Un maire aux abois


Il en va avec le maire de Moissac comme des trains : l’un peut en cacher un autre. Ses élucubrations réactionnaires devant le monument aux morts ont en effet occulté sa prose matinale sur les réseaux sociaux dans laquelle il exprime d’habitude la quintessence de sa pensée. Parfois c’est l’actualité locale qui l’oblige à réagir, quand il est mis en cause. C’était le cas au début du mois quand la Dépêche a fait état d’un courrier du Président du Conseil départemental lui demandant de s’expliquer sur sa politique à l’égard des populations immigrées et fragiles. Moissac connaît en effet de sérieuses difficultés devant l’afflux de personnes souvent en déshérence et qui ont toutes les peines du monde, soit parce que les procédures administratives leur sont obscures, soit parce qu’elles ne parlent pas le français, à trouver une aide auprès des pouvoirs publics.

la situation empire

Contrairement aux promesses électorales irresponsables du maire de Moissac, la situation empire de jour en jour, et pose de sérieux problèmes aux nouveaux arrivants bien sûr, aux personnels censés gérer les cas particuliers et au final à l’ensemble de la population locale. La tension monte, l’agressivité de certains fait peur aux salariés qui ne savent plus quelle réponse fournir. Ces tensions s’inscrivent dans un double processus. D’abord, une détérioration profonde et générale de la relation des diverses populations aux lieux de pouvoir et qui affecte jusqu’aux relations interpersonnelles. L’actualité en tient la triste chronique !  Et puis, circonstance aggravante, déterminante même, l’absence, que dis-je, le vide sidéral, précisément à Moissac, d’une politique d’accueil et de gestion des migrants. Livrés à eux-mêmes ou à de petites mafias ! Comme si la question ne se posait pas, comme si le militant qui nous tient lieu de maire, avait fait sienne la vieille maxime radicale : « il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre » (*)

Car il est dos au mur le maire de Moissac. Dans la nasse ! Rappelons-nous cette tonitruante entrée en campagne qui promettait la mise au pas de l’immigration ; la ville, pour paraphraser son discours, « enfin rendue aux Moissagais ». Trois ans après, le bilan est vite fait : plus de 3000 résidents étrangers, temporaires ou permanents qui s’installent dans le centre-bourg, investissent pour certains dans l’immobilier locatif et multiplient les commerces destinés à leur communauté. Cocasse non pour un ami d’E. Zemmour !

Dans la nasse

En fait, il est pris au collet le maire de Moissac. Comment en effet tenir ses promesses d’un retour à l’ordre ancien quand l’agriculture locale, l’arboriculture cherche désespérément main d’œuvre disponible ? Et se voit contrainte, faute de bras, d’aller la chercher en pays Rom.  Tenter de contrôler ces flux migratoires, le voudrait-il qu’il ne le pourrait pas au regard des traités européens, reviendrait à se tirer une balle dans le pied : mettre à bas l’économie locale et durablement fâcher une partie de sa clientèle électorale.

Alors, pour faire encore bonne figure, ne pas trahir totalement ses engagements, il agite le grelot sécuritaire, met du bleu dans les rues, fait des pages entières dans la feuille de chou municipale sur sa conception de l’ordre. Bref l’homme se place sur le seul terrain où il se sent à peu près à l’aise : les mots ! Et pour faire bonne mesure, il attaque, dénonce ses voisins de Valence d’Agen ou de Lafrançaise, accusés de se débarrasser de leurs saisonniers. « Je refuse de dépenser les impôts des Moissagais pour embaucher des médiateurs de rue pour expliquer « aux saisonniers » d’Europe de l’Est comment faire leurs démarches sociales et leur expliquer qu’il ne faut pas jeter les poubelles n’importe où… Les Moissagais ne m’ont pas élu pour mener une politique laxiste… » ose dans une dernière bravade le chantre local du parti « Reconquête ».

Question politique

Mais dénoncer le cynisme du maire de Moissac, n’interdit pas, oblige tout au contraire, à se pencher sur la situation économique et sociale du territoire. Les lois du marché ne sauraient être les seuls outils de régulation des flux migratoires. La puissance publique doit y prendre toute sa part pour évaluer les besoins, assurer l’accueil des migrants, mettre en place des dispositifs permettant une cohabitation bien répartie et apaisée avec les nationaux, veiller aussi au respect des droits et devoirs de chacun… Cela s’appelle une politique, un projet de société ! Et c’est curieusement d’actualité !

(*) Henri Queuille 1884-1970.Membre du Parti radical socialiste. Plusieurs fois ministre sous la 3° République, notamment à l’agriculture.

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