Le programme, quel programme?


La classe politique nationale nous joue une tragi-comédie aussi inattendue qu’insupportable. Les élections législatives devaient clarifier la situation politique, elles l’ont rendue inextricable, mettant l’ensemble des citoyens au bord de la crise de nerf. Le RN se croyait aux portes du pouvoir. Le voilà condamné, grâce au front républicain qui a plutôt bien fonctionné au deuxième tour de scrutin, à jouer seul dans son coin, mis au piquet de la République par tous les autres. Mais tout compte fait, voulait-il vraiment Matignon au risque de s’user prématurément et de gâcher ses chances pour 2027 ? Résultat, le RN est rentré dans sa tanière. Muet sur tous les sujets, s’imposant une étrange diète médiatique ! Les Républicains qui se réjouissaient de n’avoir pas péri corps et biens dans le naufrage Ciotti, cherchent encore à se faire entendre. L. Wauquiez qu’on croyait en retraite du côté du Puy en Velay, est sorti de sa réserve pour dire l’exact contraire de ce que ses amis ont fait jusqu’à présent à l’Assemblée nationale. De quoi déboussoler un peu plus ses électeurs et ses élus ! La Macronie en est à compter ses abattis, divinement surprise d’avoir survécu à la tourmente et d’occuper à nouveau quelques travées au sein de l’hémicycle où elle peut encore prétendre jouer sa partition. Et le NFP, le nouveau front populaire ? Il y a une dizaine de jours, il affichait son autosatisfaction. Tout semblait lui sourire: les retrouvailles nocturnes, un programme ficelé en quelques jours de conclave chez les Verts et de nouveaux élus lui faisant espérer devenir maître du jeu au Palais Bourbon. Mais les ambitions personnelles et des détestations jamais éteintes ont vite lacéré le cliché. La question de l’incarnation, qui comme premier ministre, a immédiatement convoqué les vieux démons. 

Et pourtant, à gauche, on avait mis les choses dans l’ordre. D’abord le programme, tout le programme comme le clament encore les troupes de Jean Luc Mélenchon à qui revient à coup sûr l’essentiel de la paternité de cette nouvelle version de l’éphémère Programme commun, porté jadis par François Mitterrand. Le programme du NFP engage en principe ses quatre signataires dont le sort est ainsi lié. LFI s’est immédiatement proclamé gardien des tables de la loi, mettant en garde ses partenaires contre toute tentative d’incartade, tout pas de côté. Cette intransigeance exposerait rapidement le NFP, si d’aventure il s’installait à Matignon, à une motion de censure qui lui serait fatale. LFI le sait, l’attend probablement avec gourmandise, car ce moment représenterait une sorte de paroxysme de la conflictualité dont elle a fait depuis 2022 son cheval de bataille. Ainsi, ce fameux programme, qui ne résisterait pas longtemps à l’épreuve des faits, n’est pas un but, mais un moyen : hystériser un peu plus la société française et préparer 2027, le seul rendez-vous qui compte vraiment aux yeux de Mélenchon. Une position partagée d’ailleurs par le RN où Marine le Pen attend son heure, elle aussi.

De son côté, la Macronie, toutes tendances confondues, feint encore de croire à des coalitions de projets qu’elle appelle de ses vœux. Elle exhorte ceux qu’elle nomme les républicains modérés à se rendre à la raison, à faire preuve de réalisme. Elle espère ainsi retrouver une fonction charnière, conjurer le mauvais sort que lui ont fait les urnes et permettre à E Macron d’aller cahin-caha au terme de son mandat. Il y a dans ces appels réitérés quelque chose de pathétique qui raconte soit une myopie politique préoccupante, soit un détestable cynisme politicien. Car comment croire que ce qui ne fut pas possible sous les gouvernements Borne ou Attal le serait aujourd’hui. Pour que cette opération ait quelque chance de réussite, il lui faudrait autre chose que des exhortations aux valeurs dites républicaines. Il lui faudrait un programme. Un autre programme que celui mis en œuvre jusqu’à présent, susceptible de tenter les réformistes sociaux-démocrates, voire la droite républicaine la moins réactionnaire. Mais cela suppose une longue patience et un dur travail auquel personne ne souhaite, pire, ne peut s’atteler pour des raisons qui relèvent de logiques d’appareils revanchards.

Les urnes ont confirmé le mouvement qui était à l’œuvre depuis quelques temps : la résurgence de blocs hétérogènes mais fondamentalement antagonistes, sorte de retour du refoulé politique que le macronisme initial croyait avoir ébranlé. Les urnes ont aussi dit combien la société française est fragmentée, sans vision de l’avenir, sans ambition pour elle et pour l’Europe, dans une mondialisation dont elle profite et qu’elle dénonce en même temps. Elles ont dit aussi l’incapacité du pays à envisager collectivement un dessein commun. Et il est à craindre, au train où vont les choses, que cela va durer et préparer, mais je ne voudrais pas casser l’ambiance, des lendemains qui déchantent.

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