« Souvent la foule trahit le peuple » disait Victor Hugo. Samedi après samedi, les manifestations de Gilets se suivent et empirent. Après le saccage des magasins, la destruction du mobilier urbain, l ‘incendie des voitures des particuliers, après les affrontements d’une rare violence avec les forces de l’ordre, voilà maintenant que la vindicte jaune s’en prend aux journalistes, presse écrite et télévisions confondues. Injures, menaces de viol (ce en dit long sur l’inconscient de ces groupes), menaces de mort, coups, blessures, destruction de journaux… Du jamais vu en France ! Couvrir les manifestations, c’est l’expression professionnelle pour dire faire un reportage, devient presque plus périlleux que de partir sur une zone de conflit. Les confrères sont désormais obligés d’avoir recours à des gardes du corps, Quatre ans après le carnage à Charlie Hebdo, le télescopage temporel est terrible où s’exprime encore et toujours la haine des journalistes, la volonté de museler la presse… Tous les intégrismes, toutes les dictatures s’attaquent d’abord à l’information, à la liberté d’expression. Il y a quatre ans, nous étions des millions à faire corps autour des valeurs de la République. Nous étions Charlie. Et aujourd’hui ?
Certes, la presse, nous les journalistes, ne sommes pas au-dessus de la mêlée. Nous ne sommes pas des intouchables qui échapperaient à la critique, au questionnement de nos pratiques. Cet exercice-là est démocratique. Mais les menaces de mort sont ce qu’elles disent : de la terreur pure et simple. Les confrères, les consoeurs peuvent certes porter plainte, mais cela réduit ces agressions, le climat ambiant à de simples faits divers. Précisément, ce qu’ils ne sont pas. Ces agressions, parce qu’elles visent aussi des élus, des responsables économiques, des intellectuels, sont politiques. Elles manifestent, au sens propre comme au sens figuré, un projet sociétal. Aux pulsions de la foule, opposons une réaction de masse. Refusons tous ensemble cet engrenage qui pourrait bien être fatal à notre vivre ensemble. Disons-le, montrons-le !