Régionales: les leçons d’un scrutin

Carole DELGA est élue et ça c’est la bonne, c’est l’excellente nouvelle de cette soirée du 13 décembre, sur laquelle planait, en dépit des sondages, de grosses et lourdes interrogations.

Carole DELGA est en tête dans tous les départements de Midi Pyrénées, souvent largement, mais en Tarn et Garonne elle devance de moins de deux points un Front national qui confirme son ancrage dans le département. Un ancrage particulièrement fort à Castelsarrasin et Moissac, avec des scores sans appel.

Au premier tour, c’est Castelsarrasin qui avait donné le meilleur score à Louis Alliot. Pour le second tour de ces régionales, c’est Moissac qui décroche le pompon. Le FN y obtient 40,60%, devant Carole DELGA qui totalise sur son nom 37%, tandis que Dominique REYNIÉ , le candidat de Nicolas SARKOZY, est crédité de 22,38%. Ce résultat est dramatique, d’ailleurs les scènes vécues lors du premier tour quand furent proclamés par le maire les résultats, se sont répétées, ce dimanche soir, avec probablement plus de gravité encore.

Sonnés les Moissagais! Sans voix la majorité LR et UDI de Moissac!

Il y a de quoi. Certes, Carole DELGA a gagné d’un tour sur l’autre plus de mille voix, conséquence bien entendu d’une très forte participation, 60,43% qui a permis au peuple de gauche de se ressaisir. Et pourtant le FN est non seulement parvenu à améliorer d’un point son score de premier tour, mais il a engrangé en une semaine plus de 400 voix, et ce alors que Dominique REYNIÉ, le candidat de la droite républicaine, parvient à faire deux points de plus qu’au premier tour.

Clairement, le FN avait des réserves et dispose d’un solide électorat à Moissac, incidemment à Castelsarrasin. Ce qui oblige la gauche, toute la gauche, à tirer de toute urgence les enseignements de ce scrutin et surtout à bâtir un plan de reconquête de l’ électorat, populaire ou pas, qui lui fait aujourd’hui un bras d’honneur.

Les leçons d’un scrutin

  • Premier enseignement: la droite moissagaise, qui est entrée à la mairie en 2014, voit son capital électoral asséché par une extrême droite, décomplexée et qui pourtant, à ce jour ne dispose pas de leader crédible et de structure militante conséquente. La droite moissagaise, moins de deux ans après sa victoire, s’est déjà disqualifiée aux yeux de son électorat. Il suffit d’ailleurs écouter les Moissagais sur le marché, d’ouvrir les yeux sur la ville, pour mesurer le terrible échec d’une équipe qui n’a même pas su traduire ses engagements de campagne en actions concrètes et tangibles. C’est dire que désormais, pour peu qu’il s’en donne la peine, le FN peut viser, d’ici 2020, avec une raisonnable chance de succès, le fauteuil de maire. C’est dire que la gauche et singulièrement les socialistes sont maintenant devant une responsabilité, n’ayons pas peur du mot, historique.
  • Et c’est le deuxième enseignement de ce scrutin: rassemblée la gauche tient bon, montre qu’elle est capable de mobiliser une part importante de l’électorat. Mais le scrutin montre aussi les limites de l’exercice. D’abord parce que cela ne lui assure pas une majorité, même relative. Ensuite parce que la gauche de la gauche demeure inaudible et ne parvient pas à agréger les mécontentements de tous poils. C’est dire qu’en l’état, les appels au « Front populaire » version Mélenchon ou les desiderata d’EELV pour un gauchissement de la politique régionale et nationale, ne rassemblent pas au delà de leurs militants ou sympathisants. Cette situation inédite, dont il faudra scruter l’évolution, oblige peut-être sur notre ville à prendre le problème autrement.

Pour répondre aux aspirations de nos concitoyens et contrer le FN, il faut certainement, si nous voulons faire gagner Moissac, élargir notre assise électorale, au centre et à une partie de la droite. Bâtir, sans exclusive et compte tenu de la gravité des problèmes que rencontre notre ville, une sorte de démarche de salut public.

  • Troisième enseignement enfin: le « bayletisme », cette dégénérescence clanique du radicalisme est totalement impuissant à tenir son rang politique et idéologique, au sens où l’entendait Gramsci. C’est dire qu’il a fait son temps et que les héritiers du radicalisme historique doivent s’affranchir, le plus vite possible de la tutelle du patron du PRG, pour apporter leur pierre à un large rassemblement citoyen.

 

Département: pour un contrat de gouvernance

Les élus du Conseil départemental de Tarn et Garonne sont en pleine ébullition. Mais qu’on se rassure, pas pour construire un programme, fixer un cap, ou mettre en oeuvre quelque grands projets! Non, en coulisse, ça touille, ça grenouille, ça tripatouille, ça déplace les lignes au point que les alliances d’hier, les improbables copinages qui avaient accouché d’un exécutif, sont en train de voler en éclat. La majorité se recompose au grés des crises et des humeurs d’un tel ou d’une telle. C’est tous les jours règlements de comptes à OK Coral. Avec Christian Astruc, dans le rôle de Papy fait de la résistance.

Avant de vous dire ce qui se passe au Château, il faut faire un petit retour en arrière. Après un bien trop long règne sans partage, Jean Michel Baylet est débarqué en avril 2015. Faute de pouvoir constituer une majorité avec ses 7 élus PRG, il doit se résoudre à rentrer en opposition. Le Tarn et Garonne vit alors une véritable révolution. Au point que presque plus personne n’ose hisser ses couleurs. Les 11 élus de droite, emmenés par la maire LR de Montauban, Brigitte Barèges, deviennent « Non inscrits ». Huit « Indépendants », avec Christian Astruc et Philippe Bésiers font leur apparition. Jean Michel Baylet couve son groupe des « radicaux républicains » et les socialistes sont justes assez nombreux pour faire une belote. Paysage dévasté où prévaut le « tout sauf Baylet », où B. Barèges abat son jeu au mauvais moment et doit se résoudre à composer avec… les Indépendants. Christian Astruc devient donc Président. Brigitte Barèges croit tenir sa créature. A l’évidence, il y avait maldonne.

Moqué, stipendié, dénoncé comme traître par ses anciens amis radicaux, le Président qui doit aussi affronter la maladie, résiste, s’obstine, expédie les affaires courantes. Nombreux sont ceux qui lui prédisent une explosion en vol. Le vote de la DM2 (voir plus bas) constitue un moment d’anthologie dans la vie de cette collectivité, même si Christian Astruc parvient in extremis à réunir une très courte majorité. Majorité de circonstance qui annonçait en mars prochain, d’énormes difficultés pour le vote du budget primitif 2016. Mais c’était sans compter sur les faiblesses de l’adversaire. Voilà que le groupe des « non inscrits » prend l’eau de toute part. B Barèges fâchée avec Pierre Mardegan, n’a plus que quatre fidèles. Les autres auraient rejoint une nouvelle coalition, dans laquelle J P. Bésiers, le maire de Castelsarrasin, serait un acteur de premier plan. Au point que le président Astruc pourrait dorénavant compter sur une petite douzaine d’élus.

Pas de quoi lui assurer des jours tranquilles pour le reste de son mandat, mais assez pour lui constituer un petit matelas, face aux Radicaux et aux Républicains fidèles à la maire de Montauban. Après les régionales, d’autres élus – on dit que Jean Michel Henryot aurait des états d’âme-  pourraient bien venir grossir cette fine équipe, à ce jour encore sans programme, sans projet toute occupée à sauver les meubles. Cette situation inédite dans ce département devrait interpeller comme on dit  le petit groupe socialiste mis ainsi devant une responsabilité nouvelle. En effet, de lui pourrait bien dépendre le sort de C. Astruc. Les socialistes promus faiseurs de roi! Retournement incroyable de situation qui pourrait leur permettre de peser sur le cours des choses. Et peut-être de négocier, au sein ou avec l’équipe en place un contrat de gouvernance qui sorte enfin le département de sa léthargie. Dans le contexte socio- économique, sans parler du paysage politique, il y a tant à faire qu’on a le devoir d’espérer.

Hôpital, 2101

2101 actes chirurgicaux, c’est le seuil fatidique en deçà duquel les services de chirurgie des petits hôpitaux seront contraints de se restructurer ou de fermer. Pourquoi 2101 et pour quoi pas 2100? Mystères de la statistique! L’administration qui est à la manoeuvre a fixé l’objectif. Pour économiser 3 milliards d’euros d’ici 2017, le ministère de la santé veut regrouper et parallèlement développer la chirurgie ambulatoire. Objectif très clairement affiché dans l’étude fournie par le cabinet « Mapping Consulting » sur l’hôpital de Moissac. Certains pensaient un peu vite que ces objectifs qui ont pour nom « projet médical de territoire » étaient peut-être tombés aux oubliettes. Il n’en est rien, l’ARS (l’Agence régionale de santé) a même reçu sa feuille de route dès le mois de septembre dernier, une circulaire qui reprend et confirme celle de 2010.

Les chirurgiens de l’hôpital de Moissac annoncent  2800 actes chirurgicaux environ (chirurgies orthopédique et viscérale) par an. De quoi, si les chiffres sont vérifiés, rester la tête hors de l’eau. Mais rien n’est acquis, rien n’est joué. Car au final, c’est l’administration qui comptabilise et il n’est pas sûr qu’elle retienne tous les actes revendiqués par les praticiens. Le Comité de défense de l’hôpital de Moissac que préside Jean Paul Nunzi est bien entendu en alerte. Pour autant, il ne ferme pas la porte à toute discussion.  « Le Comité refuse à priori la fusion des services, il demande, comme préalable à toute évolution des structures, que les professionnels de la santé, les personnels soient concertés » explique l’ancien maire de Moissac. Pas de réforme donc sans implication des acteurs de terrain!

La rentrée de janvier s’annonce sous haute tension. L’ARS a une feuille de route, elle va vouloir tracer et vite. Il faudra que le Comité, les professionnels de santé, au final, la population du bassin de vie, redoublent de vigilance et se mobilisent pour obtenir de l’administration de la santé une concertation large et sincère.

Régionales: « c’est la merde »

« C’est la merde » a écrit un électeur facétieux sur un bout de papier toilette glissé dans l’urne du Centre culturel. Il ne croyait pas si bien dire. Il fallait voir les mines déconfites, à gauche comme à droite, dimanche soir au Hall de Paris, quand le maire a proclamé les résultats définitifs pour Moissac.

39,46% pour le FN. Du jamais vu! Loin, très loin derrière, D. Reynié, le candidat des Républicains avec 20,20%, talonné par Carole Delga, la candidate socialiste qui obtient un petit 19,96%. Les Verts ne s’en sortent pas mieux, G Onesta récolte à peine 8,25% quand P. Saurel dépasse tout juste les 2%.

Le Front national est à l’évidence le premier parti politique à Moissac, en Tarn et Garonne où il obtient 35,65%, mais aussi dans le Tarn voisin. Voilà qui change évidemment la donne politique, mais surtout l’événement jette une lumière blafarde sur le département et sur notre ville. Que se passe-t-il ici? Quelles sont les causes d’un tel séisme, qui en est responsable? Pourquoi nos territoires sont-ils plus sensibles que d’autres au discours du FN ? Graves et difficiles questions auxquelles il faut se garder de répondre par la morale (« c’est pas bien de voter FN) ou par le mépris (« tous des cons »). A l’évidence, les partis politiques dits républicains n’ont pas voulu entendre ce que disent des citoyens de plus en plus nombreux. D’une manière ou d’une autre, il fallait bien que ça sorte.

Prenons le cas de Dominique Reynié. Il fait beaucoup moins bien que Jean Michel Henryot aux cantonales. En moins d’un an, la droite perd 14%, ce qui au passage devrait sérieusement inquiéter la majorité municipale qui voit ainsi sa politique locale sérieusement sanctionnée. A cet égard, Brigitte Barèges a tenu un peu mieux son électorat, même si elle aussi enregistre de sérieuses pertes.

Du côté de Carole Delga, les résultats sont tout aussi désastreux. Elle obtient sur Moissac le même score que le radical P. Guillamat lors de la dernière élection départementale. Elle a donc perdu plus de 11% des électeurs de gauche qui avaient alors choisi Frank Bousquet. Il est vrai qu’une partie de la gauche socialiste et apparentés a très mal vécu les oukases de Jean Michel Baylet, imposant sa protégée Sylvia Pinel comme tête de liste dans le département. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que « le renfort » de la ministre du logement n’a guère été profitable à la candidate socialiste qui fait 4 points de moins que son score régional (24%).

EE-LV n’a pas non plus de quoi pavoiser. Avec ses 8%, G. Onesta n’améliore que de deux points le score du Front de gauche aux dernières départementales (6%).

Le deuxième tour s’annonce donc compliqué pour Carole Delga qui va devoir, à Moissac, comme ailleurs, faire le plein des voix de gauche et gagner sur les abstentionnistes, pour l’emporter. Un accord a été trouvé avec G. Onesta qui devant le péril a mis sous le boisseau ses critiques contre la gestion Malvy et le programme Delga. Mais pour que les électeurs n’aient pas le sentiment d’assister une fois de plus à un rabibochage purement politicien, la nouvelle liste va devoir, il lui reste 4 jours pleins, convaincre qu’elle ne fait pas front commun, juste pour contrer le Front.

Régionales: Baylet sifflé

Carole Delga et Sylvia Pinel? Sylvia Pinel et Carole Delga? Deux candidates, deux ministres, l’une encore en fonction, l’autre non! L’une socialiste, formée par Martin Malvy, l’autre PRG drivée par Jean Michel Baylet. Seraient-elles échangeables?

Le patron du PRG en est cyniquement persuadé. Hier Carole Delga, tête de liste socialiste, tenait son grand meeting toulousain. Plus d’un millier de personnes dans la salle et à la tribune, les chefs de file PS, PRG, MRC et compagnie. Son tour venu, Jean Michel Baylet, dont on connait l’attachement maladif au protocole (lire  l’incident au festival de Marciac cet été https://alternativecitoyenne82.wordpress.com/2015/08/01/on-se-depeche/) a pris un malin plaisir à brouiller les cartes, à faire comme si la patronne de cette campagne était sa protégée: « Sylvia Pinel et Carole Delga… »   Il a tellement répété la formule qu’à la fin, la salle a pris la mouche et s’est mise à siffler l’outrecuidant.

Hélas, il en faut plus pour le déstabiliser. Mais cette nouvelle provocation n’était peut être pas gratuite. Depuis ses échecs personnels, aux sénatoriales et aux Départementales, Jean Michel Baylet rêve de prendre sa revanche, sur les électeurs bien ingrats à ses yeux,  et sur les socialistes accusés d’avoir trahi. Et la revanche pourrait avoir un visage, celui de la ministre du logement. Devenir calife à la place du calife, damer le pion dans la dernière ligne droite à Carole Delga, s’imposer d’une manière ou d’une autre comme présidente de la nouvelle grande région! On se fait peur, mais JMB, as de la politique cassoulet,  a plus d’un mauvais tour dans son sac! Ces dernières heures, il a rencontré , accompagné de Syvia Pinel,  le chef d’EE-LV, Gérard Onesta. Pour tailler une bavette? Pour explorer les champs du possible?

« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m’en charge », disait Voltaire.  Plus que jamais Carole Delga doit faire sienne la sentence!