CCAS: on démantèle

Le rapport d’orientation budgétaire (ROB) pour 2021 est clair. Le CCAS va concentrer ses moyens sur les Ainés de la commune (aide et accompagnement au domicile, interventions 7 jours sur 7 dans le cadre du maintien à domicile, développement de l’aide à la mobilité…) Ainsi la mairie qui envisage de porter sa subvention d’équilibre au CCAS à 735 000 euros (658 000 en 2020) va récupérer l’accompagnement au logement, l’accompagnement des publics les plus défavorisé, le programme de réussite éducative… En clair, il ne restera au CCAS qui emploie à ce jour 60 agents titulaires dont 18 à temps complet, guère plus que le pôle Séniors.

Officiellement, il s’agit de maîtriser les charges dans un contexte d’augmentation permanente et de déficit des principaux services à l’exception du pôle sénior dont les efforts de gestion sont soulignés dans le ROB. En fait, la mairie veut reprendre la main sur des secteurs où elle veut pouvoir imposer sa marque et où les difficultés de gestion se sont multipliées : difficultés de remplacement, absentéisme… En 2020, le CCAS a connu une grave crise sociale, suivi d’un audit qui dans le cadre des missions en place préconisait une réflexion sur la politique RH de la structure. La mairie RN en a décidé autrement. Tout en affichant sa volonté de travailler sur la formation professionnelle, la prévention des risques et la gestion prévisionnelle des emplois, elle s’attaque directement au périmètre d’action du CCAS. Elle démantèle, elle va opérer ce qu’elle appelle des transferts de compétence et la mutualisation des services, à tel point que le poste de directeur (directrice) n’aura dès lors plus de raison d’être.

Pour justifier ce changement de cap, la mairie met en avant la situation de la commune : vieillissement de la population où les plus de 60 ans sont en deux ans passés de 27 à 31% ce qui aurait généré une importante hausse des frais de fonctionnement. A noter qu’à Moissac, les plus de 75 ans représentent 18% de la population. Pas de doute, le maire met en œuvre ses choix de campagne. Il voulait donner la priorité aux séniors. En voilà une traduction concrète. Et un signal d’alarme pour le reste de la population, les jeunes en particulier,  qui ont déjà bien du mal à trouver leur place au sein de la communauté moissagaise.

Pauvres étudiants

Pour le commun des citoyens, c’est peut-être une anecdote, mais pour les étudiants résidants en Tarn et Garonne et en Lozère (mais oui, il y a des étudiants en Lozère), ce n’en est pas une. Dans ces deux départements, en l’absence du CROUS (le Centre régional des œuvres universitaires) ils n’ont toujours pas droit au repas à un euro pourtant annoncé la semaine dernière par le Président de la République. Voilà nos braves potaches condamnés à sauter à la corde devant le buffet.

Et le buffet est fermé. En l’occurrence, le restaurant administratif du département. C’est là, si l’on en croit ce qui se dit du côté de Mende et de Montauban, qu’ils auraient pu prendre leur repas. Un peu perdus dans ce maquis administratif, les jeunes ne savent pas trop vers qui se tourner et se voient en attendant une solution, condamnés à la débrouille quand les parents ne sont pas là pour subvenir à leurs besoins.

Renseignements pris, le département de Tarn et Garonne devrait dans les jours qui viennent leur proposer des paniers repas à emporter, mais faute d’information officielle, on ne sait pas encore comment l’opération sera conduite.

Que nous dit cette histoire de l’état de notre société ? Un que les collectivités ne sont pas rapides à la détente, voire qu’elles traînent les pieds devant des décisions venues d’en haut. Deux que l’administration, qu’elle soit territoriale ou d’état, manque sérieusement d’agilité, empêtrée dans des considérations bureaucratiques, quand elle ne s’ingénie pas à freiner des quatre fers. Un de mes amis, patron d’une PME me racontait il y a quelques temps, les difficultés qu’il rencontrait auprès des services préfectoraux pour obtenir les aides annoncées par le gouvernement. Au bout du fil, une voix anonyme lui répondait invariablement : « pas au courant ». Dès lors on peut comprendre que certains s’en énervent, ou que d’autres désespèrent de la chose publique !

RN: les pieds dans le tapis

Le maire de Moissac est prêt à tout pour se dédouaner de ses responsabilités. Dans un premier temps il communique pour dire qu’il ne pourra pas appliquer le protocole sanitaire dans les écoles et que du coup, il ne servira que des repas froids dans les cantines. Contrairement à ses allégations, le nouveau protocole n’impose pas deux mètres de distance entre les élèves, mais entre les groupes, entre les différentes classes. Cela fait une sacrée différence ! Quant aux repas froids, c’est de sa pure invention. 

A l’évidence, le maire de Moissac ne se préoccupe guère de la santé des enfants. Il bat campagne contre le gouvernement dont il se veut l’opposant le plus déterminé. Mais à trop vouloir en faire, il s’est pris les pieds dans le tapis. La République en Marche 82 a alerté les autorités préfectorales et, pour que nul n’en ignore, expliqué dans une note publiée ce week-end les termes du protocole sanitaire mis en place par le ministère de l’éducation nationale. Dans un communiqué de presse où il tente de noyer le poisson, le militant RN a été contraint de rétropédaler. Les règles nationales seront bien appliquées dans les cantines scolaires de la ville et les enfants auront droit à des repas normaux, avec plats chauds. C’est bien le moins !

Personne n’ignore les contraintes, voire les difficultés que ces protocoles provoquent. Mais chacun sait combien il est important pour nos enfants de poursuivre leur scolarité, d’apprendre avec leurs professeurs. On a vu les dégâts que pouvait causer la fermeture des écoles. Il faut donc contre mauvaise fortune faire bon cœur. Saluons à ce propos l’engagement du corps enseignant et des personnels municipaux qui manifestent au quotidien leur sens du devoir. C’est tout à leur honneur !

Un maire pas écolo

Le maire de Moissac ne veut pas de photovoltaïque. Il le dit franco de port sur son compte tweeter, annonçant l’arrêt du projet d’un champ de panneaux sur un terrain communal. C’est la précédente municipalité qui avait initié cette démarche que nous avions fermement soutenue et qui avait été votée par le Conseil municipal. Mais un maire, seul dans son coin, pendu à son smartphone, peut-il annuler une délibération du Conseil municipal ?  Ce dernier ne doit-il pas être consulté ? La réponse semble aller de soi ! Ce tweet révèle donc en quelle estime le maire tient sa majorité, et au-delà la démocratie locale. Voilà en tout cas un nouvel accroc, un accroc sérieux à l’image de l’édile frontiste.

Et pour que les choses soient claires, le maire en rajoute une couche : « nous refusons tout projet similaire qui dénature nos paysages et participe à l’affaiblissement de l’industrie française » Rien que ça ! « Retrouvons Moissac », c’était un slogan de campagne, c’est un choix de société, sans éoliennes, sans panneaux photovoltaïques et tant que nous y sommes, sans ces poteaux électriques qui à l’orée du XX° siècle sont venus défigurer notre belle nature moissagaise. Mais le maire n’ira pas jusque-là, conscient que ses électeurs ne le suivraient pas. Il préfère, c’est bien dans le ton de sa cheffe, dénoncer le « démantèlement » de nos centrales nucléaires qui ont le grand mérite d’être chez les autres.

Une fois de plus le RN cherche à enfumer la galerie. Propos d’ignorant ou de menteur, c’est au choix ! Si Fessenheim est en cours de fermeture, parce que trop vieille et technologiquement dépassée, la plupart des autres centrales, vont voir leur durée de vie prolongée. A titre d’exemple, plus de 300 millions d’euros seront injectés dans l ‘économie locale à l’occasion du grand carénage de Golfech, histoire de lui donner une deuxième jeunesse. Le nucléaire fait partie du mix énergétique de la France, car il demeure à ce jour la seule source d’énergie dé-carbonée et non intermittente. La France, qui est un des tout premiers spécialistes mondiaux dans le nucléaire civil, mise toujours, malgré de sérieux déboires de départ, sur les EPR, (European pressurized reactor), les réacteurs de troisième génération. Mieux, le projet ITER (Le Chemin en Latin) qui réunit 35 pays dans le centre de recherche de Cadarache, en Provence, pourrait dans quelques années nous permettre un bon technologique énorme : passer de la fission de l’atome, à la fusion nucléaire. En gros, reproduire le chaudron solaire et disposer ainsi d’une énergie inépuisable, et quasiment propre.

Pour autant, le gouvernement ne tourne pas le dos aux énergies renouvelables : vent, soleil, eau qui bénéficient de crédits de recherche considérables et d’aides à l’installation, pour les particuliers comme pour les entreprises. Objectif : protéger l’environnement et permettre à la France de conquérir sa souveraineté dans ce domaine. Encore faudrait-il que tout le monde joue le jeu et en particulier les élus locaux 

Grand corps malade

Les vieux démons de la gauche moissagaise n’ont pas rendu l’âme. L’élection confortable d’un maire RN dans cette ville qu’on se plaisait à croire radicale, a offert à un tout petit cénacle qui se veut grand par le nombre d’étiquettes qu’il revendique, le rôle dans lequel il excelle : celui de l’opposition forte en gueule, propriétaire déclarée, à l’exclusion de tous les autres courants, de l’humanisme progressiste. 

Rien de neuf me direz-vous, il y a plus d’un an, ces intransigeants ont fait capoter les tentatives de construire un rassemblement, un front contre le Front national. Aujourd’hui dans un communiqué que se partagent certains internautes moissagais, les signataires nous annoncent « l’union des forces de gauche, contre la haine et le rejet ». Pas sûr que nos concitoyens adhèrent à un slogan qui est loin d’exprimer la complexité de la situation sur ces bords du Tarn. Il suffit pour s’en convaincre de laisser traîner ses oreilles entre les étals du marché. Mais, il y a un temps pour chaque chose et fatalement le moment viendra où les yeux se dessilleront, par eux-mêmes.

Comment comprendre ce communiqué ? Comme un message aux Moissagais, le grand corps malade bouge encore ! Bonne nouvelle ! Il entend aussi, et c’est peut-être bien là son objectif premier et cynique, faire taire toute autre voix que la sienne, étouffer dans l’œuf toute tentative de sortie des ornières idéologiques et partisanes. Chacun son camp ! Sa zone de confort ! Pas de quoi dès lors bousculer l’ordre des choses. Peu d’espoir à ce train de trouver les bonnes réponses à l’offensive réactionnaire que conduisent les affidés de la firme Le Pen !

Dont acte ! Il est vrai que les élections prochaines, départementales et régionales, ne favorisent pas l’audace politique. Elles annoncent une guerre de tranchée, des replis sectaires qui cachent mal les intérêts personnels ou de boutiques. Dommage! Il y a tant à faire pour reconstruire une doctrine émancipée des slogans à deux balles. Pour imaginer des solutions aux problèmes du territoire qui sont économiques, sociaux, sociétaux même. Voilà le sillon à creuser. Certains l’ont compris!