Il y a deux vidéos. La première montre dans l’abbatiale un homme, visiblement agité, poussant des cris d’animaux et toisant une personne qu’on devine être une religieuse. La scène est filmée avec maîtrise. Par bonheur, rien de grave ne se passe, l’homme ouvre la porte d’un coup de pied et poursuit son chemin devant la mairie. La vidéo a été postée par Pierre Guillaume Mercadal. La chaîne C. News nous apprend qu’il en est aussi l’auteur. Deuxième vidéo. On voit un gaillard coiffé d’un béret, planté devant le portail de l’abbatiale faire un cours d’histoire et dire qu’il s’est marié dans cette église. C’est encore P.G. Mercadal ! Dans un discours dont il a le secret, il parle de profanation et promet la baston à ceux qui viendraient le chercher. L’homme, par ailleurs membre de la Coordination rurale et héros de la fachosphère, a été poursuivi en justice et condamné pour harcèlement et outrage sur la personne du maire de Monjoi. Et pour entretenir la flamme, dans un éniéme montage de son intervention, il se moque du préfet de Tarn et Garonne qui dans un communiqué dénonce la récupération politique de l’incident.
A peine postées les vidéos ont fait leur œuvre et déchaîné les passions les plus rances. Ce week-end le marché de Moissac ne parlait que de ça, prêt à s‘enflammer autour de ce qu’il qualifiait déjà d’agression, d’attaque contre un lieu de culte… On aurait pu en rester là si le maire de la ville n’avait pris le relais. Dans une vidéo aussi irresponsable qu’orientée, il dénonce à son tour « les fous dangereux laissés en liberté, qui demain pourraient égorger les bonnes sœurs ». Il ment à la population quand il prétend que l’intrus de l’abbatiale est un fiché « S ». Le procureur de la République qui a refusé toute poursuite judiciaire à son encontre est à son tour cloué au pilori. Et Romain Lopez sait où il va quand il s’en prend ainsi au prétendu laxisme de l’état : il fait, comme toujours, de la politique nationale… il instrumentalise la vie locale pour les besoins de son parti.
Pourtant, dans de telles circonstances un maire devrait garder son sang-froid et appeler au calme, à la raison, lui qui, de par sa fonction, est officier de police judiciaire. Au lieu de cela, il délivre un récit apocalyptique de la situation, dressant les gens les uns contre les autres, créant en quelque sorte un trouble à l’ordre public. Belle entrée en campagne monsieur le candidat du RN !
Ceci étant dit, il faut rétablir les faits. La personne mise en cause n’est qu’un malade mental, qui a échappé à la vigilance familiale. Signalons et ce n’est pas anodin, que cet individu avait déjà eu un comportement similaire à la mosquée de Moissac, mais là point de caméras pour témoigner. Sa famille qui cherchait en vain depuis deux ans une solution d’accueil psychiatrique, vient enfin d’être entendue. Ainsi aura-t-il fallu la crainte d’un drame pour que les pouvoirs publics réagissent. En tout cas, cette affaire révèle l’urgence d’un meilleur accompagnement en santé mentale. Trop de familles sont livrées à elles-mêmes face à la maladie.
Il a suffi de peu, d’un incident certes regrettable, mais qui ne tire pas à conséquences, pour que s’échauffent les esprits, se libèrent les pulsions agressives, éclatent les manifestations de rejet de l’autre. Un artisan moissagais et sa famille ont ainsi été jetés en pâture à la vindicte populaire, harcelés, menacés, alors qu’ils n’ont rien à voir avec cette histoire. Le rapport à la vérité est à nouveau concrètement posé. Voici venu le temps de la post-vérité, une forme sophistiquée du mensonge au service d’une idéologie dévastatrice. En l’occurrence, celle de l’extrême droite.