coup de main à la députée sortante . Mais d’autres qui gravitent aussi dans la galaxie macroniste, rêvent de l’occasion pour déboulonner Sylvia Pinel et réduire encore un peu plus l’influence de JM Baylet sur le département.

Paris, la direction « d’En Marche! » ne laisse pour l’heure rien filtrer de ses choix. Sur la deuxième circonscription comme sur la première, où Pierre Mardegan, UDI,  s’est déjà lancé dans la bataille, faisant par avance allégeance à Macron. Le patron du SAMU 82 manifeste un gros appétit politique, espérant, dans la foulée de la présidentielle, ravir le siège à Valérie Rabault. Certes, les socialistes sortent mal en point de cette présidentielle, mais la députée sortante a bien des arguments à faire valoir. Son travail à l’Assemblée nationale où rapporteuse du budget, elle a su imposer sa griffe. Dans le département ensuite, dans sa circonscription où elle a fait montre d’un capacité d’écoute et d’un investissement jamais démentis. Bref socialistes, et au delà tous les progressistes avons déjà notre candidate! C’est toujours ça de fait!

A propos « des pudeurs de gazelles »

Il faut voter! Voter  Macron le 7 mai prochain. N’ayons pas « des pudeurs de gazelles » !  J. Luc Mélenchon à qui l’on doit cette expression, ne croyait pas si bien dire, lui qui a visiblement eu tant de mal à admettre les résultats du premier tour se refusant, un comble, de choisir entre Macron et Le Pen pour s’en remettre à la décision de son mouvement. Il a de fait définitivement enterré le Front républicain assisté dans cette tâche de croque-mort par une partie non négligeable des dirigeants de la droite bien pensante. Ce n’est hélas pas nouveau, le « ni-ni » c’était déjà la position de Sarkozy. LR et les Insoumis ont cela en commun qu’ils ont du mal à digérer leur défaite. La rancoeur est mauvaise conseillère. Ces politiques, qui ne sont plus responsables que de nom sont en train de faire le choix du « je m’en lave les mains ». La droite nous avait déjà habitué à ce cynisme. C’est nouveau à gauche.

Il est vrai qu’à droite,  nombre d’ électeurs  n’ont plus beaucoup d’états d’âmes. Faute de pouvoir faire élire leur champion, ils se déclarent prêts à voter FN, ce cousin germain avec lequel on ne craint plus de faire famille. Si ce choix est révélateur d’une certaine parenté idéologique,  peut-être exprime-t-il  aussi, une sorte de désir de punir,  de se venger: « puisque c’est comme ça, ils vont bien voir, ils l’ont bien cherché… » Ce « ils » étant tous les autres , tous ceux qui n’ont pas donné leur voix à F Fillon. La déclaration récente de « Sens commun », qui fut dans sa campagne sa phalange militante, ne dit pas autre chose. Décomplexée, une partie de la droite dite républicaine, est prête à franchir le Rubicon, estimant que le FN est un parti politique comme les autres, qu’elle ne classe même plus à l’extrême droite, qui ferait partie du paysage, du cercle républicain.  Que de chemin parcouru depuis 2002, quand Jacques Chirac, à qui il faut rendre cette justice, avait interdit toute compromission avec le FN!

A gauche, bien sûr, le FN apparait toujours comme un danger, menaçant le pacte républicain, notamment dans le domaine de la fraternité. Le parti socialiste, le parti communiste, les Radicaux ont été et restent très clairs sur la question. Leur appel à voter Macron ne vaut pas « blanc-seing » comme dit la place du Colonel Fabien, mais il a le mérite de ne pas se tromper de cible. Raphaël Glucksmann en rajoute une couche: « on n’est peut-être pas d’accord avec Macron, mais au moins on pourra toujours le dire ». Plus problématique apparait le positionnement des Insoumis. Certes, il convient d’attendre le résultat de la consultation voulue par Jean Luc Mélenchon, mais les remontées de terrain, les débats qui agitent la place publique, montrent que le mouvement est profondément divisé. Il y a ceux qui pour dire non au FN, iront voter Macron, quitte à devoir se pincer le nez. Il y a ceux qui arguant d’un résultat annoncé par les sondages, resteront bien au chaud de l’abstention. Et puis il y a ceux qui voteront Le Pen, minoritaires certainement, mais assez nombreux pour redonner corps à ce vote « révolutionnaire », qui pour « réveiller le peuple » est prêt à lui faire vivre le pire. Le pire, père de la révolte en quelque sorte!

L’idéologie, comme les religions peuvent devenir des armes de destruction massive. A coup sûr, elles court circuitent, à trop forte dose, l’intelligence des citoyens. Le 7 mai, le choix est simple, le choix est limpide. Nous avons le choix, nous avons encore le choix entre deux France. Celle d’un populisme xénophobe, étriqué, mensonger. qui conduira le pays dans le mur, trahissant aussi vite les classes populaires qui lui font confiance. Tous les fascismes, tous les populismes ont fait ainsi. Et puis la France, la France républicaine, généreuse, ouverte sur le monde, qui veut construire un avenir pour ses enfants. N’ayons pas de pudeurs de gazelles, votons résolument, fièrement pour Emmanuel Macron. Pas une voix ne doit lui manquer. Notre pays a besoin d’un président bien élu.