La France est décidément un pays extraordinaire. Ses différentes variétés de fromages nous avaient déjà taillé une belle réputation. Nos structures administratives, leur enchevêtrement, leur refus obstiné de communiquer entre elles, mais aussi, il faut bien le reconnaître, les opportunités de financement qu’elles offrent à tout porteur de projet, en font un cas unique, un cas d’école.
Prenons l’histoire du numérique. Il y a peu, j’annonçais ici même (cliquez ici) la naissance d’une école du numérique à Moissac. Belle initiative de la région Occitanie qui veut ainsi former des jeunes aux métiers en devenir et irriguer les territoires les plus éloignés de la métropole. L’appel à candidature vient d’être lancé. Bientôt, une vingtaine d’étudiants se retrouveront dans l’ancien Centre des impôts, sous la houlette d’une société de formation montalbanaise. Au même moment, après des mois de démarches, n’en doutons pas, MAJ « Moissac animation jeunesse » annonçait sa participation à une autre école du numérique, mise en place cette fois par la Chambre des métiers du département, une opération subventionnée par l’Etat et qui devrait concerner Moissac bien entendu, Caussade, et Valence d’Agen. Les deux projets sont comparables, ils ciblent des jeunes qui, sans diplôme ou presque, manifestent un réel intérêt pour le numérique. Deux projets qui ambitionnent de former en quelques mois ces étudiants qui pourront apporter leur savoir-faire aux entreprises de Tarn et Garonne. D’ailleurs sont prévus des stages dans ces mêmes entreprises qui pourront ainsi les mettre à contribution autour du développement d’un projet concret.
Tout cela est bel et bon pour la jeunesse de notre département et corrélativement pour le tissus économique. Mais pourquoi deux écoles ? Pourquoi la Région, l’Etat et la Chambre des métiers ne se parlent-ils pas ? Pourquoi multiplier les initiatives au risque de brouiller les cartes, de développer la bureaucratie et d’alourdir les factures ? Que leur importe, chaque structure a besoin d’exister, de montrer qu’elle est active et évite autant que possible de travailler avec sa voisine, perçue dès lors comme une concurrente. Dans cette course à l’échalote, ce ne sont pas seulement les deniers publics qui en pâtissent, mais l’efficacité, surtout l’efficacité. Pour le coup, cette concurrence est véritablement contre-productive. Souhaitons, c’est bien le moins, que tout cela se déroule sans bug majeur!
Que disent les journalistes, si soucieux de leur image et à juste titre jaloux de leur indépendance? Ce cousinage n’est-il pas malsain? Car si l’on en croit le médiascope du quotidien La Croix, l’opinion publique n’a pas une très bonne image de la profession qu’elle suspecte de rapports consanguins avec le monde politique. Cela pourrait bien brouiller les cartes et discréditer un peu plus ce métier.