Pourquoi bouder son plaisir

Mais où est passée Lucie Castets, la candidate NFP à Matignon, celle dont Emmanuel Macron s’obstine à ignorer jusqu’à l’existence même ? Pourtant la dame, fonctionnaire à la mairie de Paris où sa gestion des finances publiques ne s’avère guère convaincante, a tout tenté pour prendre la lumière de cet été français si singulier. On se demande encore de quel chapeau elle a bien pu sortir, même si ses multiples déclarations péremptoires trahissent des éléments de langage courants chez LFI. Elle s’est également répandue en interviews dont certaines ont révélé d’entrée de jeu une immodestie flirtant parfois avec l’outrecuidance.  A cet égard son premier passage dans la matinale de France Inter restera, pêché de jeunesse diront les mieux disposés, un modèle du genre. A coup sûr une faute de novice en politique quand la période exigerait doigté et sens du dialogue !

On l’a vu aussi en bleus de chauffe chez les Duralex, flanquée de son chaperon vert, l’ineffable Marine Tondelier et du taulier socialiste Olivier Faure, en phase de réconciliation avec les prolétaires. Les réseaux sociaux, toujours à la manœuvre l’ont, slogan à l’appui, portraituré quelques temps en première ministre. Sans vraiment remuer les foules dont l’esprit était ailleurs, enclin peut-être à faire une trêve, certainement en vacances, alors que s’ouvraient, après des mois et des mois de doute, de râles parfois fondés, d’ineptes polémiques politiciennes, les JO, Paris 2024.

Et ce fut l’éblouissement ! Avec tout d’abord cette cérémonie d’ouverture sur la Seine, transformée comme par magie en scène de toutes les audaces, de toutes les folies artistiques, convoquant au fil de l’eau l’histoire de France, exaltant les valeurs de la République, montrant à la planète entière le génie national tricolore. Sans oublier ce clin d’œil à la Grèce antique, où naquirent les Jeux avec cette bacchanale d’un moment où Philippe Katerine réincarné en Dionysos, le dieu du vin et de la nature régénérée, orchestrait un banquet foutraquement dada. Il y eut bien quelques esprits embrumés pour trouver le tableau obscène, un évêque, un imam, et un bataillon de fidèles croyant y voir une parodie de la cène, donc une offense faîte à leur foi. Certains porte-voix du RN, à l’instar de Poutine et de Trump crièrent aussi à la décadence. Bien seuls cependant au sein de leur parti soudain abonné au silence radio. 

Impossible en effet pour un parti qui se veut la voix du peuple de ne pas entendre ce dernier jubiler, s’extasier, communier sans distinction de couleur ou de fortune, pris d’une exaltation collective qui balaie tout sur son passage, tous rassemblés dans un même élan qui stupéfie les observateurs du monde entier. On ne va pas à l’encontre de pareil phénomène ! Et du coup, la réserve de la gauche, toutes tendances confondues, interroge. Certes, Socialistes et Verts ont salué la cérémonie d’ouverture, mais dans une telle économie de mots que leurs propos ont été aussitôt couverts par la furia populaire et le bruit médiatique. Depuis plus rien ou si peu. Lucie Castets, occupée à son tour de France, s’est tenue loin de l’événement, se gardant de tout commentaire, comme si se féliciter de la réussite de ces jeux, des résultats exceptionnels de nos athlètes, revenait à rendre les armes à Macron, à lui concéder la manche. C’est là qu’on mesure à quel point les politiques, entièrement occupés à leurs petites affaires, peuvent être absents au monde réel, à la vraie vie. 

Depuis longtemps une certaine gauche s’enferre dans un inquiétant dogmatisme dont il est difficile de percevoir la ligne d’horizon. Les verts n’avaient-ils pas décrété, il y a quelques mois que ces JO seraient « une catastrophe sociale et écologique ». A priori, rien de tel ne s’est passé. Et quand viendra l’heure des bilans, il faudra saluer, aussi, cette intuition géniale, ce pari un peu fou, faire de Paris et de sa banlieue, un immense et fantastique terrain de jeux, protégé par des milliers de policiers et volontaires au point de faire souffler sur la capitale un impensable air de liberté.

La gauche s’est toujours pensée comme le chevalier blanc de la culture. On eut aimé qu’elle ne cache pas sa joie devant le spectacle que nous a offert la cérémonie d’ouverture. Elle peut encore se refaire avec la cérémonie de clôture qu’on nous annonce tout aussi décoiffante.  Courage, camarades, la lutte anticapitaliste n’en souffrira pas.

Le programme, quel programme?

La classe politique nationale nous joue une tragi-comédie aussi inattendue qu’insupportable. Les élections législatives devaient clarifier la situation politique, elles l’ont rendue inextricable, mettant l’ensemble des citoyens au bord de la crise de nerf. Le RN se croyait aux portes du pouvoir. Le voilà condamné, grâce au front républicain qui a plutôt bien fonctionné au deuxième tour de scrutin, à jouer seul dans son coin, mis au piquet de la République par tous les autres. Mais tout compte fait, voulait-il vraiment Matignon au risque de s’user prématurément et de gâcher ses chances pour 2027 ? Résultat, le RN est rentré dans sa tanière. Muet sur tous les sujets, s’imposant une étrange diète médiatique ! Les Républicains qui se réjouissaient de n’avoir pas péri corps et biens dans le naufrage Ciotti, cherchent encore à se faire entendre. L. Wauquiez qu’on croyait en retraite du côté du Puy en Velay, est sorti de sa réserve pour dire l’exact contraire de ce que ses amis ont fait jusqu’à présent à l’Assemblée nationale. De quoi déboussoler un peu plus ses électeurs et ses élus ! La Macronie en est à compter ses abattis, divinement surprise d’avoir survécu à la tourmente et d’occuper à nouveau quelques travées au sein de l’hémicycle où elle peut encore prétendre jouer sa partition. Et le NFP, le nouveau front populaire ? Il y a une dizaine de jours, il affichait son autosatisfaction. Tout semblait lui sourire: les retrouvailles nocturnes, un programme ficelé en quelques jours de conclave chez les Verts et de nouveaux élus lui faisant espérer devenir maître du jeu au Palais Bourbon. Mais les ambitions personnelles et des détestations jamais éteintes ont vite lacéré le cliché. La question de l’incarnation, qui comme premier ministre, a immédiatement convoqué les vieux démons. 

Et pourtant, à gauche, on avait mis les choses dans l’ordre. D’abord le programme, tout le programme comme le clament encore les troupes de Jean Luc Mélenchon à qui revient à coup sûr l’essentiel de la paternité de cette nouvelle version de l’éphémère Programme commun, porté jadis par François Mitterrand. Le programme du NFP engage en principe ses quatre signataires dont le sort est ainsi lié. LFI s’est immédiatement proclamé gardien des tables de la loi, mettant en garde ses partenaires contre toute tentative d’incartade, tout pas de côté. Cette intransigeance exposerait rapidement le NFP, si d’aventure il s’installait à Matignon, à une motion de censure qui lui serait fatale. LFI le sait, l’attend probablement avec gourmandise, car ce moment représenterait une sorte de paroxysme de la conflictualité dont elle a fait depuis 2022 son cheval de bataille. Ainsi, ce fameux programme, qui ne résisterait pas longtemps à l’épreuve des faits, n’est pas un but, mais un moyen : hystériser un peu plus la société française et préparer 2027, le seul rendez-vous qui compte vraiment aux yeux de Mélenchon. Une position partagée d’ailleurs par le RN où Marine le Pen attend son heure, elle aussi.

De son côté, la Macronie, toutes tendances confondues, feint encore de croire à des coalitions de projets qu’elle appelle de ses vœux. Elle exhorte ceux qu’elle nomme les républicains modérés à se rendre à la raison, à faire preuve de réalisme. Elle espère ainsi retrouver une fonction charnière, conjurer le mauvais sort que lui ont fait les urnes et permettre à E Macron d’aller cahin-caha au terme de son mandat. Il y a dans ces appels réitérés quelque chose de pathétique qui raconte soit une myopie politique préoccupante, soit un détestable cynisme politicien. Car comment croire que ce qui ne fut pas possible sous les gouvernements Borne ou Attal le serait aujourd’hui. Pour que cette opération ait quelque chance de réussite, il lui faudrait autre chose que des exhortations aux valeurs dites républicaines. Il lui faudrait un programme. Un autre programme que celui mis en œuvre jusqu’à présent, susceptible de tenter les réformistes sociaux-démocrates, voire la droite républicaine la moins réactionnaire. Mais cela suppose une longue patience et un dur travail auquel personne ne souhaite, pire, ne peut s’atteler pour des raisons qui relèvent de logiques d’appareils revanchards.

Les urnes ont confirmé le mouvement qui était à l’œuvre depuis quelques temps : la résurgence de blocs hétérogènes mais fondamentalement antagonistes, sorte de retour du refoulé politique que le macronisme initial croyait avoir ébranlé. Les urnes ont aussi dit combien la société française est fragmentée, sans vision de l’avenir, sans ambition pour elle et pour l’Europe, dans une mondialisation dont elle profite et qu’elle dénonce en même temps. Elles ont dit aussi l’incapacité du pays à envisager collectivement un dessein commun. Et il est à craindre, au train où vont les choses, que cela va durer et préparer, mais je ne voudrais pas casser l’ambiance, des lendemains qui déchantent.

j’en peux plus de me taire

Pitié, Astérix avait raison, le ciel nous est tombé sur la tête. Et depuis, je déprime, j’enrage, je volte-face, je sombre, j’explose et je me sens impuissant, tellement impuissant devant le cours des choses. La rumeur publique me serine que les carottes sont cuites, que le résultat du vote est quasiment acquis tant une bonne partie de la société française s’est lepénisée. Il est vrai que, comme à Tchernobyl, la réaction s’accélère, échappe à tout contrôle, répand ses miasmes au vent mauvais. Le peuple du ressentiment, des aigreurs acides, des passions tristes se lâche sans vergogne, sans même attendre le verdict des urnes. Au point que ses chefs se croient obligés de rappeler à l’ordre les plus hardis, ces impatients, ces imprudents qui en quelques punch lines sur les médias Bolloré déchirent le voile de respectabilité du parti, au risque de compromettre une victoire annoncée.

Mais comment en est-on arrivé là ? Pourquoi est-on tombé si bas, si vite ? Renvoyons cette immense et complexe question à plus tard, quand nous aurons le temps, quand nous pourrons y réfléchir sereinement, avec intelligence. Car ni les débats électoraux, ni les péripéties de cette courte campagne, ne le permettent. On fera le procès de la période, il nous faudra bien, le jour d’après le vote, travailler à comprendre, humblement, sans anathèmes inutiles, pourquoi la gauche, les démocrates, les républicains, n’ont pas su endiguer la vague brune, gagnante ou pas le 7 juillet. Qu’est ce qui a foiré dans nos choix, dans nos pratiques politiques ?

Mais pour l’heure, il faut que la classe politique, les responsables des formations démocratiques, de gauche bien sûr, mais aussi de droite et du centre cessent avec leurs postures mortifères, mettent en sourdine leurs querelles de cours de récréation. De grâce, ne nous abimons pas dans les calculs cyniques. Un seul objectif : battre le RN, l’empêcher d’accéder au pouvoir. Et dès lors peu importe, comme disait Deng Xiaoping, architecte du réveil de la Chine, qu’un chat soit blanc ou noir pour peu qu’il attrape les souris ! 

Je sais qu’il y a un peu partout des comptes à régler, des espoirs à construire, des attentes à satisfaire. Il ne s’agit pas d’être naïf. Mais quand la maison brûle, on se moque bien de la couleur du camion des pompiers, comme du nom de l’architecte qui la rebâtira. Chaque circonscription de France, dimanche, connaîtra sa bataille, décisive pour le sort du pays. Alors, choisissons, là où nous sommes, le ou la meilleure pour l’emporter, pour empêcher le RN de rafler la mise. Et au second tour, pas d’hésitations ou de pudeurs opportunes : désistement, désistement pour le candidat capable de réunir le plus de suffrages! Ceci n’est pas un mot d’ordre, mais un appel à l’intelligence des électeurs progressistes et démocrates. 

Battre le RN et ses ralliés

Il faut battre le RN. Il faut empêcher le RN de s’installer à Matignon. Il faut donc partout, dans toutes les circonscriptions faire le bon choix, dès le premier tour. Et ce bon choix est d’abord un choix local, voter pour la candidate, le candidat capables bien sûr de mettre en échec les lepénistes, tout en vérifiant, à mon sens, que cette personne ne peut être suspectée d’antisémitisme résiduel ou pas, de wokisme qui s’avère être une attaque frontale contre la laïcité, d’anti-parlementarisme dont on a pu mesurer l’image désastreuse pour les jeunes générations, ou bien encore de sexisme… Je sais que l’ardoise est lourde, pourtant je crois en avoir oublié dans la liste. 

Et ce rappel aux valeurs que l’on voudrait voir partagées par tout bon républicain, n’est pas simple figure de style. Il peut, pour peu que les électeurs le fassent leur, avoir des conséquences sur le résultat du scrutin. Il s’agit en effet d’être conséquent avec soi-même. Battre le RN, est un impératif moral, économique aussi tant son programme est inconsistant et mensonger. Un mot pourtant sur l’éthique. Elle impose le discernement, le respect de quelques valeurs cardinales. Donc ne pas faire n’importe quoi, mettre n’importe quel bulletin dans l’urne. Choisir ! Entre les LR qui n’ont pas jeté aux orties l’héritage de Jacques Chirac, les candidats macronistes qui n’ont pas mérité le sort que leur fait le Président de la République et ceux du nouveau Front populaire, le choix est large. 

Certes ! Mais j’entends le bruit de moins en moins sourd qui monte du pays. En finir avec Macron, dire non aussi à sa politique, à ses pratiques politiques, changer de cap. Et pourquoi pas ! Cela oblige donc à interroger les idéologies à la manœuvre. Entre macronistes et gauche frontiste, elles sont à l’évidence très différentes, même si sur les questions sociétales, les partisans du Président n’ont pas à rougir de l’œuvre accomplie. Au sein de la Nupes, les choses sont bien moins claires, malgré le rabibochage de circonstance entre LFI d’un côté, le PS, les écolos et les communistes de l’autre. Qui peut sérieusement croire qu’en 4 jours et 4 nuits d’intenses discussions, les protagonistes ont su faire table rase de leurs tonitruantes dissentions d’il y a quelques semaines ? Par quel miracle les gauches dites irréconciliables auraient elles trouvé la voie d’un aggiornamento partagé ?

On peut en douter et donc craindre que les vieilles lunes idéologiques n’allument vite de nouvelles et funestes bisbilles. Comme vous y allez diront certains ! Il ne faut pas bouder son plaisir. Les 150 mesures du programme attesteraient d’un pragmatisme et d’une volonté commune. Cela reste à voir. Ce programme commun semble au plan économique, sur l’Europe aussi, fortement inspiré par les penseurs de LFI. Il faut questionner sa crédibilité et moquer les économistes qui craignent une irrémédiable dérive de la maison France, ne fera pas oublier le sort réservé au premier programme commun. En 1981, tout comme aujourd’hui, il voulait « Changer la vie ». On sait ce qu’il en advint, deux ans plus tard avec le tournant de la rigueur dont une des conséquences et non la moindre, fut la désindustrialisation du pays, sa perte de souveraineté économique.

Certaines grandes figures de la social-démocratie, de la gauche dite de gouvernement, esquivent le problème, pour se féliciter, à l’instar de François Hollande, de l’union retrouvée. Lionel Jospin théoricien de la gauche plurielle, ne cache pas sa satisfaction, tout en évitant de juger les mesures annoncées.  Douterait-il de l’efficacité du Front populaire quand sur France Inter il déclare : « il est essentiel, dans le prochain parlement, qu’il y ait une force de gauche suffisamment forte pour résister » ?

On verra bien ce qu’il en adviendra le 7 juillet. Mais peut-être que si la macronie… si les sociaux démocrates… si et si… l’histoire aurait pu s’écrire autrement. Faisons en sorte, pour le moins, qu’à l’issue de cette séquence, la France ne sorte pas drapée de bleu-marine. Ce serait toujours ça de gagné !

Macron: la politique du pari

Incrédule, estomaqué, déboussolé. La dissolution de l’Assemblée nationale en a laissé plus d’un, et plus d’une, sans voix. Surtout celles et ceux qui avaient donné la leur à Valérie Hayer, la candidate macroniste. Bien peu de commentateurs professionnels, de responsables politiques avaient vu venir le coup, même si les plus introduits dans les arcanes du pouvoir savaient, le journal Le Monde le raconte, que ça phosphorait sur ce thème depuis déjà longtemps dans les cabinets discrets de l’Elysée.

Comme à son habitude, Macron décide, seul ou presque, ce qui en soit appartient à la fonction présidentielle et n’apparaît donc pas au prime abord, comme une usurpation de pouvoir. Mais à y regarder d’un plus près, on peut s’interroger, sur le tempo et sur les conséquences de cette décision. Alors que son parti et ses alliés venaient de subir une très lourde et cuisante défaite, il n’a fallu que 20 minutes au Président pour se précipiter dans les télévisions et annoncer, le masque grave et la voix martiale, qu’il dissolvait. N’a-t-il pas confondu une nouvelle fois vitesse et précipitation ? A quel impératif répondait une telle célérité ? Au risque de passer pour un psychologue de bazar, on ne peut s’empêcher de penser que le Président n’a pas digéré le résultat de l’élection, au point de se laisser emporter par le dépit, la colère, voire la rancœur. Ne pouvait-il pas attendre quelques heures, voire quelques jours pour informer son gouvernement, son parti, ses soutiens de ses intentions. En peser collectivement les risques et les avantages. Après tout, celles et ceux qui à différents endroits, des mois durant, ont mouillé le maillot, suivi ses consignes sans barguiner, pris ses déclarations comme parole d’Évangile, avaient peut-être droit à un peu de considération, un minimum d’attention, j’ose dire de respect !

La décision en eut-elle été modifiée ? Probablement pas sur le fond. On y reviendra. Mais sur le choix du moment, oui ! Ne pouvait-on pas attendre la rentrée de septembre pour remettre les pendules à l’heure, les Jeux Olympiques terminés, et le pays rendu à ses routines saisonnières ? On peut entendre l’argument de Macron qui, considérant l’échéance inéluctable, a voulu garder la main. On sait tous en effet que les différentes oppositions parlementaires, en dépit de leurs profonds antagonismes, rêvaient d’une motion de censure victorieuse pour faire tomber à l’automne le gouvernement. S’inspirant de Jean Cocteau « puisque ces évènements nous dépassent feignons d’en être les organisateurs », le Président a voulu reprendre la main, demander aux Français d’arbitrer, démocratiquement, le malentendu politique qui mine la macronie, de tirer les conséquences du rejet par une bonne partie de la population de sa gouvernance. En clair, il a voulu demander aux électeurs de dire ce qu’ils veulent et surtout qui ils veulent.

Reconnaissons-le, il fallait oser, beaucoup de cran, qui n’est pas la moindre des qualités de Macron et croire au miracle. Car tout cela repose semble-t-il sur un pari : les Français, au dernier moment, c’est à dire dans trois semaines, ne donneront pas les rênes au RN. Les abstentionnistes se réveilleront, les sceptiques mettront leurs mouchoirs sur leurs préventions et les oppositions de gauche comme de droite se crêperont une fois de plus le chignon, ce qui conduira l’électeur responsable à refuser l’aventure. Bref, tout ira mieux dans le moins mauvais des mondes. La macronie, en partie relégitimée retrouvera un semblant de prestance. Nous voilà dans Borgen ou dans le Baron noir ! Mais de la fiction à la réalité, il y a le désir de revanche des acteurs politiques et la rage des citoyens. Autant dire un mur infranchissable !

La situation est d’autant plus enkystée que le Président, comme son parti, ne veulent pas entendre parler d’une quelconque remise en cause des dogmes libéraux sur lesquels ils ont construit leurs trompeuses certitudes. Donc pas de coalition gouvernementale possible comme le demande pourtant Yaëlle Braun Pivet, Présidente de la défunte Assemblée nationale. ¢a tombe bien, à droite, LR veut achever le grand corps malade et refuse d’emblée les avances que pourrait lui faire le clan présidentiel. A gauche, c’est pareil ! De LFI au PS, on rêve l’avenir dans un rétroviseur. Union des gauches, Front populaire, les intellectuels fatigués se dopent au viagra mémoriel… D’ici la fin de la semaine, les couleurs du paysage seront fixées. Alors le RN saura qui est susceptible d’entraver sa marche triomphale.

Mais faisons le pari, encore un, les temps sont fous, que le 7 juillet prochain de marche triomphale il n’y aura pas ! Avec le talent que l’on connaît aux Français pour rendre les choses impossibles, ils sont bien capables de choisir de ne pas choisir, d’envoyer à l’AN un RN sans majorité absolue, une gauche unie ou pas, forte d’une minorité voyante et bruyante et un groupe Renaissance amaigri, réduit à l’impuissance. Du coup, l’extrême droite se contentera de gérer les affaires courantes, empêchée dira-t-elle de légiférer à sa guise. La France en panne ! La France ratatinée. La France à la godille. Tout ce que craignait le Président et qu’il a d’une certaine manière précipité. Faut-il lui en vouloir ? Au train où allaient les choses, diront les résignés, c’était fatal. 

Certains prédisaient la fin de l’Europe, la submersion brune sur notre vieux continent. Finalement c’est en France que se situe l’épicentre du séisme.