Et maintenant les législatives

Comme je l’écrivais plus bas : Le Pen confirme. Mais se tasse. Au premier tour elle comptait 653 voix d’avance sur Macron. Lors de ce second tour, il n’est plus qu’à 290 voix de la candidate d’extrême droite qui l’emporte cependant sur la ville avec 52,56%. Moissac qui n’a pas la palme du vote Le Pen, Castelsarrasin a fait mieux, ne se comporte pas de la même manière d’un bureau à l’autre. Montebello s’était déjà distingué le 10 avril, cette fois le Sarlac fait de même, préférant Macron à Le Pen. D’une courte tête il faut bien le reconnaître. Mais ce choix majoritaire, effectué aussi par le Centre culturel témoigne que l’électorat Macron n’est pas si mal réparti que ça au sein de la population moissagaise. Le Sarlac pour faire court est plutôt « prolo » et aux origines très diverses. Montebello offre un peu les mêmes caractéristiques quand Le Centre culturel s’affiche plus « bourgeois »

Il n’en va pas de même avec le département. Il fait tache bleu marine sur la carte de France, avec une trentaine d’autres qui ont basculé. La situation est ici bigrement problématique, car le résultat de la présidentielle confirme ce qui scrutin après scrutin se dessinait : un lent et profond glissement du radical-socialisme cassoulet vers un populisme étriqué, une sorte de maurrassisme qui ne dit pas son nom.

Un département à la dérive

Il faut dire les choses comme elles sont. Ce département n’est pas une victime du mondialisme. Il n’est pas un sinistré industriel. Pas même le souffre-douleur de la PAC. Bien au contraire. Son agriculture, secourue régulièrement par l’état, encore il y a quelques semaines à l’occasion des gelées de printemps, bénéficie à plein des subsides européens. Son marché est sans frontière comme sa main d’œuvre. Ce qui n’empêche pas ces bons patriotes de voter pour la préférence nationale et le localisme. Le Tarn et Garonne n’est pas non plus le rejeté de la République. Les services publics, par le biais de « France Service » sont à portée de n’importe quel endroit reculé du territoire. Les déserts médicaux n’y sont pas plus arides que dans les départements voisins. Et le secteur hospitalier va disposer d’ici deux à trois ans, à Montauban, d’un centre à la hauteur des besoins de la population du département. Sans oublier le TGV enfin lancé après des années de tergiversations locales.

Un camouflet pour Barèges

Heureusement, Montauban fait exception dans ce paysage idéologiquement sinistré. La ville a rejeté massivement Le Pen, comme beaucoup de centres urbains. Il faut dire qu’à proximité de Toulouse, elle profite à plein de l’expansion de la métropole. Montauban envoie à l’occasion de ce scrutin un camouflet à sa maire qui n’avait pu s’empêcher de confier à la presse son penchant pour la candidate RN.

La grande tambouille des législatives

C’est dire que ce grand chambard tarn-et-garonnais annonce des élections législatives pour le moins compliquées. La gauche officielle, radicaux et socialistes qui tiennent les deux circonscriptions, va devoir faire face à de redoutables adversaires, l’extrême droite bien sûr, mais aussi les insoumis qui ont réalisé à Moissac mais surtout à Montauban de très bons scores. Vont-ils imposer leurs candidats à la gauche canal historique totalement défaite? Pour l’instant les négociations nationales piétinent et faute d’accord, les deux députées sortantes pourraient bien se trouver en face de mélenchoniens affamés. Confrontées à une telle perspective, vont-elles, tenter un rapprochement avec la majorité présidentielle ? Cette dernière tarde à donner ses investitures, ce qui alimente toutes les rumeurs. Mais trois noms circulent déjà sur la 1° circonscription. Territoire de Progrès, l’aile gauche de la macronie, défend la candidature de Catherine Simonin, dentiste, ancienne collaboratrice d’Axel Kahn à la Ligue nationale contre le cancer. Sur la 2° circonscription, l’horizon semble plus dégagé, Alexandre Chavarot, spécialiste du financement de projets de développement durable a le soutien des composantes locales de la majorité présidentielle. Mais que vont décider les états-majors nationaux, alors que la droite LR, quoiqu’en miettes, sera probablement présente dans les deux circonscriptions.

Lopez renonce

Mais à droite de la droite, la 2° circonscription s’annonce comme un champ de bataille inédit. Le maire de Moissac, ex RN, imprudemment rallié à Zemmour pour se déclarer in fine divers droite, allait-il, fort de ses succès récents, tenter la députation ? Ce sera non ! Il vient de l’écrire arguant de son attachement indéfectible à sa ville. Ce n’est pas un renoncement, ne nous y trompons pas, tout au plus une manœuvre tactique pour apparaître comme le sage de la droite extrême, le futur parrain d’un rassemblement qu’il appelle de ses vœux. La rumeur annonçait dans cette circonscription le parachutage de Marion Maréchal. Sans fondement ! En revanche, Romain Lopez pousse son candidat, inconnu au bataillon sauf peut-être à Castelsarrasin. De son côté Marine Le Pen qui n’a pas renoncé vient d’adouber un conseiller régional, Julien Léonardelli, adepte du tourisme politique. Deux candidats d’extrême droite pour le prix d’un ! Cette division profitera-t-elle au candidat de la majorité présidentielle, Alexandre Chavarot ? Trop tôt pour le dire, toutes les cartes ne sont pas encore sur la table.

Présidentielle: Le Pen confirme

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Je reviendrai sur ce résultat qui nécessite quelques commentaires. Mais saluons au passage les votes du Sarlac et de Montebello. Et celui du Centre Culturel. Trois bureaux et trois électorats différents. Du populaire à la middle class! A croire que le message de Macron a été entendu.

Le lepénisme a pris racine

Le Tarn et Garonne est donc tombé dans les bras de Le Pen. Et plus généralement de l’extrême droite qui totalise près de 40% des suffrages. Un comble pour une terre qui se revendique radicale depuis la 3° république. Certains pensaient encore ces derniers temps que le radicalisme n’était pas soluble dans le lepénisme. Eh bien, il faut se rendre à l’évidence. Scrutin après scrutin, le département affirme son ancrage à droite toute, Castelsarrasin et Moissac étant les épicentres du phénomène.

Comment expliquer ça ?  On notera d’abord, il faut le souligner, que les Tarn et Garonnais, en tout cas une bonne partie d’entre eux, ne versent pas dans la gratitude spontanée. Et pourtant ! Des aides sectorielles et régulièrement renouvelées aux paysans, un soutien permanent à l’agriculture, la LGV, un nouvel échangeur autoroutier, une nouvelle gare, un nouvel hôpital à Montauban, un financement pour la modernisation de celui de Moissac, sans parler des mesures générales du plan de relance qui concernent aussi notre département… la liste des interventions de l’état est longue. Et sans effet, sinon pour ceux qui en profitent !

Ici, on n’est pas à une contradiction près. On dénonce l’immigration, qu’elle soit temporaire ou permanente, mais on en tire profit avec la meilleure conscience du monde. En faisant travailler ces populations dans les champs, et en leur louant au passage des logements vacants depuis longtemps et hérités, c’est le cas dans le terroir moissagais, de l’époque bénie et juteuse où le chasselas était roi. Bref, tout bénef ! Ce département est à bien des égards un cas d’espèce. Bricolé par un Napoléon soucieux de faire plaisir aux notables du coin (déjà), il n’a eu de cesse de cultiver ses singularités. Le radicalisme y a pris racine, tissant une trame qui a survécu au temps, s’incarnant dans quelques « figures » dont certaines sont devenues des potentats. Sa matrice sociale était à l’origine faite de petits agriculteurs propriétaires de leur exploitation et donc soucieux dès l’origine de préserver leur patrimoine. Cela jette les bases d’une culture. A la fois conservatrice et jalouse de son capital et politiquement inquiète de tout ce qui vient de « l’extérieur ». De la troisième à la cinquième République, les élus ont fait leur miel de ce tropisme, développant un entre-soi, et un entrelacs de réseaux encore à l’œuvre aujourd’hui. L’Histoire des Cathares, censés avoir résisté à l’opposant venu du nord, des terres d’oil, a même été convoquée dans la construction de cette altérité.

De cet avatar du girondisme, il reste une méfiance, quand ce n’est pas une détestation dont l’épisode des « gilets jaunes » fut ici une illustration parlante. La déliquescence des grandes idéologies, entre autres du radicalisme, puis du socialisme a fait le reste. L’extrême droite n’avait plus qu’à s’engouffrer dans cette béance idéologique. C’est fait. Pour combien de temps ?

A lire. Cliquez ci-dessous:

Fond Jean Jaures dossier Le Pen

                                                 

Moissac: Le Pen jusqu’à l’ivresse

Avec près de 30% des suffrages, Marine Le Pen écrase à Moissac la concurrence. Elle y confirme et améliore ses résultats précédents, ce qui au passage met le maire de la ville dans une position inconfortable, lui qui prétendait il y a quelques jours à peine, ne plus être RN, mais divers droite.Moissac présidentielle

Par ailleurs, il faudra aussi s’arrêter sur le résultat de Jean Luc Mélenchon qui avec 21,6% devance Emmanuel Macron de deux points. On peut penser que l’Insoumis a totalement siphonné, dans cette ville qui se disait de tradition radicale-socialiste, les voix de cette famille politique. A noter que Yannick Jadot et Anne Hidalgo finissent sur la même ligne avec chacun 2,2% des suffrages.

Nous reviendrons sur ces résultats, car delà du cas de Moissac et de quelques exceptions locales, c’est le Tarn et Garonne tout entier qui s’est donné à madame Le PenRésultats Moissac

Professions de foi

Nous avons tous reçu ce qu’il est convenu d’appeler les « professions de foi ». Douze pour le premier tour de cette présidentielle, quatre pages grand format et photos couleurs. Et me revient en mémoire une expression un peu désuète et pourtant souvent usitée : faire profession de foi ! Les linguistes pressés y verront une sorte de métier au service d’une croyance. En fait, l’expression est plus subtile. Elle vient du verbe latin « profiteor » qui peut être compris comme déclarer, mettre en avant. Et du nom commun « fides » qui ne veut pas dire foi, mais confiance.

Ainsi, nos candidats déclarent-ils leur confiance à la face du monde. Confiance en qui ? En eux-mêmes bien sûr. Il suffit de regarder leurs photos : portraits serrés, sérénité bienveillante que souligne le plus souvent un sourire discret. Confiance aussi dans leur message, et là encore la photo, le décor, les couleurs donnent le ton, inscrivent le candidat ou la candidate dans un récit qui emprunte autant à l’imaginaire qu’aux symboles de la grande et de la petite histoire de la France et des Français.

Cette année, et très majoritairement, les candidats, comme les candidates regardent, pour reprendre l’expression chère à Valery Giscard d’Estaing, la France au fond des yeux. Regards appuyés, allumés d’une intelligence qui se veut modeste, ici tout est dit ou presque de cette relation particulière, singulière qu’ils cherchent à nouer avec les électeurs. Comme un dialogue muet autorisé par ce tête-à-tête épistolaire, sous-titré le plus souvent par une formule lapidaire, énigmatique parfois ! Et puis, il y a les autres, moins nombreux, plus rebelles certainement, qui photographiés de trois-quarts face, regardent au-delà des électeurs, ailleurs, vers un ailleurs que précise un slogan, une sentence. On sent bien qu’il y a dans cette posture comme un brin de nostalgie, de ce temps où les lendemains chantaient. Forcément ! Certains en tirent une sorte de gravité, de solennité, quand d’autres semblent s’en amuser, y trouver une certaine jubilation. Mine de rien, ces petits portraits format A4 nous révèlent des personnages habités par une rhétorique et un imaginaire qu’ils convoquent à gros traits pour mieux convaincre des électeurs zappeurs qui ont désappris le choc de la photo.

Mais au-delà du récit qu’elle compose, la photo c’est aussi une esthétique, une manière de jouer avec les formes, avec les couleurs, avec la lumière. Et là encore les différences sont notables. Au-delà des lectures partisanes, force est de constater que certains paraissent à la peine. Je ne parle pas des candidats de deuxième ligne, ceux qui, élections après élections, font de la figuration et semblent s’en contenter, car, finalement, faisant grand usage de la couleur rouge, ils ne se sortent pas si mal de l’exercice. Et puis, à l’autre bout de l’arc politique, il y a le candidat aux airs d’évangéliste, un brin patelin, quand un autre venu du terroir semble se dissoudre dans un improbable brouillard gascon.

Et puis que dire de ce crash tout aussi politique qu’artistique ? De cette candidate à l’avenir incertain, qu’un photoshop débutant a réduit à un personnage de mauvais roman photo ? Lui ne sourit pas. Gros plan sur un visage coupé en deux, tourné vers du vert, et qui fait mentir le « faire face » du slogan. Le voilà qu’il veut s’imposer, sans ménagement ! Comme le dérèglement climatique ! La dame du faire n’a décidément rien de madame Thatcher. Un air de bonne famille, un regard un peu perdu, un « bon chic, bon genre » façon Desperate housewives. Et le sentiment que l’ensemble sonne faux. Pour avoir l’air plus vrai que vrai, obliger le lecteur à plonger dans ses yeux, il s’est fait retoucher le portrait. Presque trop ! Le zoom en gomme les contours, en pixellise l’image, jette un voile de gaze sur ce visage d’une sorte de grand-père étrangement rassurant. Faut-il y voir un art de la contrefaçon ?

Il a fait de l’insoumission son fonds de commerce. Il aime la harangue. Ça se voit. Photo un brin rajeunie sur demi-page, puis du texte, plein de texte. Ici on ne cherche pas la séduction, on ne cède pas à la tentation Harcourt. La banalité vaut vertu, érigée en esthétique politique. Celle d’un autre monde ! Sont-ils du même monde les deux derniers personnages de cette galerie éphémère ? L’un est couché, c’est une expression d’imprimeur, sur papier recyclé. L’autre pas ! Lui apparait devant des gens qu’on devine jeunes. La photo de studio affiche la couleur : bleu marine. Regard lumineux, casque blond éclairant un visage lisse dont quelques ridules ne parviennent pas à trahir l’âge réel. Tout n’est ici que calme, velouté, maquillage et univers de papier glacé!  Lui, il aime parait-il cette photo ! Il est vrai qu’elle ne le dessert pas : lumière douce qu’on veut croire sans artifice, naturel du personnage affiché sans affèterie, vérité d’un cliché dont la qualité technique le dispute à l’expressivité. N’en déplaise aux détracteurs du candidat, la photo est bonne, image d’une maturité qui n’a rien perdu du charme de sa jeunesse. Il y a là quelque chose de « la force tranquille » chère à un autre grand président : François Mitterrand.