Je viens de recevoir les professions de foi des quatre candidats engagés à Moissac dans l ‘élection municipale. La parité est formellement respectée, deux hommes et deux femmes briguent la place de maire. Mais premier sujet d’étonnement, bien qu’il ne faut pas en tirer des conclusions générales et définitives : la droite et l’extrême droite sont représentées par les deux hommes. Les deux femmes, même si l’une refuse toute bannière partisane, sont de l’autre côté. Réjouissant non ?
Il faut s’arrêter maintenant sur les portraits des candidats. Les deux femmes, affichent bien sûr leur différence. L’une, Estelle Hemmami semble privilégier le groupe, au point de presque se confondre avec son équipe. Modestie affichée qu’éclaire et tempère à peine un large sourire. Regard droit dans l’objectif, on fait face, « fière et solidaire ». On pose !
L’autre femme, Séverine Laurent a choisi pour sa profession de foi, le plan américain. Le regard est franc, profond et le sourire discret, tout juste esquissé. L’image promet une écoute, une bienveillance tranquille. « Protéger, concerter, dynamiser ». Les mots et l’image entrent en harmonie, entre eux se construit une dialectique. Une cohérence s’impose.
Les hommes, qui semblent affectionner le bleu marine, se représentent, dans un unisson remarquable, de profil. J’imagine qu’ils ont choisi le meilleur. A droite, estampillé Edouard Philippe, Jules Duffaut a tout misé sur sa jeunesse. Profil légèrement décalé, très gros plan sur un sourire juvénile dont on ne sait pas à qui il s’adresse. Peu importe, dans cette mise en scène, c’est le candidat qui compte. Il est pour reprendre l’expression de Mac Luhan le medium et le message. Nous voilà sommés d’entrer dans l’âge du « faire ».
Le maire sortant, Romain Lopez, fait camembert sur son appartenance au RN. Il a choisi son profil le plus anguleux, gage probablement à ses yeux de détermination. Avec lui, l’œil est rivé sur la ligne d’horizon. Comme en arrêt, devant « un plus loin », slogan qui demeure une énigme. A moins qu’il ne soit dans l’attente de quelqu’un ? L’ennemi ou Godot ? La charte graphique en tout cas dévoile le candidat. Au mieux, elle convoque les péplums des années 60, ces films consacrés à l’histoire de Rome. Au pire, elle rappelle l’iconographie mussolinienne ou stalinienne. Au choix !
Mais ces professions de foi révèlent quelque chose de plus profond. Les hommes sont seuls, sans équipe à leurs côtés. Leurs colistiers n’ont aucune existence, sauf un nom sur le bulletin de vote, ce qui est une obligation légale. Voilà qui en dit plus que tous les longs discours sur leur sens du collectif, sur leur absence d’esprit d’équipe. Voilà des mâles alpha qui malgré eux de leur plein gré ont de la démocratie une représentation bigrement auto-centrée.