Au bonheur des chercheurs


Jean Louis Chauzy, président du CESER Occitanie (Conseil économique, social et environnemental régional) lançait le 2 mai dernier un appel en faveur des chercheurs américains victimes de l’obscurantisme trumpien. « …En Occitanie, terre d’accueil et 1re région française pour l’effort consacré à la recherche (publique et privée) avec plus de 3 % du PIB, le CESER exprime sa solidarité et sollicite l’appui financier de l’État, de grandes collectivités, pour permettre aux universités et organismes de recherche de toute l’Occitanie, de trouver une place et de s’installer pour contribuer au développement des filières scientifiques et technologiques, dans la plus grande liberté. » (lire l’intégralité de cette tribune en cliquant ici). La section prospective du CESER Occitanie avait aux lendemains de l’élection de Donald Trump, alerté, dans une note de conjoncture (lire ici l’intégralité de la note), sur les chambardements qui s’annonçaient. 

Carole Delga, présidente de la Région a donc décidé de réserver 2 millions d’euros pour l’accueil d’une quinzaine de chercheurs américains. Annonce faite à l’Université de Perpignan avec cette précision : « ces compétences viendront alimenter les dynamiques scientifiques dans des domaines stratégiques, comme…  les énergies renouvelables ou les maladies émergentes… » En 2017, lors de la première présidence Trump, l’Occitanie s’était déjà engagée aux côtés de l’Etat.

Quelques jours plus tard, Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron embrayent avec un autre appel intitulé « Choose Europe for Science », 500 millions d’euros dans la corbeille, dont une centaine pour la France. Certaines de nos universités, dans la région des Hauts de France ou en Provence Côte d’Azur, avaient déjà ouvert la voie et procédé au recrutement de quelques dizaines de chercheurs. Il est vrai que la situation de la recherche aux USA est plus que critique. Au-delà des coupes sombres dans les crédits et les aides accordées aux grandes universités, des pans entiers de la recherche scientifique, sur la santé, le climat, les sciences dites humaines sont désormais mis à l’index, les universitaires privés de ressources, voire montrés du doigt par l’administration fédérale. Mille neuf cents chercheurs américains, bravant l’inquisition trumpiste, ont dénoncé dans un manifeste « Stand up for science », inédit outre atlantique, la situation qui leur est faite. Pour autant, l’opinion publique US reste encore sur la réserve.

Les Français semblent plus réceptifs aux appels qui montent de toute part de la communauté scientifique, même si les manifestations populaires demeurent rares et clairsemées. Mais ceci expliquant peut-être cela, la recherche tricolore est à la peine. Nous sommes, l’Europe en général, à la traîne, loin derrière les USA qui font encore mais pour combien de temps, la course en tête dans le domaine de l’intelligence artificielle ; mais surtout loin derrière la Chine qui est en train de se tailler une domination planétaire à la mesure de son poids démographique. Le déficit de nos finances publiques n’est pas sans conséquence sur la recherche et l’enseignement supérieur, même si pour 2025, il n’y aura pas de coupes sombres, les Universités bénéficiant d’une rallonge bienvenue. Mais globalement la recherche est sous financée et probablement mal pilotée, mal structurée, ce qui suscite la fuite des meilleurs cerveaux. L’enjeu donc de ces temps tourmentés, c’est de limiter les départs et d’accueillir les chercheurs dont nous avons besoin, dans les secteurs où nous sommes en difficulté. Il faut donc établir une planification des besoins, et des moyens possibles, afin de construire un écosystème à la mesure des défis qui nous attendent.

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