200 heures de débats avec les parlementaires. Des dizaines et des dizaines d’amendements acceptés par le gouvernement. Les articles votés un à un par la majorité de gauche. Et au dernier moment, la fronde! Le front du refus contre ce qu’il est convenu d’appeler la Loi Macron. Je ne parle pas de l’UMP qui n’a jamais eu le courage, ni le talent pour faire bouger les choses lorsqu’elle était au pouvoir. Je ne parle pas du Front de gauche qui imagine que ses slogans feront lever les masses populaires, déjà parties pour une part d’entre elles vers les rivages noirs d’un autre Front, national celui là.
Je parle de ces socialistes, les Frondeurs comme on les appelle. Je parle de ces députés qui à la réforme, patiente, discutée, approuvée nous disent les sondages par une majorité d’électeurs, donc de citoyens, préfèrent la posture idéologique et l’invective; qui n’ont pas de mots assez durs, assez définitifs à l’égard de leur parti, du gouvernement, de certains de ses ministres. Spectacle pitoyable dont se repait la droite et qui ne redorera pas le blason du PS!
Mais que disent-ils, que proposent-ils? Ils disent qu’ils n’ont pas été élus pour faire cette politique. Qui sait? Mais il est sûr qu’ils n’ont pas été élus pour prêcher je ne sais quel chambardement que personne ne souhaite, pas même les plus lucides d’entre eux. Ils feignent aujourd’hui de découvrir le réformisme de F. Hollande. De qui se moquent-ils? Il y a belle lurette que tout bon socialiste qui se respecte connait son François. Il n’est jamais passé pour un boute feu. Et même pendant sa campagne des présidentielles, il a, reprenons les discours, martelé la nécessité de réformer la société française, pas de jouer au Don Quichotte. Mais le discours du Bourget, et cette finance décrétée unique ennemi?
Elle l’est et le demeure pour tout un chacun qui peut en voir les ravages, en mesurer l’insupportable violence. La financiarisation de l’économie, c’est à dire le règne de l’argent, la course aux profits, les bras de fer planétaires que se livrent gouvernements et sociétés multinationales ont, c’est vrai, réduit l’homme à sa plus élémentaire expression : un consommateur. Tout le monde à gauche, y compris le Président et son premier ministre en est conscient. Mais dans un monde économique mondialisé, complexe, aux équilibres fragiles, où le politique a perdu une bonne part de son pouvoir régalien, où l’information au sens large circule à la vitesse de la lumière, la doctrine du « y’a qu’à » est au mieux aussi efficace qu’un emplâtre sur une jambe de bois; au pire, elle peut se révéler catastrophique. D’ailleurs, le gouvernement Grec, élu sur des promesses « radicales » mesure déjà qu’il y a loin des yeux à la bouche.
A quoi jouent donc les Frondeurs roses? A la guérilla? A faire semblant? A se donner bonne conscience? A faire tomber Solférino? Il y a dans leur attitude un infantilisme consternant déjà décrit en 1920 par Lénine comme un refus principiel du compromis. Il y a surtout un risque énorme pour ce parti qui a bien besoin d’un congrès de clarification. A cet égard, en attendant le Congrès de Poitiers en Juin prochain, qui ne pourra se contenter d’une énième et molle résolution de synthèse, il faudra bien ramener ces parlementaires récalcitrants au principe de réalité. Faute de quoi, ils n’auront plus qu’à se démettre histoire de sauver l’honneur. Quelques dimanches travaillés, pour quelques enseignes valent-ils pareille attitude? La réponse est claire.
Ainsi le PS est-il à la croisée des chemins. Une nouvelle fois! Il est temps qu’il aille au bout de sa démarche, qu’il en tire les conclusions en terme de programme, pour le parti, mais aussi pour les candidats amenés en permanence à faire le grand écart entre les proclamations de gymnase et l’exercice concret de leur mandat. Cela se fera probablement dans la douleur, avec des départs, mais il faut bien en finir avec la « radis politique » (voir plus haut) qui est une aberration intellectuelle, et une escroquerie politique.
