On peut tout penser de l’initiative de F. Bayrou. Il est possible que l’encore premier ministre n’en pouvant plus, cherche la porte de sortie, avant d’être congédié, comme un vulgaire laquais par une motion de censure. A moins que notre premier ministre ait choisi le hara-kiri politique dont la traduction littérale est « coupure au centre » Humour noir ? Il est aussi envisageable que ce grand admirateur d’Henri IV, chaussant pour quelques jours les bottes de l’illustre, appelle sans illusion, classe politique et citoyens français à se rallier à ce fameux panache blanc dont Henri disait « vous le trouverez toujours sur le chemin de l’honneur et de la victoire »
Pour ce qui est de la victoire du père François, on repassera. Le bilan de son passage à Matignon ne pèse pas bien lourd et ne force donc pas l’admiration. On retiendra cependant l’arrivée quelque peu cavalière du béarnais, forçant la main d’un Président aux abois. Et sa sortie dont il entend assurer la mise en scène, histoire de refermer cette séquence comme elle avait commencé. Du spectacle, que dis-je du panache, mais du fond point du tout ! Pourtant, il faut bien admettre que l’obstination madrée du chef du Modem lui fait honneur. Depuis très longtemps, il est convaincu que la dette est le mal français par excellence, l’addiction mortifère de ce pays. C’est son mantra, au risque parfois de sombrer dans le catastrophisme.
En effet, François Bayrou a fait de la dette son combat, pour lequel il voudrait enrôler tous les autres, société civile et partis. En posant la question de confiance, il veut s’assurer, dit-il que chacun partage ses alarmes. La ficelle politique est un peu grosse, et les partis qui ont réagi au quart de tour ne s’y sont pas trompés. Il aurait gagné du temps et surtout donné crédit à sa politique en sautant cette case, en allant directement aux solutions, en osant écorner l’intégrisme de la doxa économique du macronisme et de la droite. Mais c’était trop lui demander ! Pas touche aux riches planqués dans les paradis fiscaux, pas touche aux profits démesurés d’entreprises qui préfèrent l’actionnaire au salarié, la spéculation aux investissements productifs. Est-il raisonnable, est-il juste, n’est-il pas dangereux de ne pas mieux répartir l’effort, voire de se risquer à jeter l’opprobre sur les « boomers » ? La réponse est dans la question !
Le macronisme, comme on l’appelle par commodité, a doublement échoué, il a même doublement fauté. Sur le dialogue social d’abord, qu’il n’a jamais voulu faire vivre réellement et la séquence Bayrou en est encore l’illustration. Sur l’économie ensuite. La théorie du ruissellement s’est vite révélée un enfumage grossier. Le fait de privilégier l’offre sans véritables contreparties imposées aux entreprises n’a pas permis le rebond de croissance escompté. Donc peu de création de richesses, un PIB en berne et des secteurs, santé, éducation, défense… toujours plus voraces. Voilà qui pose d’ailleurs une autre question, celle de l’efficacité de l’état et de notre organisation territoriale boursoufflée. Un dossier qui à l’image de la dette, fait jaser dans les salons, mais auquel personne ne veut s’attaquer. Car la société française est une constellation de systèmes autobloquants, où la somme des intérêts particuliers ne constituent pas l’intérêt général. Dès lors, pas besoin d’appeler le 10 septembre à bloquer la France. C’est déjà le cas !
Bref, Bayrou fera ses adieux à Matignon le 8 septembre, laissant sans solution, véritable bombe à retardement, la question de la dette et de ce qu’elle nous coûte, 60 milliards par an. Plus que tous les autres budgets de l’état! Et que va donc faire le Président ? Dissoudre l’Assemblée nationale, au risque de la retrouver à l’identique si ce n’est en pire ? Nommer un autre premier ministre, RN, Socialiste, Insoumis… ? Sans majorité, il risque de subir le même sort que ses prédécesseurs. Autant dire que tout cela n’est pas fait pour rassurer le bon peuple et les entrepreneurs. Autant dire que la dette à la diète n’est pas encore pour demain !