JMB: l’éternel retour

Il lui a fallu plus d’un mois pour trouver les mots, les phrases, pour dénoncer le complot politique dont, pauvre justiciable, il serait la victime. Jean Michel Baylet accusé d’inceste par Nathalie Collin s’est confié à son journal. Quoi de plus naturel pour un propriétaire ! Il nie tout et accuse son accusatrice d’être manipulé par son père, Yvon Collin qui était de la famille, comme « un frère », son homme lige qu’il amenait avec femme et enfant faire bamboche au large de la Grèce, il y a quelque quarante ans.

A l’évidence, ce plaidoyer a été pesé au trébuchet. Pas une expression de trop, pas d’emportement inapproprié, pas de vindicte oratoire. Ses conseils sont passés par là. Tenir la posture, endosser le costume de l’homme outragé, du père ulcéré, de l’élu persécuté. Mais entre les lignes parle un autre personnage, le chef de « la famille », celui qu’ont popularisé les séries télévisées. Comment ne pas songer, aussi, à une version revisitée du mythe de Caïn et Abel ! Yvon et Jean Michel ! C’est là toute l’habileté de la riposte. Ne pas s’attarder sur les accusations d’inceste, sur les faits détaillés par le menu dans l’enquête de police, déplacer la problématique, enjamber le temps et proposer au lecteur une histoire qui chassera l’autre. Forcément !

Et la victime dans tout ça ? Où est-elle passée ? A la trappe ! Sa douleur d’enfant, ses tourments d’adulte, ses années d’analyse, ses peurs… allons donc, pure invention, pure fiction écrite par un père revanchard !  Voici sa parole escamotée, son vécu réduit à néant ! A celui d’un sujet délirant! Femme sous influence suggère le mis en cause !  Heureusement Nathalie Collin parle encore, dans le « Petit Journal » où elle dit une nouvelle fois cette enfance volée, où elle défie Jean Michel Baylet de porter plainte pour dénonciation calomnieuse. Il ne lui reste plus que ça, tenter de faire entendre sa voix, la sienne, pas celle de son père, sa voix de victime face à un mur d’indifférence.

Car il faut bien en convenir, avez-vous entendu le silence assourdissant des féministes, pourtant si promptes à conduire au bûcher le premier qui fait un mot malheureux, ose un regard de trop, esquisse un pas de travers ? Où étaient-elles, que faisaient-elles quand le patron du groupe de presse s’invitait à la cérémonie d’hommage à Manuel Azana et paradait aux côtés du Président de la République qui n’a pas su ou pas voulu garder la distance ? Et les politiques locaux qui ont tous en eux un peu de JMB, que disent-ils ? Rien ! Les plus imprudents parlent « d’histoire ancienne ». Les plus nombreux passent à l’ombre, quand certains, certaines se Dépêchent (suivez mon regard) de conclure avec le boss un accord électoral. PS-PRG, main dans la main pour les départementales et pour les régionales. L’union d’une gauche bien-pensante, suffisante, bouffie de certitudes, qui fait la leçon à la terre entière pour ne pas avoir à balayer devant sa porte.  Le retour du bon vieux temps, intérêts bien compris !

JMB ressuscité ! C’est Pâques. On le croyait tombé aux enfers et le voilà en majesté, prêt à repartir à la conquête de « son bien », de ce département qui fait partie de toute éternité des bijoux de famille. Sa cohorte d’obligé(e)s lui emboîte déjà le pas, lui déroule le tapis rouge, élimé et crasseux. C’est beau comme de l’antique et triste à en pleurer. 

Le petit démocrate

Le maire de Moissac refuse d’ouvrir des bureaux de vote pour permettre aux Bulgares (ROM) de Moissac (près de 11% de la population de la ville) de choisir le 4 avril prochain leurs députés. Il fait, comme le RN en est coutumier, un bras d’honneur aux dispositions européennes qui prévoient que les résidents doivent pouvoir voter lors des consultations organisées dans leur pays d’origine. Il faut rappeler que la Bulgarie fait partie de l’Europe depuis 2007. Le parlement bulgare, une seule chambre, compte 240 députés élus pour 4 ans. Par ailleurs, la Bulgarie connaît en ce moment une grave crise politique qui oppose le Président, proche des socialistes à son premier ministre de droite (PPE).

L’opposition municipale a raison de dénoncer l’attitude du maire, bien peu européenne (on s’en doutait), et surtout bien peu solidaire et bienveillante. Mais la mise en place d’un bureau de vote est à la discrétion du maire qui pour le coup se moque comme d’une guigne d’aider la jeune et turbulente démocratie bulgare à fonctionner. L’affaire est d’autant plus navrante qu’on sait combien les communautés ROM ont du mal à trouver leur place, y compris dans leur propre pays.

Après une campagne électorale tonitruante et monomaniaque sur la présence bulgare à Moissac, le maire s’était fait étonnamment discret. Et pourtant les sujets demeurent : la santé de ces populations en ces temps de Covid, leur localisation et les conditions d’hébergement, la scolarité des enfants, la place de ces familles dans la ville et sur le territoire, les voies, les filières par lesquelles elles sont arrivées et arrivent jusqu’ici… Mais, ces sujets n’intéressent pas le militant RN qui entend dormir tranquille et ne pas inquiéter les employeurs. Pas de bruit ! C’est le mot d’ordre. Et pour complaire à son électorat, on s’offre une petite séquence média, menton haut et biceps gonflés : que les ROMS aillent voter ailleurs ! C’est sans risque et ça crée l’ambiance !

Sur la question ROM, on peut s’intéresser au travail de Moissac Lab qui mène une étude au long cours. Une première visioconférence publique a permis d’entendre des chercheurs. Le podcast est disponible à cette adresse :  https://youtu.be/A4eXN5svcMs

Une deuxième conférence est prévue prochainement avec l’intervention d’acteurs de terrain. Un dossier complet sera réalisé au terme de ce travail pluridisciplinaire.

Moissac Lab : c’est déjà sur Facebook

La commune de Paris. Documentaire

Le film qui suit, co produit par Médiapart avec France5 fait un récit contextualisé de la Commune de Paris. 150 ans après, on n’a tendance à retenir de ces quelques mois que les images spectaculaires, dramatiques, ou les récits militants. Le documentaire de Medhi Lallaoui va plus loin, plus profond que les clichés. Il est, pour ceux qui s’intéressent à l’histoire, comme pour ceux qui, comme moi se sentent un peu héritiers de la Commune, un travail de la première importance. https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/culture-idees/sur-les-traces-de-la-commune-de-paris-1871?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-67

Il y a 150 ans: la Commune de Paris

https://moissacinfos.fr/wp-content/uploads/2021/03/commune-de-paris.pdf

Moissac: l’ordre nouveau

La mairie RN de Moissac fait le ménage. Après le démantèlement du CCAS qui constitue une véritable reprise en main, elle s’attaque à la culture. Le Festival des voix, qui était un temps fort de la saison culturelle vient d’être supprimé, rayé du calendrier sans autre forme de procès, et le Conseil municipal mis devant le fait accompli. Chez ces gens-là on ne débat pas. On tranche… dans le vif !  Pour faire bonne mesure, le maire a annoncé sur Facebook qu’il récupère la programmation des spectacles jusqu’à présent confiée à l’association Moissac culture vibrations (MCV). Il ne reste donc plus à l’association que les yeux pour pleurer et aux Moissagais d’attendre le bon vouloir du prince.

C’est toujours ainsi que les populistes, les autoritaires au petit pied procèdent : s’attaquer à la culture, à ceux qui la font et la font vivre. La compagnie « Arène théâtre » a été la première à en faire les frais. La culture représente une liberté, une ouverture aux autres, une force de subversion que l’extrême droite déteste, dont elle a peur. Ces gens-là ne la tolèrent que soumise, peureuse, porte-voix de leur idéologie. Le RN municipal, comme d’autres autoritarismes à travers l’histoire, sait ce qui est bon pour le peuple. Surtout ne pas le laisser s’égarer, penser en dehors des clous, s’autoriser le vagabondage intellectuel. Bref, lui interdire le sel de la vie !  

La mise au pas de toute ambition culturelle aura d’autres conséquences pour la ville. Outre que ce choix politique ne va guère encourager la créativité locale, l’émergence de jeunes talents qui ont besoin de se frotter au travail de leurs ainés, ce sont l’image, le rayonnement de Moissac qui vont pâlir à proportion. Comment dès lors donner envie de Moissac, amener la jeunesse instruite à rester, attirer de nouveaux habitants, encourager les entreprises à investir sur notre territoire ? Le développement économique, la prospérité d’une ville reposent, on le voit un peu partout en France, sur sa capacité à offrir le meilleur environnement intellectuel et culturel. Moissac n’en prend pas le chemin.

Le grand ménage touche aussi le personnel municipal. Jean Marc Fuentes qui présidait aux destinées des spectacles et du festival de Moissac, a rendu son tablier. D’autres ont fait de même, à commencer par le Directeur des services techniques et son adjoint. La directrice des ressources humaines a également quitté le navire. Plusieurs services municipaux ont vu depuis quelques mois, leurs effectifs diminuer, suite à des non renouvellement de contrats. C’est vrai à la communication, à la politique de la ville, au patrimoine… Ça déboise !

Et gare aux récalcitrants. Le maire qui mélange en permanence sa fonction officielle et sa position de militant frontiste n’hésite pas à faire la leçon aux agents municipaux ou même aux parents d’élèves. Dernière sortie en date le respect des horaires d’accueil dans les centres de loisirs. Une règle dont l’édile moissagais s’affranchit allègrement quand ses enfants sont concernés. Mais il ne fait pas bon de le faire remarquer. Pour un simple mot d’une animatrice, la responsable du service jeunesse a eu droit à une admonestation courroucée du maire-papa.