La grogne paysanne gagne du terrain. Parti de la base, aiguillonné par les Jeunes agriculteurs (CNJA) et par la Coordination rurale qui ne fait pas mystère de ses accointances à droite et même au-delà, le mouvement est maintenant l’affaire de tous les syndicats agricoles, la FNSEA en tête, qui fut pourtant longue à la détente. L’opinion semble, si l’on en croit quelques sondages opportunément mis en avant, s’accommoder de ces barrages routiers, des tonnes de fumier déversées devant les bâtiments publics, des dépenses que les communes, les départements et l’état vont devoir assumer pour la remise en état des infrastructures. Il est vrai que le Français est plutôt tolérant en matière de contestation sociale, même si in fine c’est le contribuable qui paye, donc lui !
La France n’est pas la seule concernée par cette contestation. A cinq mois des élections européennes, montent un peu partout en Europe et singulièrement en Allemagne des mouvement similaires qui ont tous en commun la dénonciation des normes européennes, notamment environnementales, prenant le relai si l’on peut dire des populistes de tous poils qui au Parlement de Strasbourg n’ont pas eu de mots assez durs pour dénoncer le Green new deal qui fixe aux pays de l’Union des objectifs environnementaux.
Il n’est pas question de nier les difficultés du monde agricole, ici et ailleurs, même si elles ne procèdent pas toujours des mêmes causes, même si les situations individuelles peuvent être très différentes. Le prix des matières premières et de l’énergie est un sujet, qui s’est encore dégradé avec la guerre en Ukraine et qui risque de pâtir de la situation au Moyen Orient. Les règlementations nationales, mais aussi communautaires, en sont un autre. L’agriculture, comme bien d’autres secteurs de nos sociétés, est entrée dans une phase de transition entre l’ancien monde, celui des années soixante qui a fait du paysan un agriculteur conduisant à la disparition de milliers d’exploitations et à un formidable développement de la productivité et le nouveau monde où, qu’ils le veuillent ou non, les agriculteurs vont devoir avec des produits sains, nourrir la planète et en même temps veiller sur elle, préserver la biodiversité et participer à la lutte contre le réchauffement climatique. Les enjeux ne sont pas minces et portent en eux des contradictions qui nourrissent précisément la grogne, voire le désarroi actuel du monde agricole.
C’est bien pourquoi, il apparaît nécessaire de sérier les problèmes. Améliorer le pouvoir d’achat des paysans, en priorité des petits et de ceux qui pratiquent une agriculture raisonnée, de ceux qui ont choisi le bio, le bien-être animal, est une impérieuse nécessité. Désherber comme disent les bibliothécaires l’amoncellement ubuesque des textes et règlementations s’impose à l’évidence. Il faut donner de l’air à notre agriculture! Mais il ne faut pas tourner le dos aux impératifs du moment : la santé des consommateurs comme des agriculteurs ; mais aussi la santé de la planète victime d’un réchauffement sans précédent en raison de nos émissions de carbone. C’est pourquoi il ne faut pas en rabattre sur nos objectifs environnementaux, sur la mise en œuvre des transitions, dans tous les domaines, pour que le demain de nos enfants soit vivable.
Rien de tout cela ne sera possible sans de nouvelles règles pour que la concurrence ne soit pas la liberté du renard dans le poulailler, sans une réorganisation de la profession d’agriculteur, sans des relations plus claires avec la distribution, un processus déjà engagé avec les lois EGALIM, sans enfin des consommateurs conscients de leurs responsabilités à travers leurs actes d’achat. L’agriculture européenne, singulièrement l’agriculture française, est très fortement subventionnée par le biais d’aides au produit et d’aides d’exploitation. L’ensemble, dans le cadre de la PAC (politique agricole commune) représente (source INSEE) 9,5 milliards d’euros. En fait, le maquis des aides et subventions semble inextricable, ce qui par parenthèse disqualifie les chiffres de la MSA (Mutualité sociale agricole) qui cherche à imposer l’image d’une profession totalement paupérisée. Ce régime est pour les agriculteurs une opportunité (toucher plus) et un handicap (la paperasse) bien qu’ils disposent en principe d’une armada de techniciens (Centres de gestion, Chambres d’agriculture, syndicats) sensés les accompagner.
L’agriculture dont nul ne nie l’importance vitale pour la nation est comme on dirait dans les fermes le cul entre deux chaises. Elle demande moins de règles, mais plus de subventions. Le laisser faire du libéralisme, et la sécurité du dirigisme ! En face de telles contradictions, on comprend mal le soutien sans précaution que LFI, le PCF et les Verts manifestent à la cause des agriculteurs. Mais là, on s’aventure dans le champ politique où l’opportunisme a vite fait de mettre au pas l’idéologie !
Impossible ouvrir « A la croisée des chemins »
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La confédération Paysane n’est pas un syndicat de droite, ni d’extrême gauche.
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On est bien d’accord, je parle de la coordination rurale
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Lectrice assidue, avec tous mes vœux pour 2024 Bises JeanneMarie Envoyé de mon iPhone
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