Gouvernement de droite, conservateur, réactionnaire… commentateurs et figures de proue de la gauche n’ont pas de mots assez forts pour caractériser l’équipage Barnier. Ils n’ont pas tort. C’était prévisible, je l’avais dit ici. Il n’y a donc pas de surprise et il ne faudra pas s’étonner des mesures que décidera ce gouvernement dont nombre de ministres ne brillent pas par leur ouverture d’esprit sur les questions sociétales. Fort heureusement, le droit à l’IVG est maintenant inscrit dans la Constitution, mais on peut d’ores et déjà s’inquiéter du sort qui sera fait à la loi sur la fin de vie, élaborée après une remarquable consultation citoyenne et que la dissolution de l’Assemblée nationale a condamnée à la relégation. A l’évidence, ce gouvernement qui pour les plus anciens d’entre nous ressuscite les riches heures du RPR, ne va pas renverser la table. Règlerait-il quelques menus problèmes économiques et sociaux que ce serait déjà pas mal !
Fruit d’un accord aux forceps entre la macronie et les Républicains, il espère disposer d’une majorité toute relative qui cependant ne le met pas à l’abri d’un coup de sang du NFP et du RN. « Gardez-vous à gauche, gardez-vous à droite » disait en 1356, son fils au roi Jean Le Bon lors de la bataille de Poitiers ! Car, de chaque côté de l’hémicycle, on enrage, on promet à ce gouvernement du sang et des larmes, la chute prochaine. Le RN, majoritaire en voix mais battu au deuxième tour des législatives par un Front républicain dont on pressent qu’il a fait long feu, cherche le défaut de la cuirasse, il retient ses coups, laisse planer la menace. Comme le crocodile au bord du marigot, il attend son heure. Mais, sait-il lui-même sur quelle horloge il a réglé son estomac : 2025 ou 2027 ? Le crocodile baigne en eaux troubles et peine à trouver le sens du courant!
La gauche est sur la barricade. Elle n’en revient pas du coup de Macron. Un coup digne de Jarnac qu’elle qualifie de déni démocratique. Forte de ses 193 députés, ce qui en faisait la première coalition à l’Assemblée, elle voyait Lucie Castet, sa nouvelle égérie entrer à Matignon avec armes et programme. Le Président qui nomme le gouvernement n’en a pas voulu. Il avait en tête une autre coalition, embarquant ses troupes, certes défaites par les deux récents scrutins, mais encore assez nombreuses pour demeurer incontournables. Avec qui les acoquiner ? La gauche, le PS ? Redevable à LFI, ce dernier s’accroche au NFP comme la bernique à son rocher. C’était non ! Ça tombait bien, Macron n’en voulait pas non plus, l’épisode Cazeneuve n’étant qu’un leurre pour gagner du temps. Car Macron, contrairement à ce qui a été répandu sur les ondes et les réseaux sociaux, ne procrastinait pas. Il faisait travailler la poutre. Si coalition il devait y avoir, Nicolas Sarkozy le serinait sur tous les tons, elle devait se construire à droite. Il lui fallait du temps et un levier. Ce fut Michel Barnier. Ainsi, ce qui semblait impossible avant les élections, le devint par la force des choses. Laurent Vauquiez avait opportunément tourné casaque et Gerard Larcher, président du Sénat, mobilisé son formidable entregent. Une coalition était née, rassemblant sur le papier, près de 250 députés.
Il n’y a donc pas eu de déni démocratique au sens propre. Tout au plus une extraordinaire coup de bluff et une cuisine politicienne qui en dit long sur les appétits des uns et des autres mais peut-être aussi sur un projet de reconstitution du paysage politique.
On sait que le RN cherche à désagréger la droite LR, l’aventure Ciotti en témoigne, et se rêve comme l’épicentre d’une force populiste, fédérant les différentes familles de la droite historique à la droite dure. Ce qui est en train de naître actuellement sous la bannière de Barnier serait-il un contre-feu au projet Le Pen ? Depuis 2017, et surtout depuis 2020, la macronie n’a cessé de glisser lentement et progressivement vers la droite, persuadée au vu des études d’opinion et des résultats électoraux qu’elle se mettait ainsi en phase avec le pays. Il est probable que la macronie n’a pas encore trouvé son point d’encrage idéologique. Le rapprochement avec les LR et ses satellites serait-il le prélude à une recomposition de grande ampleur, associant dans leurs diversités les héritiers du gaullisme, du pompidolisme, du giscardisme et même du sarkozisme? Demeure la question de savoir qui de la macronie ou des LR en sera la matrice ? Demeure surtout deux questions : savoir si l’aventure, se heurtant au réel, lui résistera et perdurera ; si les ambitions personnelles qu’on voit déjà nombreuses et féroces ne contrarieront pas les nouvelles amours de la droite ?