Moissac, roman photos

On était curieux de voir quel visage allait prendre « Moissac magazine », le périodique édité par la Mairie. Pour ce premier numéro, post élection, on est servi. Au-delà de nos craintes ! Le journal officiel de la municipalité n’a qu’un visage, celui de Romain Lopez, ce jeune maire qui prend bien la lumière, et dont la part d’ombre se révèle jour après jour.

Il est certes encore un peu tôt pour parler de culte de la personnalité, mais les signaux d’alerte se multiplient. Et pour le coup, il ne s’agit pas de signaux faibles. 

Pas moins de 42 photos mettent en scène le jeune lepéniste. Un record historique qui laisse loin, très loin derrière, les Nunzi et Henryot pour ne parler que des maires les plus récents. A tel point qu’on peut se demander en parcourant les quelque 32 pages de la publication, s’il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Je croyais lire un bulletin municipal et je me retrouve avec le roman photo de Romain Lopez. En majesté, prenant la pose, sur le terrain, masqué, démasqué, en polo, micro en main… ne manquent plus que des photos du sportif, de son chien ou de son chat pour parachever le tableau. 

 A l’évidence, l’homme veut imprimer comme on dit aujourd’hui. A tel point qu’il en oublie ses adjoints, et encore plus ses colistiers, ombres furtives et rares dans cette première publication du mandat. Même la photo de famille qui fait la couverture du magazine peine à masquer la réalité. L’équipe municipale, c’est Romain Lopez, qu’on se le dise !

Pour le reste, pas de surprise. La patte FN griffe de bout en bout ces quelques pages. Papier glacé, petits textes et gros caractères pour celles et ceux qui n’auraient pas chaussé leurs lunettes, surmontés de titres coups de marteau. Ici, on ne fait pas dans la dentelle, ni dans la subtilité. On va droit au but, on cogne, le dossier sécurité en est l’illustration. Le maire se montre, mais le maire parle aussi. Il est cité à longueur de colonnes, égrenant une fois de plus ses discours de campagne, comme un écho sur papier à ses tweets quotidiens. Sécurité et propreté ! L’homme veut montrer qu’il tient ses promesses. Pour le reste, nada ! Moissac repassera.

Et comme il n’est pas partageux, voilà l’opposition officielle réduite à la portion congrue. Quelques lignes de « libre expression » pour dire que le vilain n’est guère généreux et qu’il est partisan. En doutiez-vous?

Virus

Mettons les choses en face. Un soir, le Président de la République annonce à 20 millions de Français un couvre feu pour lutter contre la pandémie galopante de Covid 19 et en appelle à l’unité de la nation. Le lendemain, au lever du jour, perquisitions chez quatre ministres dont l’ancien premier ministre. Leurs bureaux, mais aussi leur domicile sont fouillés par la police. Ordre de la Cour de justice, seule juridiction compétente, qui instruit 9 plaintes sur la gestion de la crise du printemps dernier par le gouvernement. Est-ce bien raisonnable? Peut-on croire à une coïncidence? Certes, la justice, comme le dit l’adage, doit passer. Mais pourquoi agir à ce moment où la France inquiète a besoin de retrouver confiance dans ses dirigeants, de se serrer les coudes face à l’adversité?

Si les juges voulaient montrer leur indépendance, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Mais au-delà, le procédé interroge. Au mieux c’est une maladresse insigne. Au pire, c’est un coup politique! Car on le voit bien et les commentateurs ne s’y sont pas trompés, cette opération, largement médiatisée, ruine d’un seul coup d’un seul, les efforts de pédagogie du Président. A l’évidence, alors que les Français doutent, mégotent leur confiance à nos gouvernants, cette opération décrédibilise la parole publique, elle en rajoute encore une couche au complotisme ambiant. Elle jette par avance le discrédit sur toutes les mesures que prend le pouvoir pour lutter contre la pandémie, elle touille un peu plus les miasmes délétères qui empuantissent le climat national.

Encore une fois, il ne s’agit pas de dire qu’il faut s’asseoir sur les plaintes, fondées ou pas, qu’il faut protéger, comme naguère, les représentants du pouvoir. Ils sont des justiciables comme les autres. Mais ne pouvait-on pas attendre un peu, quelques semaines, quelques mois, que la crise soit passée? Croit-on vraiment qu’un tel battage va permettre aux ministres concernés, je pense en particulier au ministre de la santé, de décider sereinement et avec lucidité des conduites à tenir? De faire les bons choix, pour les Français et pour le pays? On sait que les politiques ont le cuir dur. Ils demeurent cependant des hommes. On ferait bien de ne pas l’oublier!

Le voltigeur de Moissac

Brigitte Barèges, Robert Menard, Romain Lopez… trois générations, trois parcours et un même projet sur les estrades de Montauban : constituer un bloc des droites, ancré le plus à droite possible. Comme l’esquisse d’une majorité pour faire tomber Carole Delga, la présidente PS de la région Occitanie. Ménard le prophète, la pythie de Béziers ; Barèges figure de Janus, la respectabilité LR et le verbe RN ; et Lopez le nouveau voltigeur de la lepénie ! Le maire de Moissac a de l’appétit. Après le banquet de Tarbes avec ses camarades frontistes, il s’invite à la table de ses ainés. Il ne se laissera pas cloîtrer dans sa ville dont il entend faire une base arrière pour préparer d’autres conquêtes.

Pourtant à Moissac, le jeune maire avance à pas prudents. D’aucuns qui assistent aux différentes réunions qui émaillent la vie d’une municipalité, le trouvent même néophyte en bien des matières. Certains le décrivent. comme un homme sous influence, flanqué en permanence de son responsable de la communication, chaperonné surtout par son directeur de cabinet qui semble lui apprendre les rudiments du métier. 

Mais là où R. Lopez donne sa pleine mesure, c’est sur twitter. Jour après jour, heure après heure, le militant s’y révèle, s’y épanouit, lâche sa bile et donne à voir aux aveugles de mars sa vraie nature. Dernière saillie en date : « les bobos socialistes de la radio publique ». Voilà notre petit édile qui se prend pour Zemmour, se rêve en pourfendeur du système, jeune croisé d’un ordre nouveau.Pour celles et ceux qui ne perdent pas leur temps sur ce réseau, consentez que je vous éclaire. Quelques chaînes d’informations en continu, et elles ne s’en cachent pas, montent, à coup de polémistes issus de l’extrême droite, des provocations permanentes. Certaines sont même poursuivies « pour incitation à la xénophobie et à la haine ». France Inter s’en est fait l’écho ! Il n’en fallait pas plus pour déchaîner l’ire du moissagais qui dénonce derechef lesdits bobos, censés « se gaver avec l’argent des français ». Ça ne vous rappelle rien ? Moi si : à un mot près, la rhétorique des Ligues en 1934, ou celle du PPF de Doriot… C’est le moment ! « Retrouvons… » nos livres d’histoire!

Pour qui sonne le glas

Deux sénateurs « divers droite » ont été élus par les 749 grands électeurs du Tarn et Garonne. Pas de surprise avec François Bonhomme, apparenté LR, qui se succède à lui-même, au second tour de scrutin. En revanche plus spectaculaire est l’élection de Pierre Antoine Levi qui coiffe sur le poteau dune seule petite voix Jean Paul Térenne, le candidat du PRG, poulain de JM Baylet.

Pour le patron de La Dépêche, cest un revers qui sonne le glas de sa toute puissance, puisque les grands électeurs ont majoritairement tourné le dos aux consignes de vote de leurs partis. En effet, au deuxième tour, J.P. Térenne est loin davoir fait le plein des voix de gauche qui lui étaient promises. Malgré  les désistements de Etienne Astoul, candidat PS, de Cécile Roblin (EELV) et Guy Daime (PCF), sur les 155 voix attendues, il nen a récupéré que 40. Cest dire dans quel état desprit sont les élus sortis des urnes en mars dernier. A l’évidence, sur le trottoir de gauche, la boutique Baylet perd de la clientèle.  L’aura du patron est sérieusement émoussée, et plus préoccupant pour lui, il ne fait même plus peur.

En face, sur le trottoir de la droite, ce nest pas beaucoup plus reluisant. Brigitte Barèges en délicatesse, cest de notoriété publique, avec François Bonhomme qui a obtenu 378 voix, a tout fait pour le maintien de sa candidate, Monique Ferrero qui au second tour n’a réuni que 145 suffrages. C’était ne pas compter avec son nouveau « meilleur ennemi », son ex premier adjoint Pierre Antoine Levi, le troisième homme, celui qu’on n’attendait pas. Et sa victoire est un véritable désaveu pour la mairie de Montauban et pour ses méthodes.

Du coup, voilà B-B, Barèges-Baylet, les deux éléphants de la politique departementale, renvoyés dans leurs 22 mètres et contraints de se poser des questions sur le proche avenir. En ligne de mire, les élections de mars prochain, et la présidence du département. On sait que l’un comme l’autre rêvent de faire tomber Christian Astruc, quitte à se donner à l’occasion un coup de main. Certes, il est difficile de comparer les départementales et les sénatoriales, ce ne sont pas les mêmes électeurs, mais le coup de semonce est bien réel. La droite cherche à s’émanciper de la tutelle de B. Barèges. La gauche, quand elle tombe sous la férule du maire de Valence d’Agen, et malgré les appels de ses dirigeants rechigne à faire front commun. Nul doute que Christian Astruc a suivi les résultats de ces élections avec une certaine gourmandise.

Aux petits soins de l’hôpital

Comme le dit fort justement le maire de Moissac, une page se tourne pour le Comité de défense de l’hôpital. Un nouveau CA est en place qui fait la part belle aux élus du territoire, soucieux de se montrer à quelques mois des élections départementales. On ne va pas le leur reprocher. Simplement une fois digérés les discours de circonstance, le Comité de défense se trouve à nouveau au pied du mur. Les pétitions de principe, les moulinets et autres proclamations vigoureuses n’y ont rien changé. L’hôpital de Moissac est dans le même état ou presque qu’il y a six mois. Et les perspectives ne sont pas meilleures.

Il est vrai que la Covid qui désormais frappe de plein fouet le département et la ville a détourné pour un bon moment encore l’attention de la population. De son côté, l’ARS, l’Agence régionale de santé, est toute entière occupée à la lutte contre la pandémie. Du coup, le comité de défense prêche dans le désert, sans grandes chances d’être tout de suite entendu.

Mais que veut-il de nouveau ? Rien ! Ou plutôt la même chose qu’avant, qu’avant les élections municipales. Des chirurgiens, des anesthésistes, des personnels de soin et la rénovation de certains services… Comment envisage-t-il d’obtenir gain de cause ? Nul ne le sait !  Le nouveau CA ne manifeste pas beaucoup plus d’imagination que le précédent. Les mots, fussent-ils forts et même légitimes, restent des mots. Les délégués sont sortis de ce premier CA sans perspective d’action, sans autre projet que d’occuper le terrain, de répéter jusqu’à plus soif le rôle de cet hôpital, et les attentes de la population. En premier, le maire de Moissac qui a chaussé sans tarder les charentaises du notable. Il promettait de renverser la table. Il remet le couvert.

Il faut dire, et pour le coup l’élu du RN parle d’or, que le Comité de défense pêche par défaut de jeunesse. Et ce n’est pas là sa moindre faiblesse ! le sort de l’hôpital ne saurait être la seule affaire des plus âgés. C’est l’affaire de tous. Encore faudrait-il que tous en soient convaincus. S’il veut peser sur les décisions à venir, le Comité va devoir élargir son audience, trouver le moyen de mobiliser en profondeur la population du territoire et renouveler ses modes d’action.

Et sur cet aspect des choses, il y a encore du chemin à faire. En ouverture de son propos, le maire de Moissac qui n’oublie pas qu’il est un militant du RN, a cru bon, à l’instar de sa patronne, de dénoncer l’ultra libéralisme, ajoutant que « la charité a fait place à l’économie… » Voudrait-il le retour des hospices ?