Besoin d’Europe. Désir d’Europe


Vilain temps pour la macronie. L’apparition de Valérie Hayer, tête de liste Renaissance pour les élections européennes du 9 juin, n’a pas (encore) modifié la donne électorale, tout du moins telle qu’elle apparaît dans les sondages. L’écart aurait même tendance à se creuser avec le RN qui caracole très loin devant dans les intentions de vote. La majorité se serait-elle trompée de stratégie ? A taper comme des forcenés sur l’extrême droite, les macronistes produiraient-ils l’effet inverse que celui escompté ? Voilà le parti de Le Pen érigé en adversaire unique, en menace électorale principale. Ce n’est pas faux. Mais à trop l’installer dans cette position, les macronistes le crédibilisent et le renforcent encore un peu plus auprès d’un électorat qui ne trouve pas ailleurs, dans les offres politiques, des réponses à ses attentes. Ils lui donnent ainsi sur un plateau le rôle de meilleur opposant à la politique gouvernementale. Tout cela lui convient parfaitement. Car au fond, le parti de Bardella a une priorité affichée : 2027 et l’élection présidentielle. Le grand rendez-vous ! Tout le reste n’est qu’étapes dans la longue marche entreprise bien avant 2002 (*) par Le Pen père, fondateur du parti. 

Deuxième conséquence et non des moindres. On ne parle plus d’Europe. Pour être précis, la majorité présidentielle n’en parle qu’en référence au RN, à ses votes à Strasbourg, éventuellement à son programme, quand on parvient à le trouver. C’est lui faire beaucoup d’honneur, lui qui n’a qu’une obsession, le trop d’Europe, l’Europe qui ne serait pas la solution, mais bien le problème. Les colères des agriculteurs en ont été un parfait exemple et une aubaine pour cette extrême droite, qui, Coordination rurale aidant, a su en attiser les braises. Face à un tel matraquage, à une telle imposture il faut bien entendu défendre mordicus l’idée d’une Europe souveraine, capable de peser dans un monde de plus en plus tourmenté et d’aider chacun des pays membres à faire face aux grands défis de la période, la crise Covid en demeure une illustration incontestable. Oui on a besoin d’Europe pour reprendre le slogan de campagne de Renaissance. Mais il faut aussi chez les électeurs provoquer un désir d’Europe. Comment ? En affichant un programme, des ambitions pour le quotidien des citoyens du continent. Il faut parler à cette jeunesse française, lui adresser des messages d’espoir, d’autant plus forts que la période est morose, quand elle n’est pas inquiétante. La dernière étude d’IPSOS pour le CEVIPOV montre en effet qu’une partie des jeunes de 18 à 35 ans est tentée par un vote RN le 9 juin prochain. Il reste trois mois pour faire que le rêve europeen ne devienne pas un cauchemar.

(*) JM Le Pen arrive pour la première fois au second tour de l’élection présidentielle. Il est battu par Jacques Chirac qui bénéficie des voix de la gauche.

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