Le fric-frac du siècle sous l’œil des caméras et à la barbe des gardiens du Louvre ! Un ancien président de la République incarcéré à la santé ! Un ex, puis nouveau, et peut-être ex premier ministre d’ici quelques jours, quelques semaines ! Des partis politiques qui s’en pourlèchent les babines, jouissant d’un pouvoir de nuisance. Quel rapport entre ces différents évènements ? Aucun ou si peu, mais disons que leur concomitance autorise le récit de plus en plus répandu d’une décadence, d’une déréliction générale. Quelque chose n’irait plus dans le royaume de France. Disons plutôt, maintenant qu’on nous a volé les bijoux de la couronne, que notre République partirait à vau l’eau. Cette perception d’un déclin généralisé n’est pas vraiment nouvelle, mais prend ces derniers temps une acuité particulière entretenue par la propagande RN et plus généralement, les errements de la classe politique.
Nous voilà la risée du monde entier. Des Amériques à l’Asie, jusqu’à nos amis Européens, tous se demandent comment on en est arrivé là. Comment cette France si prompte à donner des leçons de Démocratie, à mettre en avant la probité de ses élites, à ériger son système en modèle universel, a pu si vite et si lourdement chuter de son piédestal ? Dans les campagnes, dans cette France qu’on dit profonde ou périphérique, la sentence est vite trouvée : « tous pourris » Une forte majorité le pense, encore plus nombreux sont ceux qui n’ont plus confiance, à en croire les enquêtes d’opinion, dans nos organisations, dans l’état, dans ce qu’il est convenu d’appeler le système.
Henri Monnier, dans une de ses comédies, fait dire à Joseph Prudhomme que « le char de l’état navigue sur un volcan ». Si cette double métaphore pointe la sottise de certains discours officiels, elle nous rappelle à la réalité du moment : nous vivons un moment politique véritablement éruptif. Du jamais vu sous la V° république ! Six premiers ministres en même pas deux ans. Ça donne le tournis ! A l’Assemblée Nationale la majorité qui demeure introuvable, semble prendre un coupable plaisir dans un Chamboule-tout qui n’a rien à envier à ceux des fêtes foraines.
Alors que la France croûle sous la dette, voit son PIB (produit intérieur brut) faire du surplace, sa balance commerciale s’enfoncer dans le rouge, alors que les Français s’inquiètent, à juste raison, de la pérennité de notre modèle social, avec une sécurité sociale en déficit de 15 milliards d’euros en 2024, nos députés, jouent de la censure comme jadis d’autres, dans l’ouest américain jouaient du révolver. Plus personne ne sait dès lors sur quel pied danser. Les entreprises le disent qui fortement chahutées par les humeurs trumpiennes et la guerre aux portes de l’Europe, ont mis le pied sur le frein des investissements. Les ménages aussi qui thésaurisant à tout va, privent la croissance d’un de ses moteurs, la consommation intérieure.
Bref, nous voilà le cancre de l’Europe. Et rien ne vient à l’horizon pour ranimer un tant soit peu le moral du pays. Que penser d’ailleurs d’une classe politique qui passe tout son temps à s’écharper sur les retraites, sur les impôts, ou sur l’immigration ? Quand le populisme de droite le dispute au populisme de gauche ! Nous sommes entrés dans l’ère de l’incantation. Une sorte de nouveau paganisme. « Il y a un chemin, il faut faire un bougé, prendre l’argent là où il est, c’est une ligne rouge »… Rien de plus béta, de plus vide de sens que ces expressions qui désormais font florès au sein de nos élites, incapables de construire un projet, de tracer les moindres perspectives d’avenir. Le climat, la planète, les réformes… attendront ! Des peccadilles n’est-ce pas ?
Dans un entre soi que plus personne ne supporte, un seul mot d’ordre : en découdre ! Faire mordre la poussière à l’autre, fortifier sa position. Il en est même qui rêvent de destituer le Président de la République, histoire de précipiter les échéances, d’aller plus vite à l’abîme. Car dans l’état actuel des choses, il ne faut pas être grand clerc pour imaginer la suite, la victoire du RN, seul ou allié aux débris des LR. Tous ceux qui dans les sous-préfectures ou au Palais Bourbon veulent dissoudre, destituer, pousser à la démission ne sont que de petits apprentis sorciers qui demain, et avec eux le pays tout entier, s’en mordront les doigts.
On sait, cela a déjà été documenté, le rôle d’ E Macron dans cet affaissement démocratique. Des promesses non tenues, des élections ratées, des résultats économiques en berne, un parti à l’état liquide, une gestion jupitérienne de la société, n’en jetons plus ! Il n’empêche. Les unes et les autres, s’ils ont encore un peu l’intérêt général comme boussole, doivent refreiner leurs impatiences, attendre les échéances normales, laisser sa chance à la République. Il ne leur reste pas longtemps pour préparer sérieusement, intelligemment la grande confrontation : l’élection présidentielle de 2027 ! Il est encore temps de les rappeler à leurs responsabilités !