Grand et faux débat

Haro sur les fonctionnaires. Haro sur les baudets! Et pour faire bonne mesure, haro sur les élus, députés, sénateurs ! Si l’on en croit les tribunes sur les ronds points, les cahiers de doléances, les débats publics de ces dernières semaines, il est de la première urgence d’en finir avec les privilèges de la caste républicaine, de lui faire rendre gorge dans une sorte de remake de la fameuse nuit du 4 aout. Notre haute fonction publique, dont on oublie qu’elle fut créée à la Libération, pour reconstruire l’administration française a probablement de grands torts, en premier lieu de constituer une élite intellectuelle, bénéficiant de surcroît de la garantie de l’emploi. Nos élus, qui eux (elles) n’ont ni statut ni assurance de pouvoir renouveler leur mandat, sont accusés de bien des turpitudes, et d’abord de s’enrichir sur le dos des pauvres contribuables. Il y a probablement un peu de vrai dans ces procès où l’on n’entend que les procureurs. Il y a certainement beaucoup de mauvaise foi, comme si faute de pouvoir abattre la « gueuse », la République, il fallait livrer à la vindicte populaire ses fidèles serviteurs ainsi que celles et ceux qui l’incarnent.

Réduire les parlementaires de moitié, supprimer les privilèges accordés aux anciens présidents de la République et à leur famille, expédier les énarques dans les campagnes comme le fit Mao avec les intellectuels chinois pendant la révolution culturelle, ne fera pas gagner grand-chose au budget de la France. La dette restera intacte, les prélèvements obligatoires plomberont toujours autant les fins de mois de nombre de nos concitoyens, et les inégalités demeureront toujours aussi criantes. Certes, dans le premier mois de grand débat on a beaucoup parlé ISF, plus symbole qu’outil de redistribution. La France qui a consenti à s’exprimer s’agite beaucoup autour des impôts, exhorte le pouvoir à plus d’économies, mais réclame dans le même temps plus d’hôpitaux, d’écoles, de transports publics… O tempora, o mores ! Mais cette France, que les inégalités énervent, ne dit pas grand-chose sur les revenus, sur les pactoles -il ne s’agit plus de salaires-  perçus par les athlètes du 4/40, du sport business, ou de la société du spectacle. Elle ne dit presque rien sur l’emploi, versus chômage, qui naguère taraudait tous les esprits. [i]Etrange retournement, qu’il faut peut-être apprécier au regard des difficultés que nombre de secteurs économiques éprouvent à trouver aujourd’hui de la main d’œuvre qualifiée.

Baisser les impôts, qui serait contre ? C’est la réponse que la droite de gouvernement, soudain très loquace, propose. Réponse un brin simpliste qui évite de questionner notre système social, notre système fiscal et notre organisation administrative. Car tout se tient, et si le gouvernement n’aura pas d’autre choix que de faire payer un peu plus les riches comme on dit chez les Insoumis, il devra aussi, en même temps, augmenter les salaires, et revoir ce millefeuille administratif, cher et peu efficace. Car l’impôt n’est pas que d’état. Il y a les impôts locaux, les taxes, d’aménagement, de collectes diverses, qu’au bénéfice de telle ou telle collectivité, chacun peut être amené à payer.Qui en parle ? Personne ou presque !

La séquence « Grand Débat » est maintenant refermée. On veut croire que le Président de la République, parviendra à en faire son miel pour opérer en douceur une correction de trajectoire, « sans reniement, ni entêtements »

 

Re-voilà le chirurgien!

Nouveau rebondissement dans l’histoire du chirurgien de l’hôpital. Parti pour Pezenas où une clinique privée lui promettait le graal, François Belair serait de retour à Moissac. Il doit même être présenté ce jeudi à l’ensemble du corps médical et à la CME (Commission médicale d’établissement) qui pour l’occasion sera presque au grand complet. Dans le cadre du GHT (le groupement hospitalier de territoire), le chirurgien se verra proposé un poste à plein temps, à cheval sur Moissac et sur Montauban. Est-ce enfin l’épilogue – heureux- d’une histoire bien mal ficelée ? lire ici (1) et (2) les articles précédents.

Il faut l’espérer ! Ce retournement de situation, cette volte-face de l’intéressé est en fait le résultat de la mobilisation rapide et pour le coup réussie des personnels soignants, des médecins, des élus et du comité de défense de l’hôpital. Tous ont fait connaître leur incompréhension, manifesté leur colère, et dénoncé la gestion de ce dossier par la direction. Ce coup de menton collectif a porté. L’ARS (l’Agence régionale de santé) a même confirmé le maintien de la chirurgie à Moissac pour les trois années à venir. C’est bien! Mais cela ne vaut pas engagement pour le plus long terme, alors que la réforme Buzin prend corps et prévoit dans les territoires des hôpitaux de proximité sans chirurgie autre qu’ambulatoire. II faudra donc, et c’était la réaction du Comité de défense, rester vigilants et mobilisés. Toute vacance de poste, singulièrement à Moissac, peut fournir un prétexte à l’ARS, les difficultés de recrutement faisant le reste.

On ne le sait que trop, un hôpital est un corps vivant et solidaire, avec des arrivées, mais aussi des départs. Son bon fonctionnement nécessite du personnel compétent -c’est le cas à Moissac- et suffisamment nombreux pour garantir la sécurité des patients et la sérénité des soignants. Les regards se tournent déjà vers l’anesthésie, insuffisamment pourvue : il y faudrait 3 médecins la semaine et un infirmier par salle, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Nouveau dossier à suivre!

Le docteur Belair va bientôt découvrir ce qui l’attend à Montauban. Pour cette prise de contact, avec une institution réticente à jouer le jeu, il sera accompagné, histoire de montrer que Moissac n’a pas l’intention de s’en laisser compter. Alors le chirurgien pourra retrouver le sourire, lui qui a fait forte impression sur les équipes médicales moissagaises. Une syndicaliste m’a même confié qu’à peine arrivé à Pézénas, le bon docteur avait dû déchanter, rêvant peut-être d’un retour prochain sur les berges du Tarn.  Qui a dit qu’il ne faut pas rêver ?

Golfech tire des plans sur l’avenir

La centrale nucléaire de Golfech a encore de beaux jours devant elle. Par l’intermédiaire de la SAFER (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural), elle cherche à acquérir autour de ses emprises actuelles des dizaines d’hectares de terrain. Une première réunion d’information avec la population de Golfech a eu lieu en septembre dernier. La communauté de communes des Deux Rives doit début avril faire un point sur les procédures en cours. Il semble que l’offre d’achat d’EDF concernerait essentiellement un propriétaire dont les terres jouxtent la centrale.

Dès lors, on entend de loin la rumeur qui va bon train sur les bords de Garonne : « il va y avoir une troisième cheminée », traduisez un troisième réacteur sur ce site qui en compte deux de 1300 MW, d’autres parlent d’un site de stockage et j’en passe de plus farfelues. Il est vrai que tout ce qui touche au nucléaire est sensible, tout en aiguisant les appétits. Le projet Golfech avait soulevé de nombreuses oppositions, y compris au sein de la population locale. Mais, la Centrale fait depuis sa mise en service en 1994, le bonheur d’un territoire exposé à de juteuses retombées … financières.

Comme à son habitude EDF reste discrète sur sa démarche, déléguée à un organisme bien connu dans le monde agricole, et sur ses intentions industrielles, se retranchant derrière la loi de programmation de l’énergie (PPE) présentée en novembre 2018. « Nous suivons les orientations que nous donne notre actionnaire » explique un des responsables de la Centrale qui admet cependant qu’un industriel comme EDF est obligé de se projeter sur l’avenir. En fait, toutes les options semblent sur la table. Par exemple le grand carénage. C’est une très lourde opération, dont le principe a été posé en 2008, qui consiste à arrêter la production et à changer les gros composants, comme les turbines, les générateurs de vapeur, ou les transformateurs. Seules les cuves, trop radioactives, ne sont pas touchées. Ce grand mécano vise à prolonger la vie de certaines centrales. Prévues pour fonctionner une quarantaine d’année, elles peuvent ainsi, au prix de vérifications drastiques de l’ASN l’Autorité de sureté nucléaire, gagner 10 à 20 ans de vie. Ces opérations pour lesquelles une enveloppe nationale de quelque 55 milliards a été dégagée jusqu’en 2025 ont besoin d’espace, donc de terrains.

Mais pour ce qui concerne Golfech, le service de presse d’EDF reste évasif. Pour produire de l’électricité décarbonnée, plusieurs solutions sont possibles. Il y a bien sûr le photovoltaïque, l’option choisie par la Centrale du Blayais en Gironde. Il peut aussi y avoir l’option nucléaire, avec l’installation d’un EPR « adapté ». Carénage, EPR, photovoltaïque, toutes les hypothèses sont soumises à l’acquisition des terrains, puis aux procédures de consultation, qui, on le sait, sont longues et contradictoires. On parle donc là d’objectifs industriels de moyen terme. De quoi rassurer Golfech et son territoire sur l’avenir et peut-être réveiller quelques velléités contestataires.

Temps mauvais

Ce matin, je me suis réveillé avec l’humeur chagrine. Les giboulées de Mars n’y était pourtant pas pour grand-chose. Les images de la journée d’hier à Paris revenaient en boucle comme une lancinante interrogation : où allons-nous ? Où va la France à ce train-là ? Que veulent donc ces gilets jaunes, ces cagoulés de noir devenus samedis après samedis des professionnels de la casse et du pillage ? Ils ne veulent, c’est à craindre, plus rien de négociable, sinon la mise à mal de nos institutions, éventuellement la tête de Macron, voire pour les plus idéologisés d’entre eux, la disparition de la République. Juste avant mai 68, Pierre Viansson Ponté, écrivait dans le Monde « la France s’ennuie ». Aujourd’hui la France se tait. La majorité des gens de ce pays se tait, tourne la tête pour ne pas voir ce déferlement de haine, d’incommensurable bêtise (et là je me rends compte que je fais injure à nos amis les animaux). Sauf à consentir collectivement à un funeste destin, nous n’avons pas le droit de laisser faire, de justifier cette barbarie moderne par de délirantes explications, sur la violence d’état, l’arrogance des élites, la misère sociale et que sais-je encore.

On attend toujours, et on risque d’attendre longtemps, une condamnation ferme et massive de cette guérilla urbaine par les gilets jaunes. On aurait pu espérer un brin de lucidité et de courage des partis politiques : mais voilà la gauche aphone, perdues dans ses jeux de petites tactiques et la droite, vieille dame indigne, pressée de régler son compte au Président. Le reste de la société française, les braves gens, sont à l’unisson, terrés dans leur bulle domestique, sidérés pour beaucoup devant leurs écrans de télévisions. Réveillons-nous !

Il est depuis quelques temps de bon aloi, jusqu’au Défenseur des droits lui-même, de dénoncer « les violences policières ». Reconnaissons tout d’abord que depuis le début de cette crise la police n’a aucun mort à se reprocher. Et quand on mesure l’intensité des affrontements, ce n’est pas rien ! il est vrai que les forces de l’ordre ne lésinent pas sur les moyens. Pour tenter de contenir la furia destructrice. D’éviter le pire. Mais répétons-le, en France le droit de manifester, pacifiquement, n’est pas remis en cause. Et c’est heureux ! Dans ce domaine, comme dans d’autres, réseaux sociaux et même médias, ont imposé une lecture totalement biaisée de la réalité, faisant des policiers des coupables et des casseurs des victimes. Signe des temps !

Je ne parlerai pas des élites, qu’on confond trop volontiers avec les élus, que certains voudraient voir, un RIC aidant, en bourgeois de Calais, repentance clouée au flanc et corde au cou. Mais la misère monsieur ? Comment la nier ? Comment ne pas voir que trop de nos concitoyens ne disposent pas du « Pouvoir de vivre » comme le dit la CFDT. Sont concernés bien sûr les exclus du système, les cabossés de la vie, les travailleurs pauvres, intermittents mais aussi CDI payés au SMIC ou à peine plus. Pourtant notre pays dispose de parapluies sociaux que nombre de nos voisins nous envient. Mais si les aides pour les plus démunis sont bien réelles, il faut parfois savoir trouver le bon guichet.  Notre société s’est complexifiée à mesure que les inégalités se creusaient. Et les pauvres ne sont pas égaux devant la pauvreté. C’est dire si la tâche est complexe. Maintenant que s’achève le Grand débat, alors que les 10 milliards d’euros concédés par le pouvoir fin 2018, sont déjà oubliés, le gouvernement va devoir, au-delà des mesures sonnantes et trébuchantes, se faire violence et sacrifier aux décisions symboliques. Pour autant, il ne sera pas quitte et il serait bien avisé de donner suite aux propositions de la CFDT. La question climatique a ceci de particulier qu’elle porte la question sociale comme la nuée l’orage.

 

Les 7 chantiers de la Com-Com

Le conseil a été plié en un peu plus d’une heure et demi. Presque un record ! De mémoire de conseiller, il y a longtemps qu’on n’avait pas vu ça : des votes, tous favorables qui s’enchaînent sans le moindre débat, sans la moindre question ! Dans la salle immense et un brin frisquette de l’espace Confluences de Moissac, les chaises vides parlent pour les présents. Morne plaine ! Et pourtant, au menu de cette soirée, il y avait le DOB, le débat d’orientation budgétaire. Mais de débat, il n’y eut pas !

Difficile en effet de s’écharper sur un document semblable, à quelques virgules près, aux précédents. Depuis le début, en 2014, la Com-Com a listé ses investissements pluriannuels. Et depuis le début elle n’a pas bougé d’un iota : la maison de santé de Saint Nicolas, le nouveau siège, l’aménagement des zones d’activités, la cuisine centrale, la piscine dont les travaux ne débuteront qu’en 2020, le numérique. Bref rien de nouveau sous le ciel des Terres des confluences !

Bien sûr le Président Garguy a cherché en ouverture de tableau à donner un peu de lisibilité à ces orientations qui vont accoucher dans quelques semaines du budget 2019. Il a listé les sept grands chantiers de son mandat. En premier, faîtes du bruit, la création « d’un écosystème favorable aux entreprises ». Outre l’aménagement de Barrès 3 qui va coûter plus de trois millions d’euros, fortement subventionnée par la Région Occitanie, on retiendra l’installation à Moissac d’un « tiers lieux » de travail, associée à l’Ecole du Numérique. Sans oublier la création d’un observatoire économique! Que fait donc la CCI et le département?

Passons vite sur le deuxième chantier et les centres villes. Deux boutiques à l’essai à Castelsarrasin et Moissac. On a pu mesurer les effets de la précédente tentative !

Autre chantier, le tourisme et son bras armé l’OTI qui peine toujours, malgré les efforts de ses personnels, à trouver sa place dans un territoire qui lui fut pour le moins hostile.

Quatrième chapitre, les équipements… Voir plus haut ! Cinquièmement : favoriser les transports doux. Pour comprendre le comment, on connaît le pourquoi, il faudra attendre le PCAET, le Plan climat air énergie territorial. Donc pas de panique ! L’habitat fera l’objet d’une étude afin de mettre en place dès 2020 les premières actions contre la précarité énergétique et pour le maintien à domicile des personnes âgées. Enfin, septième chantier, les solidarités territoriales, avec la mise aux normes des déchetteries et la création d’un relais itinérant d’assistantes maternelles.

Pour fonctionner, la Com-Com table sur un budget proche de 14 millions d’euros, en hausse de 2%. Les dépenses de personnels représentent 21% du budget de fonctionnement, moins que la moyenne de la strate. Mais, ce poste qui compte 73 agents titulaires, plus 3 non permanents, devrait augmenter de 3,6%. En cause les transferts de compétences intervenus en début d’année et les évolutions de carrières des différents agents.

En 2019, si on en croit le DOB, les finances intercommunales bénéficient d’un bon autofinancement, d’un endettement faible, dans un environnement économique peu dynamique. Mais les budgets des zones d’aménagement, Barrès, Fleury, Borderouge  plombent toujours l’exercice. A noter enfin qu’il reste de l’argent pour les associations. L’enveloppe n’a pas été entièrement consommée.