Maire amer


Cela commençait mal

Il fallait s’y attendre. La venue à Moissac de deux ministres, Olivier Véran, porte-parole du gouvernement et Rima Abdul Malak, ministre de la culture n’était pas pour plaire au maire RN. La journée a débuté par une visite de l’Abbatiale au cours de laquelle ont commencé les escarmouches, le maire multipliant les provocations, cherchant sous l’œil des caméras exceptionnellement nombreuses, à provoquer l’incident, à obliger Olivier Veran à sortir de ses gonds. Mais la ficelle était un peu grosse et tant bien que mal les deux ministres ont pu mesurer la richesse patrimoniale que représente cette Abbatiale et surtout son cloître.

Cette séquence achevée, les deux ministres avaient rendez-vous, c’était l’objectif de leur déplacement, avec des Moissagais, invités par la Préfecture en qualité de représentants associatifs. Plus d’une cinquantaine de personnes avaient pris place dans les locaux de l ‘association « Bouger pour s’en sortir », toutes bien déterminés à faire entendre leur voix, à évoquer la situation de la ville, et ce en présence du maire et d’une dizaine d’élus, arborant comme un trophée inutile en la circonstance, leur écharpe tricolore. Mais on le sait, le maire, spécialiste du coup médiatique permanent, avait ainsi voulu s’offrir une visibilité, si ce n’est une légitimité que personne ne lui conteste, pas même le ministre qui lui a cependant rappelé qu’il est maire et « qu’un maire doit assumer ses décisions »

Et manifestement, le chef RN a du mal à assumer. D’entrée de jeu, on le voit bien sur cette vidéo, il a cherché des échappatoires, des justifications bien peu convaincantes aux décisions qu’il a prises dès son entrée en fonction, tentant de transformer la réunion en un plaidoyer pro domo qui a beaucoup agacé l’auditoire. En dépit de ce climat chargé d’électricité en raison de l’attitude de ces élus locaux, hostiles à tout échange démocratique quand il n’en sont pas les organisateurs, les associations ont parlé, interpellé parfois les deux ministres, avec un sens de la mesure et une clarté dans les propos qu’il faut souligner et applaudir.

Elles ont évoqué la misère de la culture à Moissac, ce qui n’a pas manqué de faire réagir Rima Abdul Malak, fine connaisseuse du dossier. Elles ont raconté la disparition du Festival des voix qui depuis une vingtaine d’années faisait de notre ville un rendez-vous musical dont l’audience dépassait les frontières du département. Elles ont déploré le départ forcé d’Arène théâtre, une compagnie aujourd’hui hébergée à Coutures et qui rappelait par ses productions et ses interventions en milieu scolaire que jadis Moissac disposait d’un vrai Théâtre. Elles ont parlé livres. Ceux de la médiathèque qui ont soudainement disparu ou n’ont pas été renouvelés parce que trop dérangeants, pas dans la ligne du parti du maire ! Plusieurs associations sur le territoire font vivre la lecture, non sans difficulté, auprès de populations, de scolaires qui ont besoin de cet accompagnement. Elles ont dit leur désarroi.

Au plan social, le bilan, on est à mi-mandat, est aussi catastrophique. Certains des participants ont dénoncé le sort fait au CCAS, son périmètre réduit à la portion congrue. Le cas de MAJ (Moissac animation jeunesse) a conduit le maire à faire son numéro favori, exhibant sous les projecteurs le rapport de la Cour des Comptes pour justifier sa décision de fermeture. La défausse n’a pas convaincu, certains intervenants rappelant que cette association concourrait à la formation et à l’insertion des jeunes en grande difficultés sur la commune. Escale Confluence, autre grosse structure, qui vient de se donner une nouvelle Présidente, avec du même coup des équipes remotivées, fait de l’accueil de jour et de l’hébergement d’urgence. Elle a d’abord souligné la dégradation de la situation : toujours plus de gens en grande difficulté, un phénomène qui touche maintenant les jeunes. Pour les urgences, il y a le 115, un numéro de téléphone qu’utilisent de plus en plus des travailleurs saisonniers en quête d’un hébergement. Le ministre a justement rappelé que ce type de structure n’avait pas vocation à loger des salariés. Les travailleurs étrangers, essentiellement des Roms Bulgares employés dans l’agriculture, sont effectivement livrés à eux-mêmes, faute de dispositifs d’accueil suffisants permettant leur intégration progressive. Le maire a préféré prendre le problème sous l’angle sécuritaire, multipliant les rondes de police qu’il met en scène sur les réseaux sociaux. C’est, il faut croire, sa façon de régler la question.

On aussi parlé école, des moyens qui manquent dans certaines d’entre elles où les enseignants doivent acheter le papier de la photocopieuse, où le chauffage laisse à désirer, où les remplacements d’ATSEM se font parfois attendre, des difficultés aussi de certaines familles devant l’augmentation des prix de la cantine. Même le sport a fait les frais de la politique RN. L’OMS (l’office municipal des sports) qui depuis des années gérait en bonne intelligence les rapports entre clubs et fédérations a été supprimé par simple oukaze.

Au final, une heure trente d’échanges avec deux ministres souriants et disponibles, ne mettant pas la poussière sous le tapis quand la responsabilité gouvernementale est en jeu, voilà longtemps que les Moissagais n’avaient pas eu droit à un tel exercice démocratique. Et à l’évidence, les sorties, les trépignements, les incartades du maire RN n’ont pas amélioré son image, lui qui en est si soucieux au point de transformer le bulletin municipal en album photo à sa gloire. Sic transit gloria mundi !

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