Volontaire à n’en pas douter, l’homophonie est parlante : l’Ancrier à ne pas confondre avec l’encrier a jeté ses amarres dans le petit port de Moissac, sur le canal latéral à la Garonne. Cette péniche joliment décorée, offre sur ses 14 mètres de long, des rayonnages fonctionnels, baignés dans les vapeurs de quelque subtile fragrance. Elle est en fait la première librairie flottante de la ville. Elle a ouvert au public le 1° mai, au moment où, triste concordance des temps, la librairie Chaumerliac s’interroge sur son avenir.
Il n’aura échappé à personne que l’encrier faisait naguère, avec la plume d’oie ou de sergent major, partie de la panoplie de l’écrivain. Aujourd’hui les ouvrages s’écrivent pour la plupart sur un clavier. L’ordinateur a remplacé la machine à écrire, veillant sur l’orthographe de la page, et offrant l’accès aux plus lointaines bibliothèques. C’est ainsi que j’ai découvert, moi l’amateur de polars et de fantastique, que l’Ancrier est aussi le titre d’un livre de Delphine Muse, publié en 2020. Nous voilà de plein pied et par inadvertance dans le monde des mots dont le sens titille notre imaginaire, et nous embarquent, frêles esquifs, dans l’univers de la littérature.
C’est précisément ce à quoi invite ce lieu insolite. Claire Alizart et son compagnon Damien l’ont voulu lumineux et enveloppant, fonctionnel et alléchant, offrant dans la jungle étouffante de l’édition des parcours fléchés où la patte du libraire se révèle rayon après rayon. Nulle volonté d’exhaustivité ici, l’aurait-elle voulu que l’espace physique ne le permettait pas. Tout n’y est que curiosités, audaces tempérées, accostages improbables ! Nous voilà bien loin du supermarché du livre.
Libraire est, on l’a compris affaire de passion. Mais c’est aussi un métier que Claire Alizart a exercé en différents lieux, Paris, Bordeaux, en particulier au sein du Comptoir de Magellan… Et lassée de la grande ville, cette girondine a finalement jeté son dévolu sur Moissac où depuis trois ans, elle travaillait à son projet. Ne souhaitons pas bon vent à Claire et Damien. Ils pourraient nous prendre au mot et lever l’ancre !


