Macron: à droite toute!


Michel Barnier, premier ministre. Au secours la droite revient disait jadis une affiche socialiste quand Mitterrand craignait une cohabitation. Voilà des semaines que le Président consultait le gotha politique, auscultait l’âme et le cœur de quelques locataires putatifs de Matignon, culbutait les certitudes de médias qui n’en pouvaient mais… Un feuilleton qui a tenu l’audience grâce à des cliffhanger bien troussés à faire pâlir n’importe quelle série grammy-awardisée. Et après ! Après avoir écarté d’une pichenette la candidate du NFP, après avoir tenté d’en décrocher le PS en lui jetant Caseneuve en pâture, Macron, avec cette volte-face « à droite toute », croit avoir trouvé l’oiseau rare, celui (il n’y avait pas de femme dans le casting élyséen) qui pourra échapper à la censure immédiate, ne pas contrarier Jupiter dont les foudres sont de plus en plus aveugles et inefficaces, et permettre au pays de redresser la barre alors que s’annonce la tempête. 

Celui qui voulait en finir avec les partis d’hier, voire d’avant-hier, s’est vu obligé de quémander leur avis, de décrypter leurs propos, surtout de ne pas les croire sur parole afin d’en saisir le sous texte ; il a même été conduit à décréter le RN, miraculeusement fréquentable au risque d’en faire l’arbitre des élégances au Palais Bourbon. Et c’est fait ! A l’issue d’une séquence qui restera comme un modèle de tambouille politique, de gigantesque partie de poker menteur, le RN tient la macronie dans ses serres, se répand maintenant en indulgences au point qu’on peut se demander s’il n’a pas obtenu la promesse d’une quelconque reconnaissance. De son côté, le PS a réussi, peut-être sans le vouloir, à conduire la macronie à assumer ce qu’elle est devenue depuis le deuxième quinquennat : un conglomérat de droite sous la férule du seul Macron, désormais flanqué des LR de Wauquiez prêchant soudain la résilience.

On revient de loin mais pour l’instant on ne va nulle part !  A force de finasseries, de postures de foire, les politiques, et Macron à leur tête, ont plongé la France dans une mélasse qui lasse et désespère, préparant à bas bruit des lendemains de colère. Il est vrai que le malentendu est général et profond. On espérait des législatives une clarification, une mise à jour des rapports de force à l’Assemblée nationale. Les électeurs en décidèrent autrement. Ils décidèrent de ne rien décider, laissant la main aux partis et au Président. On voit dans ce pays prompt à la barricade et étranger au compromis, ce que cela a donné : l’encalminage ! De quoi faire réfléchir sur l ‘éventuel retour de la proportionnelle !

Mais soyons lucides, le casting et ses péripéties n’était qu’un écran de fumée qui cache mal la question de fond : celle du programme. Un premier ministre pour quelle politique ? Il faut reconnaître au NFP cette lucidité qui d’entrée de jeu en avait mis un sur la table. Un programme immédiatement salué à droite comme au sein de la macronie par des cris d’orfraie et la promesse d’une censure immédiate. Mais que dit Barnier, que disent les professionnels de la politique, les experts économiques sur la situation de la France, sur cette dette abyssale dont on découvre jour après jour qu’on nous en a caché la profondeur ? Comment mettre plus de justice sociale, augmenter les impôts des plus riches sans risquer leur départ pour des cieux plus cléments ?  Comment préserver la classe moyenne sur laquelle repose la vitalité du pays ? Que disent-ils sur la réforme des retraites, sinon pour certains un retour à la case départ, alors que le COR (Conseil d’orientation des retraites) estime maintenant qu’elle n’atteindra pas ses objectifs et plaide pour une réforme plus ambitieuse. Comment rendre nos services publics efficaces, école et hôpital entre autres, tout en mettant fin à la politique du panier percé ? Comment améliorer les revenus des moins favorisés sans mettre en péril nos entreprises dont les défaillances se multiplient à grande vitesse ? Comment rester compétitifs quand la concurrence chinoise, et ce dans tous les secteurs, ruine jour après jour nos espoirs de réindustrialisation, sur le territoire national et en Europe ? Comment juguler une immigration de moins en moins choisie, qui bouscule notre vivre ensemble et met à mal notre laïcité, pierre angulaire de notre République ? On pourrait poursuivre la litanie, mais on aimerait qu’en ces temps incertains, quand à la question climatique s’ajoute la perspective d’une crise économique majeure, les responsables politiques en finissent avec les effets de manche et nous disent ce qu’ils vont faire et comment. Et vite !

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