Le tout jeune maire Rassemblement national a hérité, pour ses premiers conseils municipaux, d’une salle toute neuve, où la lumière joue magnifiquement avec les matériaux nobles choisis par l’architecte. L’espace est clair, sobre et fonctionnel. Cela vaut bien, je n’en suis pas coutumier, un coup de chapeau à l’ancienne majorité de Jean Michel Henryot.
Ce deuxième conseil de la première mandature d’extrême droite dans l’histoire de Moissac a été vite emballé. Il faut dire que l’ordre du jour était maigrelet : la désignation des grands électeurs qui le 27 septembre prochain enverront pour le département de Tarn et Garonne deux sénateurs au palais du Luxembourg. Avec ses 13000 habitants, les 33 conseillers municipaux de la ville sont d’office qualifiés, le maire faisant savoir qu’il ne participera pas au vote ni en tant que titulaire, ni en tant que suppléant. On a compris que l’homme savait faire de la politique. Cette mise en retrait volontaire lui permet de rester sur l’Aventin, une façon de ne pas injurier l’avenir, et de payer son tribut à un certain potentat valencien qui lui manifesta dans son journal une étonnante bienveillance tout au long de la campagne électorale.
Rien d’étonnant dès lors que notre fringuant nouvel édile, ait pris un malin plaisir à proposer dans sa liste de délégués suppléants, une des figures populaires du radicalisme local qu’on croyait plus attachée au quartier du Sarlac et à son Petit bois qu’aux sirènes lepénistes. Parmi les 9 délégués suppléants, un autre personnage bien connu des Moissagais a fait sensation : le président de l’association de défense des usagers de l’hôpital, par ailleurs membre éminent du Comité de défense. Ancien de l’équipe Henryot en 2014, il avait, au bout de quelques semaines, démissionné de son mandat d’adjoint aux finances pour dire tout le mal qu’il pensait de ses anciens compagnons. On sait maintenant que cette dissidence était purement idéologique, puisque cet ancien professeur de mathématiques a donné de son temps pour initier le futur maire RN aux problèmes de notre hôpital. Tout s’éclaire donc ! Et on comprend mieux la fronde, dont il fut un des porte-voix, qui a conduit Jean Paul Nunzi, président de ce même Comité de défense à démissionner.
A propos de démission, je ne sais pas ce qui se passe chez TEMS, mais trois départs d’un seul coup, ça interpelle. Il n’y a donc pas que les glaces des pôles qui fondent à vue d’œil ! Et les propos de certains colistiers sur les réseaux sociaux me laissent penser qu’ils n’ont toujours rien appris de leur défaite. Mais comme dit l’autre, les chiens aboient, la caravane passe !
Bref, rien qui ne changera la vie des Moissagais lors de ce dernier conseil municipal, mais une série de signaux, comme autant d’alertes sur le vrai visage de ce lepénisme municipal aux manières si convenables. Le maire s’était défendu sur twitter dont il semble, tout comme Trump, un adepte inconditionnel de ne pas vouloir installer un cabinet mariniste (Marion étant son ancienne et jeune patronne en délicatesse avec Marine, sa vieille tante). Bingo ! Voilà que vient d’arriver à Moissac sur un poste budgétaire créé pour la circonstance, un autre jeune lepéniste, rescapé des municipales de Toulouse où il n’a guère brillé. Candidat éconduit là-bas, directeur de cabinet et commissaire politique ici! Pour les économies, on attendra. Et pour le reste, c’est tout vu : le système RN se met en place, les bébés Le Pen investissent la ville ! Et maintenant qu’ils sont installés, ils se lâchent. Dans un autre twitt, pour justifier ses choix, le maire s’est permis cette sortie pour le moins imbécile : « …quand on voit les dégâts engendrés par la « collaboration » entre JM Henryot et l’ex secrétaire de Nunzi » (sic). On notera l’emploi du terme « collaboration » qui est tout sauf innocent dans le vocabulaire d’un parti où la nostalgie tient lieu de colonne vertébrale. Au passage, on appréciera le mépris à l’égard d’une salariée dont le dévouement et la loyauté n’ont jamais été pris en défaut, avec Nunzi, comme avec Henryot. Quant aux dégâts, on attend toujours une analyse sérieuse de la situation. Il ne suffit pas de gonfler ses petits biceps sécuritaires pour remettre la ville sur les bons rails. Il y faut un programme cohérent et ambitieux, comme celui que portait notre liste « Moissac naturellement ». Nous n’avons certes pas convaincu les Moissagais, mais la crise économique et sociétale qui s’ouvre avec les nécessaires transformations qu’elle esquisse, nous donne déjà raison.
« Retrouvons Moissac » clamait le candidat lepéniste. Chiche ! Retrouvons notre ville, modèle de tolérance, d’ouverture aux autres, d’attention aux plus vulnérables, qui protégea des centaines d’enfants juifs, qui fut pendant trois décennies, un des pôles culturels dans le département, attachée à la mise en valeur d’un patrimoine de réputation mondiale. Le Lepénisme municipal n’est pas la fin de l’histoire. Il ne tient qu’à nous, qu’à tous les citoyens de bonne volonté, de renouer le fil. Les six années qui viennent s’annoncent difficiles mais exaltantes.