Le temps de l’Escale

Le lieu est discret, derrière la voie ferrée. Ce sont les anciens abattoirs de Moissac. Dans ces bâtiments dont l’architecture témoigne encore de leur première activité est installée depuis 1995 l’association Escale confluences. Ici on accueille les grandes et petites misères de la vie. Pour une boisson chaude, un repas, une nuit, des longs séjours. Les bâtisses ont résisté au temps, rénovées par petits bouts, comme autant de pansements pour les rendre habitables. Depuis quelques mois, ça bouge à Escale. Sa nouvelle présidente, Séverine Laurent, a ouvert de multiples chantiers : le management, les structures, le financement au travers par exemple de nombreux partenariats locaux. En redéfinissant les missions de l’association, la présidente cherche à mettre fin à certaines dérives et à donner plus de cohérence aux activités d’Escale. Les salariés sont pleinement impliqués dans cette recherche d’efficacité, ils sont secondés maintenant par de très nombreux bénévoles. Ils disposent de bureaux flambant neufs.

Inauguration des bureaux Raymond Py qui fut premier Président de l’association Moissac Solidarité. Il fut aussi le premier médecin à assurer des consultations médicales gratuites à l’accueil de jour, il y a presque 30 ans.  Dans son discours plein d’émotion, il a relaté cette aventure pionnière et tellement humaniste.

Les bureaux ont été construits par la petite communauté d’Escale Confluences, plus des deux tiers des 42 personnes engagées pour ce chantier solidaire étant des bénévoles bénéficiaires volontaires. « Après l’autorisation de travaux accordée par la mairie pour rénover ce bâtiment qui appartient à la municipalité, nous avons sollicité des organisations qui nous ont appuyé spontanément : l’association Epice 82 avec les jeunes travailleurs du programme Tapaj, les entreprises Lamarénie et Fils, Thierry Serre Electricité Générale, Weldom Moissac, mais aussi BSI 82 ou l’Ebénisterie de Saint Nicolas de la Grave… explique à l’auditoire Séverine Laurent. Chacun s’est engagé pour offrir quelques heures de travail, des dons, des prêts d’équipements ou de matériaux de chantier. Chef de travaux Roger Tornambé qui, à l’occasion, s’est mué en formateur. 

Quelques repères

Escale Confluences enregistre plus de 11000 passages par an. En centre-ville, au Sarlac ou à Castelsarrasin les hébergements d’Urgence accueillent plus de 300 résidents. Plusieurs jeunes femmes qui travaillent, à temps partiel chez des commerçants ou des associations du territoire. D’autres suivent une formation. Des familles avec enfant et des jeunes hommes, parfois de moins de 21 ans. Escale héberge et domicilie également des travailleurs saisonniers et leur famille, en pleine force de l’âge. « Et ceci, même si nous pensons que, pour accueillir les 25.000 travailleurs saisonniers dont ont besoin les agriculteurs Tarn-et-Garonnais chaque année, des foyers de travailleurs seraient nettement plus dignes et mieux adaptés » fait remarquer la présidente. D’autres personnes sont hébergées dans ces lieux : « plus marginales qui ne trouvent pas leur place dans la société, qui traînent des addictions destructrices et dans un registre différent des réfugiés fuyant la guerre, victimes de sérieux traumatismes, de réseaux mafieux… Ces engagements font partie de l’héritage d’Escale Confluences, ils ont été impulsés dès 1995 sous le mandat de Jean-Paul Nunzi par un petit groupe de militants décidés et engagés. Citons Colette Cavailé ancienne directrice du CCAS de Moissac, Catherine Albert-Jean qui fut la première secrétaire de l’association ou encore Colette Coladon qui en fut la première trésorière »

Des projets, une ambition

Séverine Laurent ne manque ni de projet, ni d’ambition pour Escale Confluences. Elle a la fibre sociale, elle aime les gens, ça se voit et ça transpire dans toutes ses initiatives. « Dès l’aube de notre mandat, fin 2023, nous avons pris langue avec les services de la Préfecture du Tarn-et-Garonne, avec la DDETSPP, et avec la Mairie de Moissac. Nous avions deux objectifs majeurs en tête : l’adaptation de nos services aux réalités du territoire et le déménagement du Centre d’Hébergement d’Urgence. Escale Confluences doit absolument déménager des immeubles du quartier du Sarlac. 

Se posait alors une autre question cruciale : comment financer un tel projet ? En transformant nos services, nous pouvons accéder au Plan Humanisation. Ce plan national piloté par l’ANAH vise à améliorer les conditions d’accueil et d’hébergement via une subvention qui peut atteindre plus d’un million d’Euros pour la rénovation des bâtiments. Il ne nous manque que l’autorisation municipale pour transformer ces bâtis et libérer le Sarlac. Nous discutons avec la mairie de la transformation du bail temporaire en bail emphytéotique »

Le maire de Moissac, s’est à son tour exprimé sur cette question. Pas d’opposition de principe, mais deux préalables cependant. Romain Lopez demande au Conseil départemental de mieux répartir l’effort d’accueil entre toutes les communes du secteur. Il ne veut pas que la ville concentre toutes les misères. Il s’est inquiété par ailleurs de la multiplication des problèmes entre les résidents et les forces de l’ordre. Le Sous-Préfet, Pierre Bressolles lui a fort justement fait remarquer qu’il ne fallait pas mettre « au débit de l’association » ce type de difficultés. L’Etat soutient en effet la démarche d’Escale Confluences, tout comme la Région Occitanie qui par la voix de Marie Castro a redit son intérêt pour le projet d’insertion sociale et professionnelle. « Aujourd’hui nous proposons principalement de l’hébergement d’urgence a expliqué la présidente. Avec les services de l’Etat et de la mairie nous travaillons pour proposer de l’hébergement et des services de Réinsertion sociale. En plus de cette adaptation nécessaire, nous souhaitons transformer 24 autres places du dispositif de stabilisation en places d’hébergement et de réinsertion sociale » Le Département, représenté par Anne Lus, a fait remarquer qu’il demeurait un des gros contributeurs de l’association.

Escales Confluences, on l’a compris, a réussi à mettre autour de la table des partenaires institutionnels et privés partenaires historiques et technico-financiers que Séverine Laurent n’a pas manqué de remercier : « la Préfecture et le Conseil Départemental du Tarn-et-Garonne, la Région Occitanie et à la Communauté de Communes Terres des Confluences, la Mairie de Moissac qui est notre principal bailleur. Nous remercions également toutes les entreprises qui ont rejoint notre cause ces derniers mois, Lamarénie et Fils, Thierry Serre Electricité Générale, Quercy Confort, Weldom Moissac, BSI 82, Cancel fruits, Intermarché la Mégère, Leclerc Castelsarrasin, Peugeot Macard, Le Pot à l’envers, Boyer et l’ébénisterie de Saint Nicolas de la Grave. Merci, spécialement à la boulangerie Oh Petits Blés qui nous offre chaque jour le pain quotidien pour une trentaine de personnes sans domicile fixe. Enfin, nous remercions les associations, elles sont presque au nombre d’une trentaine… »

Aux pouvoirs publics, Etat, Région, Département, Mairie, de tenir leurs engagements afin qu’Escale Confluences  puisse toujours mieux répondre aux besoins du territoire.

Macron: à droite toute!

Michel Barnier, premier ministre. Au secours la droite revient disait jadis une affiche socialiste quand Mitterrand craignait une cohabitation. Voilà des semaines que le Président consultait le gotha politique, auscultait l’âme et le cœur de quelques locataires putatifs de Matignon, culbutait les certitudes de médias qui n’en pouvaient mais… Un feuilleton qui a tenu l’audience grâce à des cliffhanger bien troussés à faire pâlir n’importe quelle série grammy-awardisée. Et après ! Après avoir écarté d’une pichenette la candidate du NFP, après avoir tenté d’en décrocher le PS en lui jetant Caseneuve en pâture, Macron, avec cette volte-face « à droite toute », croit avoir trouvé l’oiseau rare, celui (il n’y avait pas de femme dans le casting élyséen) qui pourra échapper à la censure immédiate, ne pas contrarier Jupiter dont les foudres sont de plus en plus aveugles et inefficaces, et permettre au pays de redresser la barre alors que s’annonce la tempête. 

Celui qui voulait en finir avec les partis d’hier, voire d’avant-hier, s’est vu obligé de quémander leur avis, de décrypter leurs propos, surtout de ne pas les croire sur parole afin d’en saisir le sous texte ; il a même été conduit à décréter le RN, miraculeusement fréquentable au risque d’en faire l’arbitre des élégances au Palais Bourbon. Et c’est fait ! A l’issue d’une séquence qui restera comme un modèle de tambouille politique, de gigantesque partie de poker menteur, le RN tient la macronie dans ses serres, se répand maintenant en indulgences au point qu’on peut se demander s’il n’a pas obtenu la promesse d’une quelconque reconnaissance. De son côté, le PS a réussi, peut-être sans le vouloir, à conduire la macronie à assumer ce qu’elle est devenue depuis le deuxième quinquennat : un conglomérat de droite sous la férule du seul Macron, désormais flanqué des LR de Wauquiez prêchant soudain la résilience.

On revient de loin mais pour l’instant on ne va nulle part !  A force de finasseries, de postures de foire, les politiques, et Macron à leur tête, ont plongé la France dans une mélasse qui lasse et désespère, préparant à bas bruit des lendemains de colère. Il est vrai que le malentendu est général et profond. On espérait des législatives une clarification, une mise à jour des rapports de force à l’Assemblée nationale. Les électeurs en décidèrent autrement. Ils décidèrent de ne rien décider, laissant la main aux partis et au Président. On voit dans ce pays prompt à la barricade et étranger au compromis, ce que cela a donné : l’encalminage ! De quoi faire réfléchir sur l ‘éventuel retour de la proportionnelle !

Mais soyons lucides, le casting et ses péripéties n’était qu’un écran de fumée qui cache mal la question de fond : celle du programme. Un premier ministre pour quelle politique ? Il faut reconnaître au NFP cette lucidité qui d’entrée de jeu en avait mis un sur la table. Un programme immédiatement salué à droite comme au sein de la macronie par des cris d’orfraie et la promesse d’une censure immédiate. Mais que dit Barnier, que disent les professionnels de la politique, les experts économiques sur la situation de la France, sur cette dette abyssale dont on découvre jour après jour qu’on nous en a caché la profondeur ? Comment mettre plus de justice sociale, augmenter les impôts des plus riches sans risquer leur départ pour des cieux plus cléments ?  Comment préserver la classe moyenne sur laquelle repose la vitalité du pays ? Que disent-ils sur la réforme des retraites, sinon pour certains un retour à la case départ, alors que le COR (Conseil d’orientation des retraites) estime maintenant qu’elle n’atteindra pas ses objectifs et plaide pour une réforme plus ambitieuse. Comment rendre nos services publics efficaces, école et hôpital entre autres, tout en mettant fin à la politique du panier percé ? Comment améliorer les revenus des moins favorisés sans mettre en péril nos entreprises dont les défaillances se multiplient à grande vitesse ? Comment rester compétitifs quand la concurrence chinoise, et ce dans tous les secteurs, ruine jour après jour nos espoirs de réindustrialisation, sur le territoire national et en Europe ? Comment juguler une immigration de moins en moins choisie, qui bouscule notre vivre ensemble et met à mal notre laïcité, pierre angulaire de notre République ? On pourrait poursuivre la litanie, mais on aimerait qu’en ces temps incertains, quand à la question climatique s’ajoute la perspective d’une crise économique majeure, les responsables politiques en finissent avec les effets de manche et nous disent ce qu’ils vont faire et comment. Et vite !

Pourquoi bouder son plaisir

Mais où est passée Lucie Castets, la candidate NFP à Matignon, celle dont Emmanuel Macron s’obstine à ignorer jusqu’à l’existence même ? Pourtant la dame, fonctionnaire à la mairie de Paris où sa gestion des finances publiques ne s’avère guère convaincante, a tout tenté pour prendre la lumière de cet été français si singulier. On se demande encore de quel chapeau elle a bien pu sortir, même si ses multiples déclarations péremptoires trahissent des éléments de langage courants chez LFI. Elle s’est également répandue en interviews dont certaines ont révélé d’entrée de jeu une immodestie flirtant parfois avec l’outrecuidance.  A cet égard son premier passage dans la matinale de France Inter restera, pêché de jeunesse diront les mieux disposés, un modèle du genre. A coup sûr une faute de novice en politique quand la période exigerait doigté et sens du dialogue !

On l’a vu aussi en bleus de chauffe chez les Duralex, flanquée de son chaperon vert, l’ineffable Marine Tondelier et du taulier socialiste Olivier Faure, en phase de réconciliation avec les prolétaires. Les réseaux sociaux, toujours à la manœuvre l’ont, slogan à l’appui, portraituré quelques temps en première ministre. Sans vraiment remuer les foules dont l’esprit était ailleurs, enclin peut-être à faire une trêve, certainement en vacances, alors que s’ouvraient, après des mois et des mois de doute, de râles parfois fondés, d’ineptes polémiques politiciennes, les JO, Paris 2024.

Et ce fut l’éblouissement ! Avec tout d’abord cette cérémonie d’ouverture sur la Seine, transformée comme par magie en scène de toutes les audaces, de toutes les folies artistiques, convoquant au fil de l’eau l’histoire de France, exaltant les valeurs de la République, montrant à la planète entière le génie national tricolore. Sans oublier ce clin d’œil à la Grèce antique, où naquirent les Jeux avec cette bacchanale d’un moment où Philippe Katerine réincarné en Dionysos, le dieu du vin et de la nature régénérée, orchestrait un banquet foutraquement dada. Il y eut bien quelques esprits embrumés pour trouver le tableau obscène, un évêque, un imam, et un bataillon de fidèles croyant y voir une parodie de la cène, donc une offense faîte à leur foi. Certains porte-voix du RN, à l’instar de Poutine et de Trump crièrent aussi à la décadence. Bien seuls cependant au sein de leur parti soudain abonné au silence radio. 

Impossible en effet pour un parti qui se veut la voix du peuple de ne pas entendre ce dernier jubiler, s’extasier, communier sans distinction de couleur ou de fortune, pris d’une exaltation collective qui balaie tout sur son passage, tous rassemblés dans un même élan qui stupéfie les observateurs du monde entier. On ne va pas à l’encontre de pareil phénomène ! Et du coup, la réserve de la gauche, toutes tendances confondues, interroge. Certes, Socialistes et Verts ont salué la cérémonie d’ouverture, mais dans une telle économie de mots que leurs propos ont été aussitôt couverts par la furia populaire et le bruit médiatique. Depuis plus rien ou si peu. Lucie Castets, occupée à son tour de France, s’est tenue loin de l’événement, se gardant de tout commentaire, comme si se féliciter de la réussite de ces jeux, des résultats exceptionnels de nos athlètes, revenait à rendre les armes à Macron, à lui concéder la manche. C’est là qu’on mesure à quel point les politiques, entièrement occupés à leurs petites affaires, peuvent être absents au monde réel, à la vraie vie. 

Depuis longtemps une certaine gauche s’enferre dans un inquiétant dogmatisme dont il est difficile de percevoir la ligne d’horizon. Les verts n’avaient-ils pas décrété, il y a quelques mois que ces JO seraient « une catastrophe sociale et écologique ». A priori, rien de tel ne s’est passé. Et quand viendra l’heure des bilans, il faudra saluer, aussi, cette intuition géniale, ce pari un peu fou, faire de Paris et de sa banlieue, un immense et fantastique terrain de jeux, protégé par des milliers de policiers et volontaires au point de faire souffler sur la capitale un impensable air de liberté.

La gauche s’est toujours pensée comme le chevalier blanc de la culture. On eut aimé qu’elle ne cache pas sa joie devant le spectacle que nous a offert la cérémonie d’ouverture. Elle peut encore se refaire avec la cérémonie de clôture qu’on nous annonce tout aussi décoiffante.  Courage, camarades, la lutte anticapitaliste n’en souffrira pas.

Le programme, quel programme?

La classe politique nationale nous joue une tragi-comédie aussi inattendue qu’insupportable. Les élections législatives devaient clarifier la situation politique, elles l’ont rendue inextricable, mettant l’ensemble des citoyens au bord de la crise de nerf. Le RN se croyait aux portes du pouvoir. Le voilà condamné, grâce au front républicain qui a plutôt bien fonctionné au deuxième tour de scrutin, à jouer seul dans son coin, mis au piquet de la République par tous les autres. Mais tout compte fait, voulait-il vraiment Matignon au risque de s’user prématurément et de gâcher ses chances pour 2027 ? Résultat, le RN est rentré dans sa tanière. Muet sur tous les sujets, s’imposant une étrange diète médiatique ! Les Républicains qui se réjouissaient de n’avoir pas péri corps et biens dans le naufrage Ciotti, cherchent encore à se faire entendre. L. Wauquiez qu’on croyait en retraite du côté du Puy en Velay, est sorti de sa réserve pour dire l’exact contraire de ce que ses amis ont fait jusqu’à présent à l’Assemblée nationale. De quoi déboussoler un peu plus ses électeurs et ses élus ! La Macronie en est à compter ses abattis, divinement surprise d’avoir survécu à la tourmente et d’occuper à nouveau quelques travées au sein de l’hémicycle où elle peut encore prétendre jouer sa partition. Et le NFP, le nouveau front populaire ? Il y a une dizaine de jours, il affichait son autosatisfaction. Tout semblait lui sourire: les retrouvailles nocturnes, un programme ficelé en quelques jours de conclave chez les Verts et de nouveaux élus lui faisant espérer devenir maître du jeu au Palais Bourbon. Mais les ambitions personnelles et des détestations jamais éteintes ont vite lacéré le cliché. La question de l’incarnation, qui comme premier ministre, a immédiatement convoqué les vieux démons. 

Et pourtant, à gauche, on avait mis les choses dans l’ordre. D’abord le programme, tout le programme comme le clament encore les troupes de Jean Luc Mélenchon à qui revient à coup sûr l’essentiel de la paternité de cette nouvelle version de l’éphémère Programme commun, porté jadis par François Mitterrand. Le programme du NFP engage en principe ses quatre signataires dont le sort est ainsi lié. LFI s’est immédiatement proclamé gardien des tables de la loi, mettant en garde ses partenaires contre toute tentative d’incartade, tout pas de côté. Cette intransigeance exposerait rapidement le NFP, si d’aventure il s’installait à Matignon, à une motion de censure qui lui serait fatale. LFI le sait, l’attend probablement avec gourmandise, car ce moment représenterait une sorte de paroxysme de la conflictualité dont elle a fait depuis 2022 son cheval de bataille. Ainsi, ce fameux programme, qui ne résisterait pas longtemps à l’épreuve des faits, n’est pas un but, mais un moyen : hystériser un peu plus la société française et préparer 2027, le seul rendez-vous qui compte vraiment aux yeux de Mélenchon. Une position partagée d’ailleurs par le RN où Marine le Pen attend son heure, elle aussi.

De son côté, la Macronie, toutes tendances confondues, feint encore de croire à des coalitions de projets qu’elle appelle de ses vœux. Elle exhorte ceux qu’elle nomme les républicains modérés à se rendre à la raison, à faire preuve de réalisme. Elle espère ainsi retrouver une fonction charnière, conjurer le mauvais sort que lui ont fait les urnes et permettre à E Macron d’aller cahin-caha au terme de son mandat. Il y a dans ces appels réitérés quelque chose de pathétique qui raconte soit une myopie politique préoccupante, soit un détestable cynisme politicien. Car comment croire que ce qui ne fut pas possible sous les gouvernements Borne ou Attal le serait aujourd’hui. Pour que cette opération ait quelque chance de réussite, il lui faudrait autre chose que des exhortations aux valeurs dites républicaines. Il lui faudrait un programme. Un autre programme que celui mis en œuvre jusqu’à présent, susceptible de tenter les réformistes sociaux-démocrates, voire la droite républicaine la moins réactionnaire. Mais cela suppose une longue patience et un dur travail auquel personne ne souhaite, pire, ne peut s’atteler pour des raisons qui relèvent de logiques d’appareils revanchards.

Les urnes ont confirmé le mouvement qui était à l’œuvre depuis quelques temps : la résurgence de blocs hétérogènes mais fondamentalement antagonistes, sorte de retour du refoulé politique que le macronisme initial croyait avoir ébranlé. Les urnes ont aussi dit combien la société française est fragmentée, sans vision de l’avenir, sans ambition pour elle et pour l’Europe, dans une mondialisation dont elle profite et qu’elle dénonce en même temps. Elles ont dit aussi l’incapacité du pays à envisager collectivement un dessein commun. Et il est à craindre, au train où vont les choses, que cela va durer et préparer, mais je ne voudrais pas casser l’ambiance, des lendemains qui déchantent.

j’en peux plus de me taire

Pitié, Astérix avait raison, le ciel nous est tombé sur la tête. Et depuis, je déprime, j’enrage, je volte-face, je sombre, j’explose et je me sens impuissant, tellement impuissant devant le cours des choses. La rumeur publique me serine que les carottes sont cuites, que le résultat du vote est quasiment acquis tant une bonne partie de la société française s’est lepénisée. Il est vrai que, comme à Tchernobyl, la réaction s’accélère, échappe à tout contrôle, répand ses miasmes au vent mauvais. Le peuple du ressentiment, des aigreurs acides, des passions tristes se lâche sans vergogne, sans même attendre le verdict des urnes. Au point que ses chefs se croient obligés de rappeler à l’ordre les plus hardis, ces impatients, ces imprudents qui en quelques punch lines sur les médias Bolloré déchirent le voile de respectabilité du parti, au risque de compromettre une victoire annoncée.

Mais comment en est-on arrivé là ? Pourquoi est-on tombé si bas, si vite ? Renvoyons cette immense et complexe question à plus tard, quand nous aurons le temps, quand nous pourrons y réfléchir sereinement, avec intelligence. Car ni les débats électoraux, ni les péripéties de cette courte campagne, ne le permettent. On fera le procès de la période, il nous faudra bien, le jour d’après le vote, travailler à comprendre, humblement, sans anathèmes inutiles, pourquoi la gauche, les démocrates, les républicains, n’ont pas su endiguer la vague brune, gagnante ou pas le 7 juillet. Qu’est ce qui a foiré dans nos choix, dans nos pratiques politiques ?

Mais pour l’heure, il faut que la classe politique, les responsables des formations démocratiques, de gauche bien sûr, mais aussi de droite et du centre cessent avec leurs postures mortifères, mettent en sourdine leurs querelles de cours de récréation. De grâce, ne nous abimons pas dans les calculs cyniques. Un seul objectif : battre le RN, l’empêcher d’accéder au pouvoir. Et dès lors peu importe, comme disait Deng Xiaoping, architecte du réveil de la Chine, qu’un chat soit blanc ou noir pour peu qu’il attrape les souris ! 

Je sais qu’il y a un peu partout des comptes à régler, des espoirs à construire, des attentes à satisfaire. Il ne s’agit pas d’être naïf. Mais quand la maison brûle, on se moque bien de la couleur du camion des pompiers, comme du nom de l’architecte qui la rebâtira. Chaque circonscription de France, dimanche, connaîtra sa bataille, décisive pour le sort du pays. Alors, choisissons, là où nous sommes, le ou la meilleure pour l’emporter, pour empêcher le RN de rafler la mise. Et au second tour, pas d’hésitations ou de pudeurs opportunes : désistement, désistement pour le candidat capable de réunir le plus de suffrages! Ceci n’est pas un mot d’ordre, mais un appel à l’intelligence des électeurs progressistes et démocrates.