Je suis juif


Aujourd’hui je suis juif. Comme je fus Charlie. Aujourd’hui j’applaudis et me réjouis de l’initiative commune de Yaëlle Braun-Pivet, Présidente de l’Assemblée nationale et de Gérard Larcher, Président du Sénat appelant d’une même voix à une manifestation nationale contre l’antisémitisme. Rien de plus, rien de moins ! Il était temps que la Nation, notre République fasse savoir qu’elle ne tolère pas le moindre coup de canif dans le pacte républicain, la moindre stigmatisation, et encore moins la moindre agression de nos concitoyens juifs ou supposés tels. Personne dans ce pays ne doit avoir peur, s’inquiéter pour son intégrité physique, craindre pour sa vie ou celle de ses enfants. Parce qu’elle est laïque, notre République doit veiller sur tous, sans distinction de religion ou d’origine. Aujourd’hui, moi qui suis athée, puisque nous voilà sommés de faire état d’une identité, je suis juif. Et j’ai mal à ma France comme dirait Jean Ferrat, quand je vois à l’extrême gauche les contorsions intellectuelles, les sous-entendus sémantiques, les arguments faux culs, que dis-je criminels d’une partie de ses membres et des associations affidées. Non, messieurs-dames, manifester contre l’antisémitisme EN FRANCE n’est pas un acte d’allégeance à la politique d’Israël. On parle là de la situation dans notre pays, rien de plus et c’est déjà beaucoup !

L’explosion des actes antisémites en France, en Allemagne et dans toute l’Europe est en effet terrifiante pour ce qu’elle dit de l’état de nos sociétés. Pour ce qu’elle dit de notre humanité ou plus exactement de notre humanité à trous. Amnésiques, communautaristes, taraudées par un individualisme mortifère, nos sociétés ne veulent rien savoir du passé, remisant l’Histoire au rang des accessoires inutiles. Pire, au gré des circonstances, elles récupèrent les lambeaux de l’Histoire pour fortifier leurs aigreurs nauséabondes. Il y a, disons le haut et fort, dans la société française un relent, un remugle, d’antisémitisme qui remonte loin dans le temps, qui s’affirme plus ou moins virulent et emprunte selon les périodes, différents visages. L’apôtre Paul désigna les juifs et leur descendance comme la nation déicide. Les socialistes utopiques français, certains communards même, au XIX° siècle, firent du juif la figure du rapace, avide d’argent. L’extrême droite française théorisa jusqu’à l’ignoble son antisémitisme congénital, passant, au XX° siècle, de la théorie à la pratique, avec l’apothéose, si je puis dire, que fut l’holocauste. L’extrême droite fut et demeure pour certaines de ses composantes, fondamentalement antisémite. Cela n’est pas une croyance, c’est un fait. Mais aujourd’hui à cet antisémitisme, ironie de l’histoire, fait écho un autre, plus puissant, plus sanglant : l’islamisme qui est en guerre ouverte contre les juifs et les mécréants, qui gangrène les sociétés musulmanes et métastase dans nos pays européens.

L’antisémitisme est comme l’hydre, il a plusieurs têtes. Ses manifestations violentes, les attentats, les meurtres que nous avons connus ces dernières années, sèment l’effroi dans nos populations. C’est le but! Il occulte en partie un antisémitisme de vieille souche qui taraude depuis longtemps la société française et ne demande qu’à ressurgir. On le voit bien ces jours ci. Les antisémitismes se nourrissent des désordres du monde et celui du Moyen-Orient y tient une place toute particulière.  Raison de plus pour que dimanche, la France dise en nombre, en grand, en majesté, son rejet de l’antisémitisme. Et foin des finasseries politicardes, des défausses malhonnêtes !

Dimanche, n’en déplaise à Jean Luc Mélenchon, se rassembler contre l’antisémitisme n’est pas une façon tordue de dire amen à la politique de Nétanyaou. Manifester dimanche ne dispense pas d’œuvrer aujourd’hui et demain, pour aider le peuple Palestinien à se libérer de la dictature criminelle du Hamas. Manifester dimanche nous oblige en fait à soutenir toutes les initiatives qui permettront de mettre un terme à ce conflit et de trouver les voies et moyens pour que les Palestiniens puissent enfin, à côté d’Israël disposer d’un état indépendant et pacifique. Manifester dimanche c’est aussi exiger des terroristes la libération immédiate des otages, de tous les otages. Ne les oublions pas !

2 réflexions sur “Je suis juif

  1. On ne peut que partager cette analyse. Toutefois il me semble que les élus de la République, députés et sénateurs, ne doivent pas initier une manifestation de rue. Qu’il y participent à titre individuel ou comme chefs de partis est normal, qu’ils en soient les promoteurs conduit à un mélange des genres voire à la confusion des pouvoirs. Charles de Gaulle avait bien dit : « La politique ne se fait pas à la corbeille (de la Bourse) ». Elle ne se fait pas non plus dans la rue.

    J’aime

  2. Oui Gérard ! C’est de rigueur de tenir la dignité républicaine et enrayer la volonté des terroristes à déstabiliser notre démocratie déjà mise à mal par les inégalités sociales en France! Les vieux démons reviennent si facilement!

    J’aime

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.