1° mai

La manif est restée à la maison. Les rassemblements ont baissé pavillon. Les vendeurs de muguet ont déserté le coin de la rue, abandonné aux bourrasques d’un vent méchant chargé de pluie. Le Covid, ce diable couronné, invisible et imprévisible, a eu raison des rituels les mieux établis. Les travailleurs sont confinés, les banderoles remisées, un grand silence s’est abattu sur la ville. Rappelés à l’ordre par la toute-puissance des calendriers numériques, nous voilà comme jadis les huguenots condamnés au désert, réduits à célébrer ce 1° mai sur des réseaux sociaux. Chacun chez soi et comme pis-aller quelques clics pour faire communauté, substitut moderne et inepte à ce que naguère on appelait les classes populaires. Un mouvement rapide d’un pouce ou d’un index pour se rappeler au bon souvenir de l’histoire.

Le muguet des cartes virtuelles, fussent-elles sonores et animées, a perdu de sa grâce, de sa fraîcheur charnelle et fragile. Les slogans vomis d’un twitt machinal sentent la naphtaline. Les discours, ravalés au rang d’éléments de langage, semblent tout à coup hors du temps, étrangers à la réalité qu’ils prétendent décrire, incapables d’annoncer la fin des mauvais jours et encore moins de promettre des aubes claires. « Quand irons-nous, par-delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition, adorer- les premiers- Noël sur la terre ! Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves, ne maudissons pas la vie. » (Une saison en enfer. A. Rimbaud)

Aujourd’hui, oui, ce premier mai, le sentiment d’avoir basculés dans un autre monde, d’être entrés dans une autre dimension se fait plus pressant, plus oppressant aussi. Nos certitudes sont foulées au pied par la pandémie. Et nous peinons déjà à imaginer la suite: le changement climatique, le réchauffement inéluctable de notre planète, l’épuisement de ses ressources et les périls mortels que cela promet à l’humanité toute entière.

Alors, de quoi ce moment est-il gros? De cette grande lessiveuse que sortira-t-il? De vieilles lunes borgnes ou l’envie d’un monde à réinventer?

 

Le marché de plein vent

Moissac. Le 25° marché de Tarn et Garonne à obtenir de la préfecture l’autorisation de réouverture les vendredi, samedi et dimanche. Seul le marché couvert est concerné, Pas le marché de plein vent ! Immédiatement les réseaux sociaux ont à juste titre réagi, s’étonnant de ce choix préfectoral. Pourquoi privilégier un lieu clos, n’offrant pas d’autres emplacements que les loges louées à l’année ? Pourquoi un espace où les circulations seront difficiles avec le risque d’embouteillages devant certains étals ? Par ailleurs, ce choix, et ce n’est pas sa moindre conséquence, interdit de fait aux producteurs de fruits et légumes locaux un retour souhaité sur le marché traditionnel. Certes, depuis le 24 mars date de la fermeture des Récollets, ils se sont organisés et les clients ont suivi. Certains vendent leur production sur le parking d’une grande surface, d’autres -peut-être les mêmes- ont multiplié les drives, les livraisons à domicile, installant avec leur clientèle une nouvelle relation.

Jean Luc Henryot, l’adjoint au maire en charge de cette question, avoue lui aussi ne pas comprendre, estimant que son dossier présentait toutes les garanties concernant les distances, les circulations, les emplacements. Une organisation pensée pour les seuls étals alimentaires, le bazar n’étant à priori pas concerné . Seule explication avancée par l’adjoint municipal : « pas de volonté visiblement d’accorder plus de dérogations sur les marchés de plein vent dans le département »

On est en droit d’attendre de la Préfecture un minimum d’explications. Les producteurs locaux ont besoin, tout comme les consommateurs, de ce rendez-vous hebdomadaire. Moissac aime son marché de bouche. Il est nécessaire. Il fait partie de l’image de la ville. Nous savons que le déconfinement risque d’être long, qu’il faut et faudra respecter les gestes barrières, plus que jamais dans la période qui s’ouvre. Mais si le préfet devait persister dans sa décision, nous pouvons, citoyens de Moissac lui faire part de notre incompréhension, de notre mécontentement. Il existe pour ça un outil simple et efficace sur le net : la pétition en ligne. Voilà une réponse citoyenne!

Il y a quelque chose dans l’air…

40 centimes, c’est le prix d’une dérogation de sortie au Tabac des Récollets de Moissac. Et oui, tout se paie. Ces formulaires gratuits sont à disposition sur le site internet du ministère de l’intérieur : https://media.interieur.gouv.fr/deplacement-covid-19…Il suffit de les télécharger.  Comment font donc les étourdis ou les plus démunis pour se mettre en règle avec le confinement ? L’autre solution (gratuite) c’est la mairie qui aux heures d’ouverture délivre deux attestions papier par personne (à remplir soi-même) et en n’omettant aucune mention.  Ce serait trop bête que les plus démunis écopent par dessus le marché d’une amende de 135 euros!

Hier, c’était mon jour de sortie hebdomadaire vers le supermarché. Et le sentiment que quelque chose était en train de changer. Dans les rues de la ville, des voitures, beaucoup plus de circulation que la semaine dernière. Des commerces ouverts, des chantiers en activité. Comme si tout à coup, la ville anticipait avec 20 jours d’avance le temps du déconfinement. A l’entrée du supermarché, la sécurité est toujours en place. Elle propose aux clients de se laver les mains et nettoie systématiquement les caddies. Mais à l’intérieur, les chalands ne sont pas très nombreux à porter un masque, encore moins des gants. Cette négligence, particulièrement notable chez les hommes, est doublement coupable. Elle risque de faciliter la tâche à ce fameux virus qui pour l’instant -et fort heureusement- n’a pas trop contaminé notre territoire. Elle apparaît aussi comme un manque de respect à l’égard des salariés de l’établissement, je pense aux caissières et aux caissiers, obligés à un face à face permanent avec la clientèle.

Ce n’est pas le moment de baisser la garde. Le virus est toujours là. Il sera encore là après le 11 mai. Raisons de plus pour respecter les gestes barrières, pour se protéger et protéger les autres. A défaut de n’être pas encore une obligation légale, le port du masque est une obligation civique dans tous les lieux publics.

 

L’irascible et le gendarme

Depuis déjà plusieurs semaines, la rue Gambetta à Moissac applaudit à tout rompre les personnels médicaux, aides soignants, infirmières, médecins, toutes et tous en première ligne contre le Covid19. Certes, Moissac, et même le Tarn et Garonne, sont pour l’instant épargnés par la pandémie. Mais à travers ce rendez-vous, les habitants du quartier veulent affirmer leur reconnaissance et leur admiration pour toutes celles et tous ceux qui un peu partout en France mènent ce combat. C’est aussi un petit moment de convivialité, volé au confinement, qui,  dans le respect des règles sanitaires, permet aux uns et aux autres de se saluer, de prendre des nouvelles. Un moment de détente souvent accompagné de quelques airs de musique, dans l’attente de pouvoir enfin faire la fête, sans crainte ni contrainte.

Et voilà que lundi soir, la fête a été gâchée par l’intervention d’une patrouille de gendarmes. Sur plainte d’un irascible confiné, qui à l’évidence ne goûte guère les démonstrations de solidarité et de joie populaire, la maréchaussée a fait taire la musique qui s’échappait d’un quatrième étage de la rue. Avec promesse qu’à la prochaine incartade, il y aurait contravention: 135 euros pour non respect du confinement. Clochemerle sur Tarn! Cet incident qui a mis la rue en émoi, et on peut la comprendre, pose cependant une question et oblige à un commentaire. Y avait-il tapage nocturne? A l’évidence non. Trouble à l’ordre public? Pas davantage, sauf à voir dans cette communion nationale du 20 heures, une dangereuse manifestation. Bref, la gendarmerie n’était pas fondée à intervenir. Quant au confiné délateur, on lui souhaite (c’est peut-être une femme) une bonne santé et un dialogue instructif avec sa psyché.

 

 

 

 

Misères

La crise sanitaire du Covid 19 met le doigt, et quel doigt, sur les précarités et ce qu’on appelle les fractures sociales. Prenons le cas de l’alimentation. Le coût du panier de courses des plus pauvres a soudainement doublé, voire triplé avec le confinement. Les prix au supermarché n’ayant pas sensiblement augmenté, c’est le volume du panier qui a changé. Il faut nourrir toute une famille, les enfants notamment,  qui en période ordinaire bénéficient souvent des petits déjeuners gratuits dispensés par l’école, et de la cantine à midi qui leur propose des repas variés et équilibrés pour un prix défiant toute concurrence. Pour les familles dont les seuls revenus sont les minima sociaux, l’aide est considérable. Pour celles qui perçoivent des petits salaires aussi, ces dernières pouvant dans certains cas bénéficier d’une cantine sur leur lieu de travail. On mesure donc en ce moment à quel point, dans le seul domaine alimentaire, le système d’aides publiques ou privées, constitue un efficace outil de redistribution économique et un bouclier contre la pauvreté. C’est bien pourquoi il ne faut pas tergiverser longtemps sur la réouverture de ces structures. Elles sont vitales! Comme le sont les associations caritatives qui contre vents et marées sont restées ouvertes et permettent à des familles dans la difficulté de trouver une aide salutaire.

Rouvrir les cantines, rouvrir les écoles. C’est aussi une nécessité. Certes, il faudra y aller par étapes, définir de nouvelles modalités, mettre en place des organisations adaptées aux situations locales. Mais il faut le faire! Trop d’enfants issus des milieux défavorisés, sont en train de décrocher, de perdre pied, faute de tout: de place à la maison, de matériels informatiques, de parents disponibles et en capacité de les aider. Cette crise sanitaire est un terrible révélateur de pauvreté. Elle jette une lumière crue sur les difficultés matérielles, mais aussi intellectuelles d’une partie de la population. Elle montre toute l’importance des aides sociales, des structures solidaires et des politiques publiques, en l’occurrence le rôle de l’état. En période de croissance économique, quand le système tourne à sa convenance, les plus pauvres d’entre nous ont bien du mal à garder la tête hors de l’eau. Ça devient impossible quand la machine se dérègle, quand les moteurs de l’économie s’éteignent un à un.

Il faut donc les rallumer, ne serait-ce que pour soulager ces gens là, leur redonner un peu d’espoir. Pour donner aussi à notre société les moyens de répondre à nos besoins et pas seulement dans le domaine de la santé. Rallumer les moteurs, sans tarder, mais pour aller où? Vers quel horizon, pour quelle société? Nous aurions grand tort, si l’on se préoccupe du sort des générations à venir, de faire comme si de rien n’était, de vouloir repartir comme avant, comme il y a deux mois. L’environnement, la biodiversité ne sont pas des préoccupations de riches et de bien portants, des variables d’ajustement pour sociétés prospères. Ils sont la matrice de nos vies.  Ils constituent un invariant dans l’équation de la reprise, où économie, social et écologie ont partie liée. Pas d’action sur l’un, sans mesurer les conséquences sur l’autre! C’est à cet effort que nous devons consentir, collectivement, dans le cadre d’un nouveau contrat social qu’il nous appartient d’ores et déjà d’esquisser. Pour reprendre une expression à la  mode, ne procrastinons pas. Ne remettons pas à demain ce que la crise sanitaire nous commande de réaliser. Maintenant!

Moissac solidaire

Le secours populaire, 3 allées Montebello. Tél. 05 63 04 55 70.  Distribution alimentaire maintenue les mardi et jeudi matin de 9 heures à 11 heures.

La Croix-Rouge, 2 rue Louis-d’Anjou. Tél. 05 63 04 41 13. Distribution des colis  le mardi sur rendez-vous pour les inscrits, pas de nouvelles inscriptions possibles. Possibilité de livraison de panier pour les personnes ne pouvant pas se déplacer (tout public) après appel sur le numéro national. La Croix-Rouge peut aussi livrer les « Drive » commandés à l’Intermarché et réglés en ligne. Renseignements, Tél. 06 70 40 74 48 ou 06 81 11 30 28.

Les Restos du cœur, Tél.06 82 04 52 58. Distribution maintenue tous les lundis à l’espace Confluences.

Le secours catholique. Distribution d’aides financières aux précaires sous forme de chèques service (ou bons d’achats selon les accords locaux déjà en place) pour achats dans les commerces de proximité.