Pauvres étudiants

Pour le commun des citoyens, c’est peut-être une anecdote, mais pour les étudiants résidants en Tarn et Garonne et en Lozère (mais oui, il y a des étudiants en Lozère), ce n’en est pas une. Dans ces deux départements, en l’absence du CROUS (le Centre régional des œuvres universitaires) ils n’ont toujours pas droit au repas à un euro pourtant annoncé la semaine dernière par le Président de la République. Voilà nos braves potaches condamnés à sauter à la corde devant le buffet.

Et le buffet est fermé. En l’occurrence, le restaurant administratif du département. C’est là, si l’on en croit ce qui se dit du côté de Mende et de Montauban, qu’ils auraient pu prendre leur repas. Un peu perdus dans ce maquis administratif, les jeunes ne savent pas trop vers qui se tourner et se voient en attendant une solution, condamnés à la débrouille quand les parents ne sont pas là pour subvenir à leurs besoins.

Renseignements pris, le département de Tarn et Garonne devrait dans les jours qui viennent leur proposer des paniers repas à emporter, mais faute d’information officielle, on ne sait pas encore comment l’opération sera conduite.

Que nous dit cette histoire de l’état de notre société ? Un que les collectivités ne sont pas rapides à la détente, voire qu’elles traînent les pieds devant des décisions venues d’en haut. Deux que l’administration, qu’elle soit territoriale ou d’état, manque sérieusement d’agilité, empêtrée dans des considérations bureaucratiques, quand elle ne s’ingénie pas à freiner des quatre fers. Un de mes amis, patron d’une PME me racontait il y a quelques temps, les difficultés qu’il rencontrait auprès des services préfectoraux pour obtenir les aides annoncées par le gouvernement. Au bout du fil, une voix anonyme lui répondait invariablement : « pas au courant ». Dès lors on peut comprendre que certains s’en énervent, ou que d’autres désespèrent de la chose publique !

RN: les pieds dans le tapis

Le maire de Moissac est prêt à tout pour se dédouaner de ses responsabilités. Dans un premier temps il communique pour dire qu’il ne pourra pas appliquer le protocole sanitaire dans les écoles et que du coup, il ne servira que des repas froids dans les cantines. Contrairement à ses allégations, le nouveau protocole n’impose pas deux mètres de distance entre les élèves, mais entre les groupes, entre les différentes classes. Cela fait une sacrée différence ! Quant aux repas froids, c’est de sa pure invention. 

A l’évidence, le maire de Moissac ne se préoccupe guère de la santé des enfants. Il bat campagne contre le gouvernement dont il se veut l’opposant le plus déterminé. Mais à trop vouloir en faire, il s’est pris les pieds dans le tapis. La République en Marche 82 a alerté les autorités préfectorales et, pour que nul n’en ignore, expliqué dans une note publiée ce week-end les termes du protocole sanitaire mis en place par le ministère de l’éducation nationale. Dans un communiqué de presse où il tente de noyer le poisson, le militant RN a été contraint de rétropédaler. Les règles nationales seront bien appliquées dans les cantines scolaires de la ville et les enfants auront droit à des repas normaux, avec plats chauds. C’est bien le moins !

Personne n’ignore les contraintes, voire les difficultés que ces protocoles provoquent. Mais chacun sait combien il est important pour nos enfants de poursuivre leur scolarité, d’apprendre avec leurs professeurs. On a vu les dégâts que pouvait causer la fermeture des écoles. Il faut donc contre mauvaise fortune faire bon cœur. Saluons à ce propos l’engagement du corps enseignant et des personnels municipaux qui manifestent au quotidien leur sens du devoir. C’est tout à leur honneur !

Un maire pas écolo

Le maire de Moissac ne veut pas de photovoltaïque. Il le dit franco de port sur son compte tweeter, annonçant l’arrêt du projet d’un champ de panneaux sur un terrain communal. C’est la précédente municipalité qui avait initié cette démarche que nous avions fermement soutenue et qui avait été votée par le Conseil municipal. Mais un maire, seul dans son coin, pendu à son smartphone, peut-il annuler une délibération du Conseil municipal ?  Ce dernier ne doit-il pas être consulté ? La réponse semble aller de soi ! Ce tweet révèle donc en quelle estime le maire tient sa majorité, et au-delà la démocratie locale. Voilà en tout cas un nouvel accroc, un accroc sérieux à l’image de l’édile frontiste.

Et pour que les choses soient claires, le maire en rajoute une couche : « nous refusons tout projet similaire qui dénature nos paysages et participe à l’affaiblissement de l’industrie française » Rien que ça ! « Retrouvons Moissac », c’était un slogan de campagne, c’est un choix de société, sans éoliennes, sans panneaux photovoltaïques et tant que nous y sommes, sans ces poteaux électriques qui à l’orée du XX° siècle sont venus défigurer notre belle nature moissagaise. Mais le maire n’ira pas jusque-là, conscient que ses électeurs ne le suivraient pas. Il préfère, c’est bien dans le ton de sa cheffe, dénoncer le « démantèlement » de nos centrales nucléaires qui ont le grand mérite d’être chez les autres.

Une fois de plus le RN cherche à enfumer la galerie. Propos d’ignorant ou de menteur, c’est au choix ! Si Fessenheim est en cours de fermeture, parce que trop vieille et technologiquement dépassée, la plupart des autres centrales, vont voir leur durée de vie prolongée. A titre d’exemple, plus de 300 millions d’euros seront injectés dans l ‘économie locale à l’occasion du grand carénage de Golfech, histoire de lui donner une deuxième jeunesse. Le nucléaire fait partie du mix énergétique de la France, car il demeure à ce jour la seule source d’énergie dé-carbonée et non intermittente. La France, qui est un des tout premiers spécialistes mondiaux dans le nucléaire civil, mise toujours, malgré de sérieux déboires de départ, sur les EPR, (European pressurized reactor), les réacteurs de troisième génération. Mieux, le projet ITER (Le Chemin en Latin) qui réunit 35 pays dans le centre de recherche de Cadarache, en Provence, pourrait dans quelques années nous permettre un bon technologique énorme : passer de la fission de l’atome, à la fusion nucléaire. En gros, reproduire le chaudron solaire et disposer ainsi d’une énergie inépuisable, et quasiment propre.

Pour autant, le gouvernement ne tourne pas le dos aux énergies renouvelables : vent, soleil, eau qui bénéficient de crédits de recherche considérables et d’aides à l’installation, pour les particuliers comme pour les entreprises. Objectif : protéger l’environnement et permettre à la France de conquérir sa souveraineté dans ce domaine. Encore faudrait-il que tout le monde joue le jeu et en particulier les élus locaux 

Grand corps malade

Les vieux démons de la gauche moissagaise n’ont pas rendu l’âme. L’élection confortable d’un maire RN dans cette ville qu’on se plaisait à croire radicale, a offert à un tout petit cénacle qui se veut grand par le nombre d’étiquettes qu’il revendique, le rôle dans lequel il excelle : celui de l’opposition forte en gueule, propriétaire déclarée, à l’exclusion de tous les autres courants, de l’humanisme progressiste. 

Rien de neuf me direz-vous, il y a plus d’un an, ces intransigeants ont fait capoter les tentatives de construire un rassemblement, un front contre le Front national. Aujourd’hui dans un communiqué que se partagent certains internautes moissagais, les signataires nous annoncent « l’union des forces de gauche, contre la haine et le rejet ». Pas sûr que nos concitoyens adhèrent à un slogan qui est loin d’exprimer la complexité de la situation sur ces bords du Tarn. Il suffit pour s’en convaincre de laisser traîner ses oreilles entre les étals du marché. Mais, il y a un temps pour chaque chose et fatalement le moment viendra où les yeux se dessilleront, par eux-mêmes.

Comment comprendre ce communiqué ? Comme un message aux Moissagais, le grand corps malade bouge encore ! Bonne nouvelle ! Il entend aussi, et c’est peut-être bien là son objectif premier et cynique, faire taire toute autre voix que la sienne, étouffer dans l’œuf toute tentative de sortie des ornières idéologiques et partisanes. Chacun son camp ! Sa zone de confort ! Pas de quoi dès lors bousculer l’ordre des choses. Peu d’espoir à ce train de trouver les bonnes réponses à l’offensive réactionnaire que conduisent les affidés de la firme Le Pen !

Dont acte ! Il est vrai que les élections prochaines, départementales et régionales, ne favorisent pas l’audace politique. Elles annoncent une guerre de tranchée, des replis sectaires qui cachent mal les intérêts personnels ou de boutiques. Dommage! Il y a tant à faire pour reconstruire une doctrine émancipée des slogans à deux balles. Pour imaginer des solutions aux problèmes du territoire qui sont économiques, sociaux, sociétaux même. Voilà le sillon à creuser. Certains l’ont compris!

Moissac magazine

Plus que 14 photos de lui dans la dernière livraison de Moissac magazine : le maire de Moissac baisse pavillon. Mais le culte de la personnalité ne disparaît pas pour autant, il s’installe entre les lignes. Rares en effet sont les articles qui ne le mentionnent pas. Il voit tout, il est partout, il fait tout. A ce train-là, le conseil municipal a bien du mal à suivre et nombre d’élu-e-s sont déjà tombés dans les oubliettes. C’est sans importance, seuls survivront celles et ceux qui lui sont indispensables, au commerce par exemple, ou à la voirie. Car le maire est déjà en campagne, pour les départementales. 

Et le bulletin municipal lui sert de faire valoir. Vingt-six pages sur papier glacé pour raconter ses premiers mois à l’Hôtel de ville. Et un style qui s’impose, qui crève les yeux. Pas de discours inutiles : de gros, de très gros titres, bien gras, bien noirs, quelques lignes pour leur donner un peu de chair, et des photos, beaucoup de photos. On n’est pas loin de ce que les réseaux sociaux, dont il fait grand usage, délivrent à jets continus. On ne fait pas dans le détail, on ne s’embarrasse pas d’explications, on assène, on réduit l’information à quelques mots bien choisis.  Technique de la « punch line » ! Mettez-vous bien ça dans le crâne ! 

A qui s’adresse donc la prose du maire ? En priorité, à ses électeurs, qui tous n’ont pas un compte twitter ou instagram, et qui se satisfont de cette agit-prop bien calibrée.  A un lectorat moissagais aussi, qu’il imagine probablement âgé, mais aussi pressé, peu enclin à une lecture exigeante, vite égaré par les textes trop longs ou trop denses.  Nul besoin à ses yeux de se perdre en explications, de chercher à convaincre. Il s’adresse à des convaincus qui voient dans les gros caractères du texte la manifestation d’une volonté et d’une détermination.

Car le maire déroule ainsi page après page les lignes de force de son programme. D’abord et surtout, la sécurité, sous toutes ses formes. Elle est sanitaire, Covid oblige. L’hôpital, dont il a été élu président du Conseil de surveillance et le projet de maison de santé lui donnent l’occasion de faire la leçon aux différents responsables, sans oublier d’égratigner au passage les anciens élus qui « n’ont pas su défendre (leurs) projets ». Le voilà dans son emploi favori qui fait tant plaisir à la galerie. Et puis, pas de sécurité sans policiers, il annonce l’embauche de nouveaux agents pour renforcer la surveillance et multiplier les patrouilles. A l’en croire, Moissac ne serait pas non plus à l’abri d’un attentat terroriste. Diable ! Du coup, photo à l’appui, il interpelle par courrier le préfet et se dit prêt à débusquer les fichés « S » résidant sur la commune. Zorro est arrivé !

Le reste du magazine est sans surprise et l’avenant, avec l’annonce de quelques travaux d’aménagement, un coup de rétroviseur sur les événements culturels passés et une attention particulière au commerce et aux commerçants. En cette période difficile, le maire les soutient, c’est bien le moins, affirmant ne pas vouloir « faire le jeu des multinationales de la vente en ligne ». Voilà qu’il pose façon insoumis ! Ça ne peut pas faire de mal, le Rassemblement national, à l’instar de ses prédécesseurs dans l’histoire, est un as du bonneteau idéologique.

On y reviendra. En attendant, bonnes fêtes à tous et prenez soin de vous et des autres.