L’histoire secrète du renoncement de Baylet

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Jeudi 1 juillet. dans les salons du Président

Baylet, qui renonce au poste de Président du Conseil départemental, qui se dérobe au dernier moment pour se consacrer fait-il dire par son attaché de presse, à sa bonne ville de Valence d’Agen ! Incroyable ! Évidemment il s’agissait d’une blague, d’un conte, d’une histoire pour le bon petit peuple tarn-et-garonnais. J’avais indiqué (dehttps://alternativecitoyenne82.wordpress.com/2021/07/01/baylet-refus-dobstacle  ) que ce refus d’obstacle était la conséquence de savants calculs et de négociations serrées avec ses partenaires socialistes. Mediapart en révèle les détails.  Tout s’est passé à Paris, au plus haut niveau du parti. Laurence Rossignol, ancienne ministre des droits des femmes et sénatrice s’empare du dossier Baylet et indique que son parti ne peut soutenir un homme accusé de viol sur mineure. L’affaire remonte jusqu’au premier secrétaire, Olivier Faure qui après un vote unanime du Bureau national appelle Carole Delga. C’est elle, qui fait le lien avec les socialistes locaux et annonce à JMB que sa candidature est inenvisageable. On imagine l’ambiance ! Le compromis trouvé, c’est le renoncement de Baylet et le choix d’un candidat proche, très proche de lui. Sa marionnette disent déjà les journalistes ! Fin de l’épisode, les socialistes s’en sortent in extrémis et l’alliance PS-PRG n’est pas écornée. La région aux socialistes, le département aux radicaux ! Comme au bon vieux temps !

Mais le PS du département ne sort pas grandi de cette séquence. Voilà plus d’un an que Nathalie Collin, par réseaux sociaux interposés, plusieurs mois que Médiapart, MoissacInfos, le Petit Journal, l’AFP et j’en oublie, avaient alerté sur la situation de Jean Michel Baylet, entendu fin 2020 par les policiers parisiens pour répondre des accusations de viol sur mineure. Bien que tombant sous le coup de la prescription, cette affaire ne saurait être balayée d’un trait de plume, d’autant que d’autres histoires refont surfaces. Pourtant le PS local a mis l’éteignoir dessus. Rien à voir, passez votre chemin ! Tout à leurs petites combines, pour la reconquête comme diraient nos amis espagnols, les responsables locaux du PS ne voient rien, n’entendent rien. Valérie Rabault la cheffe, pourtant si prompte à réagir en d’autres circonstances fait camembert. Pire, certaines militantes socialistes tentent de discréditer la plaignante. Pascal Pradel lui écrit qu’elle ne sait rien des faits mais « qu’elle trouve très suspect la période à laquelle vous avez choisi de communiquer » C’est tout dire ! Les valeurs dont se prévalent à longueur de propagande certains élu-e-s seraient-elles à géométrie variable ?

En parlant de valeur, on peut aussi s’arrêter un instant sur le cas de Jérome Becq, conseiller départemental du canton de Tarn-Tescou-Quercy vert et ex « Mobilisés », derrière Christian Astruc. Le temps d’un scrutin lui qu’on croyait à droite, a changé de camp avec armes et bagages. C’est son vote en faveur de Michel Weill qui a fait pencher la balance dès le premier tour. Il a été récompensé : le voilà vice-président du département. Un plat de lentilles vaut bien un petit ralliement.

Le PRG dans un fauteuil

Tout un symbole, Baylet embrassant, sourire sardonique aux lèvres, Michel Weill, le nouveau président de Tarn et Garonne. Un triomphe ! Opération réussie ! Le PRG reprend le département et JMB, bien qu’ayant dû renoncer au dernier moment à la présidence, aura la haute main sur l’institution et sur le nouveau président dont il a annoncé lui-même la candidature. Comment mieux dire qui est et sera le véritable patron du département.

Les observateurs et maints élus pronostiquaient une séance à rallonge avec rebondissements à la clé. Il n’en a rien été. Dès le premier tour l’homme de Baylet a fait le plein des voix : 16 contre 6 à Jean Philippe Bésiers, 4 à Mathieu Albugues et 2 à Ghislain Descazeaux, plus un nul et un bulletin blanc. C’est dire que les choses avaient été bien ficelées entre PRG et PS, la reculade de dernière minute de JMB permettant aux socialistes de faire front commun sans états d’âme. Il est vrai que les féministes avaient manifesté la veille devant le Conseil départemental pour rappeler les accusations de viol qui pèsent sur le patron de la Dépêche. Et le maintien de sa candidature aurait pu en gêner certaine ou certains.

Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse se disent toutes celles et tous ceux qui voulaient en finir avec la parenthèse Astruc et sa fantomatique majorité des Mobilisés. Le PRG est aux commandes et le nouveau président du département a d’entrée de jeu affiché la couleur. Pas un mot pour son prédécesseur dont il a souligné l « l’immobilisme ». Et en revanche un hommage appuyé à Jean Michel Baylet, « l’emblématique président » a même osé bien imprudemment Michel Weill dans un discours dont il semblait découvrir le contenu. Après un petit salut aux socialistes, qui ont eu quelques minutes plus tard l’occasion de montrer leur loyauté, certains diraient leur servilité, vis à vis de l’homme de Valence d’Agen, accusé d’en prendre à son aise avec le règlement, il s’est déclaré favorable à une gestion « participative » tout en repoussant aussitôt un amendement Astruc qui souhaitait élargir la Commission permanente à l’ensemble des élus.

On a vite compris, si l’on en croit ce premier discours du président, que l’environnement n’est pas la tasse de thé de la nouvelle équipe, décidée cependant à donner aux agriculteurs un meilleur accès aux réseaux d’irrigation.  Evoquant le réseau routier, il annonce qu’il ne fera pas de « rapetassage », traduisez, on investira dans le goudron. Promis, les collèges de Montech et Manuel Azana de Montauban seront agrandis, et le contournement ouest de Montauban mené à son terme. Les aides sociales devraient bénéficier d’un petit coup de pouce (on est de gauche ou on ne l’est pas) et l’organisation de Tarn et Garonne habitat (TGH) entièrement reprise en main. Et après ? On aurait pu espérer un discours programme, porteur d’une vision, d’une ambition, dessinant des perspectives. Rien, si ce n’est l’annonce pour septembre prochain d’un « plan de relance » pour lequel la région sera sollicitée.

Baylet: refus d’obstacle

Baylet cale devant l’obstacle. Le communiqué est tombé en fin d’après-midi, il ne sera pas candidat au poste de président du département. Bigre ! Que s’est-il donc passé depuis dimanche ?  Car personne et surtout pas lui, ne doutait de sa volonté de reprendre le département, sa chose, son bien familial, dont il s’estimait injustement spolié. Mais en politique madré et bien informé, il avait pris la précaution de faire donner sa propagande, dénonçant par avance sous la plume de l’un de ses employés, un troisième tour qui ne respecterait pas la volonté populaire. Car pour lui et ses amis, le match était plié, la nébuleuse de gauche totalisant tout compte fait 16 élus sur 30.

Bien sûr cette arithmétique ne disait rien des hommes et des femmes qui vont siéger dans le nouveau conseil départemental. Cette arithmétique ne prenait pas en compte les inimitiés, les rancœurs, les haines ancestrales, les « affaires » qui font d’une élection à bulletins secrets une épreuve à l’issue souvent incertaine. Depuis trois jours, les tractations allaient bon train. Les différentes hypothèses étaient testées auprès des nouveaux élus. Et probablement que les stratèges de l’écurie Baylet se sont pris à douter du résultat concernant leur patron. Certes, personne ne s’exprime publiquement et chacun fera tout pour tenir secret son vote. Les plus anciens se souviennent en effet du sort médiatique que la Dépêche réserva au maire de Lauzerte écrivant en première page et sur 5 colonnes « le traitre » pour dénoncer son vote qui permit alors aux socialistes de prendre à Evelyne Baylet la présidence du département.

Exit Baylet ! Mais les radicaux qui se consoleraient avec la victoire de l’un des leurs n’ont peut-être pas dit leur dernier mot. Leur atout s’appelle Weill, élu de Montauban, grand ami de Barèges. Sa candidature pourrait rapprocher la meute radicale des loups solitaires de la droite. Sera-ce suffisant pour faire une majorité quand on sait que le PRG n’est pas à lui tout seul la gauche tarn-et-garonnaise. A contrario, un Jean Philippe Bésiers, ex PRG, estampillé divers gauche, et qu’on sait disposé à briguer la présidence maintenant que Christian Astruc,  le sortant,  semble s’être retiré de la course, pourra-t-il rassembler assez pour disposer d’une majorité, fut-elle relative ? Réponse tout à l’heure !

Départementales : au pays des faux semblants

Si Moissac s’enfonce toujours un peu plus dans la béatitude frontiste, le reste du département a connu avec ce second tour quelques subtils changements dans l’équilibre des forces. Ne nous y trompons pas, si 12 nouveaux élus, sur 30 font leur entrée dans le Conseil départemental, ils ne représentent pas un renouvellement en profondeur de l’exécutif départemental. Pour une raison simple qui tient au système des binômes. Rares sont les cantons où le binôme gagnant est totalement nouveau. Pour faire une image d’actualité, l’ossature des équipes demeure, et s’adjoignent ici ou là quelques figures du petit monde politique local. En gros, pour reprendre la célébrissime expression du prince de Lampédusa dans le Guépard : « il faut que tout change pour que rien ne change ».

On retiendra bien sûr, parce qu’elle est emblématique, la nette victoire de la députée socialiste Valérie Rabault qui prend le scalp du sénateur, François Bonhomme. La belle victoire aussi de Jean Philippe Bésiers à Castelsarrasin face à une coalition droite-RN ce qui le met en position pour la suite des opérations. Christian Astruc, le président sortant, et son binôme Marie Josée Mauriège sont facilement élus dans leur canton de Lomagne-Brulhois. A Beaumont de Lomagne, le sortant, Jean Luc Deprince et Anne Lus gagnent avec 19 petites voix d’avance sur leurs adversaires et sauvent ainsi ce canton qui restera dans l’escarcelle de Jean Michel Baylet. De son côté, le maire de Valence d’Agen se sort facilement d’une élection qui l’opposait au RN. A Montauban, canton un, Ghislain Descazeaux et Liliane Morvan, DVG car en rupture de banc avec le PS, conservent leur siège grâce à un bon bilan de mandat et une campagne dynamique.

Depuis hier soir, le petit monde politique tarn-et-garonnais est en ébullition, car encore une fois, rien n’est clair pour la suite, la présidence du département. Dans toutes les écuries on pèse et pèse encore le rapport des forces on fait le tour des amitiés, des inimitiés, des détestations, on se jauge, on s’évalue, on négocie à mots plus ou moins couverts. Dans ce département qu’on dit radical depuis la nuit des temps, les évidences n’en sont pas. Avec 16 élus sur 30, la nébuleuse de gauche devance la droite qui revendique, toutes tendances confondues, 12 sièges. Le RN de son coté en obtient deux. Mais cette arithmétique est trompeuse. Comme en 2015, l’élection du président ou de la présidente risque de donner un troisième tour incertain et disputé. Christian Astruc sera-t-il candidat à sa succession, alors que son groupe, les Mobilisés a subi une érosion tangible ? Une autre personnalité, Jean Philippe Bésiers par exemple, tentera-t-elle de rafler la mise, alors que Jean Michel Baylet espère plus que jamais reprendre ce fauteuil de président que son père, sa mère et lui-même ont occupé pendant plus de 45 ans ? Au jeu du « je t’aime, moi non plus », le programme, l’avenir du département comptent pour du beurre. Et au pays des faux semblants, les étiquettes partisanes dessinent souvent une carte politique bien virtuelle.

Le RN confirme

Quatre petits pourcents de participation en plus ! 41% au 1° tour. 45% pour celui-ci ! Pas de quoi annoncer de profonds bouleversements et en effet les tendances lourdes de dimanche dernier se sont confirmées à l’issue du dépouillement. Ce n’était pas la foule des grands jours au Hall de Paris pour assister à la proclamation des résultats, comme si chacun les connaissait par avance. Le RN emporte en effet haut la main le canton avec 62,68 des votants alors que le binôme Garguy/Augé obtient 37,32% des suffrages.

A l’évidence, les électeurs RN se sont un peu plus mobilisés pour ce deuxième rendez-vous avec les urnes, puisque, entre les deux tours, le maire de Moissac gagne 5% sur le canton. Le tandem Garguy/Augé, soutenu pour le coup par ses concurrents du 20 juin, Laurent/Véla (divers gauche) engrange près de 14 points en plus. Dans une arithmétique un peu sommaire, on peut donc estimer que Bernard Garguy et sabine Augé ont légèrement mordu, à peine 3 points, sur l ‘électorat divers droite qui s’était porté sur le binôme Baulu/Henryot. A noter que ces derniers avaient refusé de donner toute consigne de vote.

Si certains espéraient un miracle, ils en seront pour leur frais. Le maire de Moissac, qui sera le seul élu RN dans le Conseil départemental, consolide sa position. Il obtient même près de 67% sur les huit bureaux de la ville, améliorant même son score des municipales. Moissac fait donc figure d’irréductible village gaulois (pardon Astérix) fidèle à son choix de 2020 quand un peu partout en France, le RN reçoit une déculottée qu’aucun des instituts de sondage n’avait pressenti. On se console comme on peut et il faudra à Moissac que tous ceux qui rêvent de refermer le plus tôt possible la parenthèse d’extrême droite, offrent aux électeurs une alternative crédible. Pas un rabibochage de façade dont la crédibilité ne résisterait pas aux premières difficultés. Mais bien des équipes nouvelles, rajeunies, mariant l’expérience des plus anciens à l’inventivité des plus jeunes.  Mais aussi un programme sérieux, partant des réalités du terrain, du vécu des citoyens, répondant à leurs difficultés et devançant leurs attentes. Cette reconquête aura aussi besoin d’incarnation, reconnue, incontestable, capable de mettre le holà à toute tentative de la jouer solo, de confondre la sélection naturelle qui est à la fois un dur apprentissage et une longue patience avec le bal des egos boursouflés.

Nous, la gauche, le centre et même la droite n’avons pas réussi à convaincre nos concitoyens. Mais le temps viendra et plus vite qu’on ne le pense, où ils ouvriront les yeux sur le triste sort que la gestion frontiste a réservé à notre belle ville. Le nettoyage des rues du cœur historique, l’exposition permanente de forces de police surarmées peuvent peut-être calmer les revendications sécuritaires d’une partie de la population… mais après ? Cet hygiénisme municipal ne saurait bâtir un avenir à Moissac et à ses habitants. Avec le changement climatique et la révolution numérique, la question de notre place dans la communauté de communes, dans le département, voire dans la région, devient cruciale. Avec son slogan « Retrouvons Moissac » , le maire et désormais conseiller départemental, tourne ostensiblement le dos à l’avenir.